À quel moment ma carrière devient-elle mon idole ? (John Piper)
Aujourd’hui, nous parlons des chrétiens qui travaillent tous les jours. La question vient de Samantha.
« Bonjour, pasteur John ! Je suis honorée de travailler dans un domaine très exigeant à DC, aux côtés de plusieurs autres jeunes chrétiens qui travaillent aussi très dur. Je pense que l’on peut dire que nous travaillons trop. Il serait assez normal pour moi et d’autres jeunes associés de faire des semaines de travail de sept jours. Le téléphone n’est jamais éteint, les textos ne s’arrêtent jamais, le travail ne s’arrête jamais. L’immersion est totale. Le travail, c’est la vie. Et même si nous le déplorons, nous nous battons pour savoir quoi faire dans les moments où nous ne travaillons pas.
Le travail nous donne des repères pour agir dans la vie, pour savoir ce qu’il faut faire ensuite. Et donc, notre travail peut saper les relations et la participation significative à l’église – tout ce qui n’est pas du travail. Même si nous ne sommes pas officiellement obligés de travailler tous les jours, les désirs d’avancement, de réussite future et de sécurité financière sont si forts que cesser de travailler donne l’impression de perdre son élan au profit d’autres personnes dans un domaine professionnel très compétitif. C’est mon monde en ce moment, et il n’est pas sain. À quel moment la diligence professionnelle devient-elle une idolâtrie corruptrice ? »
Il me semble que Samantha maîtrise déjà si bien les signes révélateurs de l’idolâtrie dans la façon dont elle décrit sa situation. La meilleure chose que je puisse faire est peut-être de lui donner une nouvelle série de catégories pour réfléchir à cette question – sans contredire du tout ce qu’elle a déjà vu, mais en y réfléchissant d’une nouvelle manière.
Significations des mots
Voici quatre mots qui en grec – oui, cela va être pertinent – ont une signification positive et une signification pécheresse, et pourtant ce sont les mêmes mots. Parfois, ils sont une vertu, parfois un péché. Et essayer de déterminer si le sens positif ou le sens pécheur est utilisé pour décrire quelque chose est un exercice très fructueux, précisément pour Samantha. Voici donc les quatre mots :
- Epithumia peut signifier désir dans un sens positif ou convoitise dans un sens négatif.
- Peirasmos peut signifier test ou épreuve dans un sens positif ou tentation dans un sens négatif.
- Zēlos peut signifier zèle dans un sens positif ou jalousie dans un sens négatif.
- Ergon peut signifier œuvre dans un sens positif et œuvres dans un sens négatif (en ce qui concerne la justification).
Lorsque vous essayez de comprendre pourquoi le positif devient négatif, tous ces mots montrent leur pertinence pour la question de Samantha. Examinons-les l’un après l’autre.
Désirer ce qu’il y a de mieux
Quand le désir devient-il de la convoitise ? Et l’indice qui, pour moi, ouvre la voie à tous ces mots et à la position de Samantha, à sa question en particulier, ce sont les dix commandements. Les Dix Commandements se terminent par « Tu ne convoiteras pas » (Exode 20.17). Et ce mot convoiter est le même que dans le Psaume 19.11, où il est dit que les Écritures sont plus précieuses, plus à désirer que l’or. Ainsi, parfois le mot désir est très positif, et parfois il est question de convoitise.
C’est la même chose en hébreu qu’en grec. Et l’indice de ce qui transforme le désir en convoitise, je pense, est le premier commandement. Ils s’expliquent très bien l’un l’autre. Ce sont des parenthèses, on pourrait dire, le premier et le dernier commandement des Dix Commandements. « Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi » (Exode 20.3). C’est-à-dire : « Ne désire rien ni personne au-dessus de moi. Trouve en moi ton plus grand trésor et ton plus grand désir. »
Voici ma réponse : un désir devient de la convoitise quand il commence à supplanter Dieu comme votre désir principal. Ainsi, sur notre lieu de travail, nous avons toujours une règle pour mesurer l’idolâtrie : est-ce que ce que je désire commence à me sembler plus précieux pour moi et plus satisfaisant que Dieu ?
Testez-vous
Quand est-ce que le mot test – test de notre foi – devient une tentation ou quelque chose qui nous attire dans le péché ? Et nous voyons la réponse lorsque nous constatons à quoi servent les tests. Dieu envoie des tests pour renforcer notre foi afin de nous rendre plus volontiers et avec confiance dépendants de lui.
Mais un test devient une tentation, une incitation au péché, lorsqu’il commence à faire exactement le contraire – à savoir, non pas renforcer notre foi, mais la saper. Le test ne consiste plus à renforcer notre détermination à dépendre de Dieu, mais il nous entraîne dans la dépendance envers nous-mêmes, de sorte que nous pensons que c’est nous, et non Dieu, qui savons ce qui est le mieux. Nous pouvons sentir la différence. Nous le savons. Nous pouvons la goûter quand cela se produit : « Ce test me rend plus fort et plus heureux dans ma dépendance envers Dieu. » Ou encore : « En fait, cela affaiblit ma dépendance à l’égard de Dieu et commence à me rendre plus susceptible de dépendre de moi-même. »
Et nous pouvons le tester : au travail, alors que la pression monte, est-ce que l’effet sur moi est « Je veille plus tard ; je fais plus ; je dépends plus de moi ; je suis sûr de mes dons » ? Ou bien notre foi grandit-elle avec une sorte de « Dieu me suffit, et il m’aidera » tranquille ? Nous pouvons voir la différence. C’est un test.
S’indigner des récompenses des autres
Quand le zèle devient-il de la jalousie ? Cela arrive lorsque nous passons d’une passion pour que le nom de Dieu soit au-dessus de tout autre nom, à une passion pour que notre nom soit au-dessus de tout autre nom. La jalousie est un désir amer qui survient lorsque quelqu’un d’autre a obtenu une gloire ou une récompense que je voulais pour moi-même. Elle n’est pas motivée par un simple sentiment d’accomplissement, mais par le désir d’être reconnu au-dessus des autres, de voir ses performances reconnues comme supérieures, au-dessus des autres.
On peut donc dire que cela commence à se produire quand on ne se réjouit pas des succès et des récompenses des autres, mais qu’on ressent un ressentiment tenace. Et nous le savons alors : « Bon, mon zèle est en train de se transformer en jalousie. »
Créés pour des œuvres bonnes
Voici le dernier. Quelle est la différence entre œuvre et œuvres ? Quand ce mot devient-il mauvais ? Et le texte clef est Ephésiens 2.8-10 :
En effet, c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est pas par les œuvres. » Donc, œuvres est négatif dans cette phrase. Vous ne devez pas travailler pour cela. Vous ne devez pas considérer votre position auprès de Dieu comme le résultat de ces efforts, « afin que personne ne puisse se vanter.
Puis il poursuit au verset 10 :
En réalité, c’est lui qui nous a faits ; nous avons été créés en Jésus-Christ pour des œuvres bonnes.
Elles sont bonnes. Les premières sont mauvaises. Et les secondes, c’est le même mot, sont bonnes. Et ces œuvres « Dieu [les] a préparées d’avance afin que nous les pratiquions. »
Des œuvres qui nous condamnent et des œuvres qui nous réjouissent – quelle est la différence ? Le texte y parle de bonnes œuvres. Paul ne parle pas de frapper ou de blesser les gens, il parle de bonnes œuvres. Ces bonnes œuvres sont pécheresses quand nous pensons que notre salut, notre acceptation auprès de Dieu, notre grand statut d’enfants de Dieu, nos grandes richesses en tant que cohéritiers de Christ sont le résultat de nos œuvres. Ce n’est pas le cas. Il s’agit d’une grâce gratuite. C’est un don de Dieu par la foi, pas par les œuvres. Et puis le verset 10 : « c’est lui qui nous a faits » ou « nous sommes son œuvre ». Nous sommes créés, nous sommes maintenant créés pour des œuvres bonnes.
Aller à la racine
Alors, quand est-ce qu’œuvre devient œuvres ? Œuvre devient œuvres lorsque vous commencez à sentir que votre œuvre gagne votre acceptation auprès de Dieu, lorsqu’elle est le moyen d’acquérir un plus grand statut, lorsqu’elle gagne votre plus grande richesse. Votre œuvre divine devient une œuvre impie lorsque votre plus grand sentiment d’acceptation, votre plus grand statut, vos plus grandes richesses, votre plus grand sens et votre identité sont le produit de votre travail. Ou pour le dire autrement : votre œuvre est devenu une idolâtrie lorsqu’elle est la racine et non le fruit de votre acceptation, de votre statut, de vos richesses, de votre identité, qui sont toutes gratuites en Christ.
La gloire de la grâce de Dieu est en jeu ici. Par la grâce, il a librement donné en Christ la plus grande acceptation, le plus grand statut, la plus grande richesse et la plus grande identité qui soient. Si nous ne considérons plus notre œuvre ou travail comme le débordement de tout cela et que nous commençons à voir notre travail comme la base de tout cela, nous avons transformé notre travail en une idolâtrie qui méprise la grâce.
Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts