Approcher le leadership avec humilité (Quentin Bernard)
Au chapitre trois du premier livre des Rois, nous lisons le début du règne de Salomon où Dieu lui a donné une grande sagesse pour exercer son rôle. Cette sagesse divine donnée à Salomon permit de rendre la grandeur de son règne sans pareil parmi tous les rois d’Israël. Bien qu’elle lui ait été accordée par Dieu, c’est Salomon lui-même qui en avait fait la demande à Dieu lorsqu’il lui avait dit « demande ce que tu veux que je te donne » (1 Rois 3 : 5). Je crois qu’il y avait une grande part d’humilité à la racine de cette demande judicieuse de Salomon, une humilité que tout leader devrait chercher à développer. Voyons quatre éléments de ce récit de la vie de Salomon qui illustre cette vertu.
L’humilité de reconnaître que nous ne sommes pas parfaits
Premièrement, nous voyons que Salomon avait l’humilité suffisante pour voir ses faiblesses et savoir qu’il manquait des cordes à son arc pour remplir de façon optimale ses fonctions en tant que roi d’Israël. Dans sa demande à Dieu, nous lisons :
« Maintenant, Éternel mon Dieu, tu as fait régner ton serviteur à la place de David, mon père ; et moi je ne suis qu’un jeune homme, je n’ai point d’expérience. » (1 Rois 3 : 7)
Par ses paroles, Salomon fait preuve d’humilité, constatant la grande compétence de son prédécesseur, son père David, qui fut reconnu pour avoir dirigé Israël avec « un cœur intègre » et des « mains intelligentes » (Ps. 78 : 72). Il voit qu’il n’a définitivement pas la même expérience et que le secours de Dieu lui sera nécessaire pour pallier à son manque d’expérience ou à ses faiblesses.
Il est important pour un leader qui s’attaque à un nouveau projet de toujours l’aborder en étant conscient de ses points faibles. Les points faibles peuvent être un manque d’expérience (comme Salomon en raison de son jeune âge dans le passage dont il est question ici), un manque de compétence, ou même une faiblesse de caractère. Pour cela, il est essentiel pour le leader d’avoir de l’humilité, car sans humilité il ne verra pas ses points faibles. De plus, s’il se lance sans en être conscient – tout le monde a des points faibles – il ne sera pas en mesure d’aller chercher auprès de Dieu et de ceux qui l’entourent l’aide nécessaire pour assurer un bon leadership dans lequel ses faiblesses seront compensées par divers moyens.
Quels sont les points faibles dans votre leadership ? Quelles mesures avez-vous prises pour y remédier ? Si vous êtes en position de leadership et que vous n’êtes pas en mesure de répondre à l’une de ces questions, ou aux deux, il est essentiel que vous preniez un temps d’arrêt afin de vous examiner.
Pourquoi êtes-vous incapable de voir vos points faibles ? Ou pourquoi ne cherchez-vous pas à y remédier ? Est-ce un manque d’humilité ? Si tel est le cas, il est essentiel de demander à Dieu d’imprégner en vous cette humilité et de vous ouvrir les yeux sur vos points faibles. La première étape pour pouvoir régler un problème – elle est incontournable – c’est de prendre conscience de celui-ci.
L’humilité de reconnaître que la tâche nous dépasse
Deuxièmement, nous voyons dans ce passage que Salomon a eu l’humilité nécessaire, non seulement pour voir ce qui lui manquait (de l’expérience), mais aussi pour prendre la mesure réelle de la tâche à laquelle Dieu le destinait. Il décrit le peuple sur lequel il va régner comme ceci :
« Ton serviteur est au milieu du peuple que tu as choisi, peuple immense, qui ne peut être ni compté ni dénombré, à cause de sa multitude » (1 Rois 3 : 8).
Il ajoute peu après « Car qui pourrait juger ton peuple, ce peuple si nombreux ? ». Salomon est loin de sous-estimer le travail qui l’attend. Il écrira d’ailleurs plus tard que « la sécurité des insensés les perd » (Pr. 1 : 32).
Lorsqu’un leader considère les responsabilités qui lui incombent et les projets qui sont devant lui, il est capital qu’il fasse preuve de prudence et d’humilité dans son évaluation de la situation. Sous-estimer un projet peut sérieusement compromettre son bon déroulement, voire le faire avorter. Il est donc indispensable pour le leader de ne pas avancer avec présomption dans ses responsabilités, mais d’en mesurer tout le poids et toute la gravité.
De même que pour les points faibles, le manque d’humilité peut être à la base de ce qui nous empêche de prendre toute la mesure d’un projet. Nous avançons parfois avec une confiance démesurée sans prendre le temps d’évaluer un projet sous toutes ses coutures, ce qui peut nous causer un lot important de soucis.
Avez-vous tendance à sous-évaluer vos projets, le temps qu’ils vous prendront, les ressources matérielles nécessaires ou encore leur complexité ? Cela met-il à mal votre capacité à mener à terme ces projets ? Pour devenir un meilleur leader, peut-être est-il nécessaire de faire face plus posément aux projets que Dieu vous confie et de prendre le temps d’en mesurer tout le poids. Demandez à Dieu l’humilité et la clairvoyance pour éviter la présomption.
L’humilité de mettre en premier le bien de ceux que l’on dirige
Troisièmement, la demande de sagesse que Salomon présente à Dieu traduit les objectifs de son leadership. Salomon ne vise pas d’obtenir de Dieu des choses pour lui-même, mais plutôt des choses qui lui permettront d’agir pour le bien de ceux qu’il dirige. Il ne cherche ni une longue vie, ni les richesses, ni la mort de ses ennemis, mais plutôt l’intelligence pour bien guider le peuple (1 Rois 3 : 11) et le passage nous dit que « cette demande de Salomon plut au Seigneur ». Salomon mettait en premier le bien de ceux qu’il était appelé à diriger.
Dans un monde corrompu par le péché, le leadership et la hiérarchie sont souvent mal vus et compromis parce que les gens n’ont pas confiance en leurs leaders ni en ceux qui sont en position d’autorité sur eux. Ce bris de confiance est souvent relié au fait que trop de leaders se servent de leur position et de leur rang hiérarchique non pas pour le but fondamental qu’ils devraient servir – le bien de ceux qu’ils dirigent – mais pour leurs propres intérêts. Beaucoup de leaders usent de leur pouvoir pour s’enrichir, se protéger, garantir leur sécurité ou celle de leurs avoirs ou encore étendre leur contrôle à des domaines qui ne les concernent pas. Le leader est appelé à se sacrifier et à porter les responsabilités de ceux qui sont sous son influence, mais beaucoup cherchent plutôt à se défiler de leurs responsabilités et à accroître leurs possessions ou leur notoriété.
Christ nous a donné l’exemple parfait du leader humble. Lui qui est au sommet de toute hiérarchie (Éph. 1 : 10), lui qui possède tous les pouvoirs (Éph. 1 : 20-22), il n’a pas cherché à user de ses pouvoirs pour lui-même (Phil. 2 : 6). Et lui qui n’avait commis aucun mal, il a porté à la croix la responsabilité des péchés de l’humanité entière ; il a sacrifié tout ce qu’il avait pour porter secours à toute la création qui était sous son règne (Phil. 2 : 7-11).
Parents, pasteurs, patrons, politiciens, vers quels objectifs orientons-nous les prérogatives rattachées à notre position de leadership ? Cherchons-nous à nous enrichir, à nous gratifier, à attirer l’attention sur nous pour nous élever aux yeux des hommes ? Ou cherchons-nous plutôt à mettre en œuvre tous les pouvoirs et privilèges qui nous sont conférés pour servir le bien de ceux qui sont sous notre responsabilité ? Cherchons, à l’exemple de Salomon et selon le conseil de l’apôtre Paul, à avoir en nous « les mêmes sentiments qui étaient en Jésus-Christ » (Phil 2 : 5), recherchons l’humilité et le service dans notre leadership.
L’humilité de s’en remettre à Dieu
Finalement, l’humilité avec laquelle Salomon aborde le leadership s’observe ultimement dans le fait qu’il s’en remet à Dieu pour trouver la force et la sagesse de diriger. À l’inverse d’Adonija (dont j’ai parlé dans mon précédent article) qui, dans un élan d’orgueil, se pensait capable d’être roi et ne dépendait pas de Dieu, Salomon invoque Dieu pour trouver auprès de lui les ressources nécessaires.
C’est là ce qui devrait être l’une des principales différences entre le leader chrétien et les autres : la dépendance à Dieu. Étant conscient de son insuffisance, de la grandeur de la tâche, et ayant le désir de servir avec bonté, un leader chrétien devrait être poussé premièrement à puiser auprès de Dieu sa force et sa sagesse pour que son leadership soit rempli de la puissance de Dieu. Vive les plans stratégiques, le travail d’équipe, la mise en place d’une vision, etc. ! J’aime beaucoup tous ces outils, mais tout cela ne déversera jamais dans votre travail la puissance que l’Esprit de Dieu peut y apporter. Si Christ lui-même, pour accomplir son ministère, ne pouvait se passer de nuits entières à la prière et de moments de solitude pour puiser dans l’intimité avec son Père la force et la puissance, de quelle prétention serions-nous animés, nous ses serviteurs, en croyant pouvoir le servir sans dépendre de lui ?
Sachez qu’en écrivant ces lignes, je me prêche à moi-même et je constate que moi le premier, j’ai beaucoup de progrès à faire dans ma dépendance à Dieu en tant que chrétien et en tant que leader. Pour reprendre l’idée de Richard Baxter, j’ai une peur bleue de me retrouver moi-même affamé alors que je m’attarde à nourrir ceux qui m’entourent. Je demande à Dieu qu’il me donne la piété que je cherche tant à aider les autres à trouver.
Soyons des leaders dépendants de Dieu, des leaders humbles.