Comment la gloire de Dieu façonne chaque prédication (John Piper)
Voici six suggestions montrant de quelle manière le fait de chercher à glorifier Dieu à travers chaque passage des Écritures façonne notre manière de prêcher sur des textes précis.
1. Soyez assurés que vous trouverez la gloire de Dieu dans chaque passage
Il n’est pas arbitraire, mais bien plutôt biblique de présenter la réalité de la gloire de Dieu à travers le passage étudié. L’affirmation simple, mais universelle de 1 Corinthiens 10.31 devrait nous permettre de montrer un zèle ardent sur cette question :
« Soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. »
Si la vie entière porte sur la gloire de Dieu, à combien plus forte raison devrait-il en être de même pour toute prédication ! Avec le temps, notre communauté devrait apprécier de voir et de savourer la gloire de Dieu dans tous les passages de la Bible.
2. Incarnez la gloire de Dieu de manière authentique dans l’adoration par la prédication
La réalité de la gloire de Dieu à l’intérieur de nos prédications est l’une des raisons principales pour lesquelles elles deviennent en elles-mêmes de l’adoration. Intégrer la gloire de Dieu dans la trame de nos messages sans laisser voir le moindre émerveillement ou la moindre joie causerait autant de tort que de bien. Présenter la gloire de Dieu d’une manière qui n’en communique qu’une valeur minimale pour le prédicateur est une diffamation à l’endroit du Créateur. Une telle démarche profère un mensonge, celui que Dieu ne serait pas d’une beauté et d’une valeur inégalées. Une exposition rationnelle de chaque passage est certes essentielle. Mais un esprit omniprésent de joie authentique et profonde qui imprègne le culte, le message et le prédicateur (que ce soit du haut de la chaire ou non) l’est tout autant.
Si la gloire de Dieu semble n’être aux yeux des auditeurs qu’un mauvais tour du prédicateur, qu’une étiquette, un procédé rhétorique ou une simple tradition, alors aucun embellissement oratoire ne parviendra à dissimuler l’hypocrisie. La nature même de la beauté et de la valeur absolues de Dieu peut conduire à deux résultats : soit ces dernières transparaissent au travers de la prédication dans toute leur splendeur, soit elles résonnent comme une formule vide de sens. L’adoration par la prédication est une explication et une incarnation de la gloire de Dieu.
3. Cherchez à voir et à exposer la gloire pour encourager votre auditoire à prêter attention aux détails
Lorsque l’on comprend le passage étudié à la lumière de son but suprême (glorifier Dieu), les détails concrets et les intentions particulières du texte ne disparaissent pas. L’intérêt de l’auditoire pour une analyse rigoureuse du texte cherchant à révéler les réalités qui s’y trouvent ne diminue pas, l’attention ne se perd pas. Au contraire, les auditeurs sont encouragés à méditer sur le texte, à l’examiner soigneusement et scrupuleusement, car les richesses de la gloire de Dieu ne planent pas au-dessus ou à l’extérieur des réalités du texte – mais c’est en elles et à travers elles qu’on les trouve.
Certaines machinations théologiques dissimulent les réalités particulières du texte et les musèlent avec une doctrine mal utilisée rendant toutes ces réalités uniformes.
Il est possible que la gloire de Dieu subisse elle aussi ces abus entre les mains d’un prédicateur paresseux, irréaliste ou sans discernement. Toutefois, mon expérience (riche de plus de quatre décennies de prédication) me fait dire que la beauté et la valeur infinies et omniprésentes de Dieu ne m’ont jamais ni découragé ni empêché de prêter une attention particulièrement rigoureuse aux détails et aux intentions contenus dans le texte biblique. Bien au contraire, savoir que chaque nouvelle découverte de nuance de sens et de réalité allait me donner un nouvel aperçu de la gloire de Dieu a été pour moi une motivation à ne ménager aucun effort dans mon analyse de mon étude ou dans l’exposition du passage.
4. Soyez conscients du fait que la gloire de Dieu agrandit et illumine tout
Garder en tête que l’objectif suprême de toute vérité biblique est la gloire de Dieu ne produit pas un réductionnisme, mais plutôt un superductionisme (j’invente un mot). Le terme réductionnisme vient de réduire, du latin re (arrière) + ducere (diriger) qui signifie « diriger vers l’arrière ». Ce mot contient l’idée que l’on peut réduire (diriger vers l’arrière) la diversité, la spécificité et la tangibilité merveilleuse de milliers de passages bibliques à un plan théologique ennuyeux qui leur dérobe leur singularité et remplace leur richesse par un concept abstrait et incolore. Je fuis cette pratique comme la peste. Je raffole de ce qui est concret et précis et déteste ce qui est vague, ennuyeux et abstrait.
Le superductionisme
Toutefois, la réduction n’est pas ce qui se produit lorsque nous percevons des réalités précises et concrètes en rapport avec la gloire de Dieu. On constatera plutôt une superduction. Des réalités précises et concrètes ne seront pas dirigées vers l’arrière ou réduites. Elles seront dirigées vers l’avant et élevées. Le superductionisme ne condense pas les choses, il les agrandit. Ces choses ne diminuent pas, elles prennent de l’envergure ; elles ne deviennent pas obscures, mais limpides ; elles ne s’émoussent pas, mais s’affûtent; elles ne s’assombrissent pas, mais s’illuminent. Le rayonnement de Dieu ne ternit pas la réalité. La gloire de Dieu rend toute tangibilité, toute spécificité, tout ce qui est ordinaire, resplendissant de l’immensité divine.
Par conséquent, une prédication qui établit avec habileté, élégance et sagesse une connexion entre les réalités précises d’un passage et la gloire de Dieu est une prédication qui agrandit et illumine tout. Des choses que nous considérions autrefois comme minimes et insignifiantes revêtent une beauté et une valeur qu’elles n’avaient pas avant d’entrer en contact avec la gloire de Dieu. En cours de route, le cœur des auditeurs de l’assemblée s’élargit, comme celui du psalmiste qui s’écrie :
« Tu élargis mon cœur » (Ps 119.32) !
Nous sommes faits pour marcher au milieu des merveilles de l’univers de Dieu et de sa Parole. Cela a des répercussions directes, notamment sur notre perception de l’appel à exercer l’hospitalité, mais il en va de même pour tout autre commandement biblique.
5. Rappelez-vous qu’un prédicateur travaille en vue de la joie en Dieu
Un prédicateur qui garde à l’esprit l’objectif suprême de tout passage biblique (c’est-à-dire voir, savourer et démontrer la beauté et la valeur de Dieu) cherchera toujours à éveiller la jouissance dans la gloire de Dieu. Sa prédication ne se contentera jamais d’informer ou de persuader, mais elle recherchera sans relâche la joie du peuple de Dieu en lui. Trouver la joie en Dieu – voilà la clé. Bien des prédicateurs diront qu’ils visent la joie pour leur congrégation. Cependant, il y a un monde de différences entre la joie qui chérit Dieu lui-même au-dessus de toute chose et celle qui provient d’un culte divertissant et d’un prédicateur agréable.
Prêcher pour la gloire de Dieu, c’est comprendre que Dieu n’est pas glorifié dans le cœur de ceux qui cherchent leurs délices dans ses dons plus que dans sa personne même. C’est la raison pour laquelle la joie des chrétiens constituait en fin de compte une si grande priorité pour les apôtres. Paul a écrit :
« Non pas que nous dominions sur votre foi, mais nous contribuons à votre joie » (2 Co 1.24).
Il a également dit :
« Je sais que je demeurerai et que je resterai avec vous tous, pour votre avancement et pour votre joie dans la foi » (Ph 1.25).
Pour Paul, la joie en Dieu était sa raison de vivre et d’exercer le ministère. Dans la Bible, cette joie n’est pas accessoire, mais s’avère un moyen essentiel de glorifier Dieu. Par conséquent, si chaque passage biblique a pour but la glorification de Dieu, alors chacun d’eux est une invitation à trouver en lui la satisfaction la plus complète en lien avec le sujet abordé dans ledit passage. Cela fait partie intégrante de la façon dont Dieu a créé le monde et du salut qu’il lui offre.
6. Montrez la gloire de Dieu à travers la prédication pour aider vos auditeurs à être transformés
Pour finir, un prédicateur qui espère, prie et cherche à glorifier Dieu dans chaque exposition du texte biblique se réjouira de la portée de son travail. Car c’est bien la révélation de la gloire de Dieu à travers sa Parole qui conduit les membres de l’assemblée à se conformer à l’image de Christ. Un prédicateur n’oublie jamais les besoins de ses auditeurs. Ces besoins sont bien plus variés et complexes que ce que nous croyons, et en conséquence nous ne pouvons pas tous les aborder directement.
Néanmoins, Dieu ne compte pas attendre que tous les besoins de chaque membre soient satisfaits (par le prédicateur ou quelqu’un d’autre) pour transformer son Église. C’est impossible. Nous ne connaissons même pas les innombrables besoins que nous avons nous-mêmes. Il est donc impossible que qui que ce soit les aborde tous un à un. Dieu a plutôt fait en sorte que seuls certains de nos besoins soient traités précisément (par des prédicateurs ou par d’autres croyants), laissant la plupart des autres satisfaits par des moyens auxquels nous n’aurions jamais pensé – et souvent, Dieu pourvoit à ces besoins avant même que nous prenions conscience de leur existence.
Les chrétiens sont changés lorsqu’ils voient la gloire de Dieu révélée par la lecture et la prédication de sa Parole
L’une des manières de décrire comment Dieu transforme son peuple à l’image de Christ consiste à dire que les chrétiens sont changés lorsqu’ils voient la gloire de Dieu révélée par la lecture et la prédication de sa Parole. J’en parle dans les chapitres 3 à 5 de mon livre Reading the Bible Supernaturally (Lire la Bible de façon surnaturelle). Ces chapitres font partie d’une section intitulée « Lire pour voir la valeur et la beauté suprêmes ». Tout ce qui y est écrit s’applique à la manière dont le prédicateur perçoit la gloire de Dieu dans les Écritures et à la manière dont il aide l’auditoire à la voir à travers sa prédication.
Le verset qui montre le mieux le plan que Dieu a établi au travers de la lecture et de la prédication biblique est 1 Corinthiens 3.18 (LSG) :
Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit.
Le besoin d’être transformé est comblé lorsque nous « contemplons la gloire du Seigneur », voilà le point essentiel. Dans Reading the Bible Supernaturally, j’ai défendu l’idée selon laquelle contempler Dieu nous est possible grâce à l’illumination des Écritures par l’Esprit. Aujourd’hui, pour les mêmes raisons, j’ajoute que c’est aussi grâce à l’onction de l’Esprit sur la prédication biblique.
Un pasteur qui aime les membres de son assemblée, qui veut répondre à leurs besoins et les conduire toujours plus près de la sainteté de Christ ne commettra pas l’erreur courante de devenir moins centré sur Dieu et plus pragmatique. S’il y cédait, ce serait contre-productif. À brève échéance, cette stratégie peut sembler alléchante, car elle plaît aux auditeurs – au début du moins. Ils entendent ce dont ils croient avoir besoin, on les gratte là où ça leur démange. Un grand nombre de personnes ne réalisent pas que la démangeaison n’est pas la maladie elle-même, mais l’un de ses symptômes. L’une des caractéristiques de ce mal, c’est que nous n’en connaissons pas la nature. Mais Dieu le sait, et les réalités contenues dans sa Parole en sont le remède. Et selon Paul, il faut voir la gloire du Seigneur au travers de la Parole pour obtenir ce remède.
Cet article est tiré du livre : L’adoration et la prédication de John Piper