Comment les chrétiens peuvent-ils survivre dans le confort de la classe moyenne ? (John Piper)
Jésus condamne-t-il les conforts de la classe moyenne ? Certains textes bibliques semblent le suggérer, en particulier Luc 6. C’est l’une de ces questions vraiment importantes que nous recevons tout le temps. Aujourd’hui, elle nous vient d’un auditeur nommé Lee, de Caroline du Nord.
« Cher Pasteur John, j’écoute le podcast depuis longtemps et je tiens à vous remercier de m’avoir donné dix minutes de nourriture spirituelle au cours de centaines de trajets matinaux. Cela a littéralement changé le cours de mes journées alors que je me rends au travail en voiture.
Ce matin, je lisais les béatitudes de Luc 6.24-26. Elles m’ont frappé comme jamais auparavant. Le verset 24 dit : “Mais malheur à vous, riches.” Je suis riche selon les normes du monde. Ma femme et moi ne vivons pas au-dessus de nos moyens, et nous ne dépensons pas d’argent de façon frivole ; cependant, nous avons de bons revenus et de bonnes économies. Le verset 25 dit alors : “Malheur à vous qui êtes comblés maintenant.” Je n’ai jamais vraiment eu faim de ma vie, si ce n’est volontairement. Le verset 25 continue : “Malheur à vous qui riez maintenant.” J’ai une vie joyeuse et j’essaie de rire fréquemment.
Pouvez-vous mettre en perspective les “malheurs” de Jésus qui semblent viser directement ma vie ? Pourriez-vous comparer le récit de Luc à celui de Matthieu, qui dit “pauvre en esprit”, “faim et soif de justice”, etc. Je désire les bénédictions de Luc 6.20-22, mais je ne sais pas comment concilier tout cela avec ma vie physique. Matthieu semble plus orienté vers ma vie spirituelle. »
Pasteur John, que diriez-vous à Lee ?
Donner la parole à l’auteur
Dans un instant, je vais lire le texte. Ensuite, au cas où ce ne serait pas évident, je vais vous indiquer quel est le problème en comparant les soi-disant béatitudes et malheurs de Luc avec les béatitudes de Matthieu.
Permettez-moi de commencer par une méthode. Je ne pense pas que ce soit une bonne méthode d’essayer de forcer des paroles similaires dans deux évangiles différents à vouloir dire exactement la même chose. Jésus a dit des vérités similaires dans de nombreux contextes différents, et il a voulu dire des choses différentes par celles-ci. Il ne voulait pas dire des choses contradictoires, mais des choses différentes.
Mon approche, et je pense qu’elle est sage et honore les auteurs inspirés, est que nous laissons chaque auteur des évangiles rapporter ce qu’il sait d’une manière qui clarifie un sens particulier de ces vérités plutôt que de dire : « Eh bien, Luc doit vouloir dire ce que Matthieu voulait dire » ou « Matthieu doit vouloir dire ce que Luc voulait dire ». Non, ce n’est pas le cas. Ils ne se contredisent pas, mais ils peuvent être différents – sensiblement différents. Dans ce cas, ils sont significativement différents.
Déclarations générales
Tout le monde connaît les béatitudes de Matthieu. Elles sont vraiment familières.
Heureux ceux qui reconnaissent leur pauvreté spirituelle, car le royaume des cieux leur appartient ! Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! (Matthieu 5.3-4)
Voici la version de Luc :
Alors Jésus leva les yeux sur ses disciples et dit : « Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous ! Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés ! Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez ! Heureux serez-vous lorsque les hommes vous détesteront, lorsqu’ils vous chasseront, vous insulteront et vous rejetteront comme des êtres infâmes à cause du Fils de l’homme ! Réjouissez-vous, ce jour-là, et sautez de joie, parce que votre récompense sera grande dans le ciel. En effet, c’est de la même manière que leurs ancêtres traitaient les prophètes.
Mais malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation ! Malheur à vous qui êtes comblés [maintenant], car vous aurez faim ! Malheur à vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes ! Malheur lorsque tous les hommes diront du bien de vous, car c’est de la même manière que leurs ancêtres traitaient les prétendus prophètes ! (Luc 6.20-26)
C’est l’un des endroits classiques où Jésus parle d’une manière aussi radicale et extrême et vous laisse bouche bée, se demandant s’il peut bien vouloir dire ce qu’il semble dire d’une manière aussi radicale et apparemment sans précisions.
Par exemple, il a dit : « Heureux vous qui êtes pauvres » – sans précisions. « Heureux vous qui avez faim » – sans précisions. « Heureux vous qui pleurez », sans précisions. « Malheur à vous, riches », ce qui est le contraire des pauvres – pas de précisions. « Malheur à vous qui êtes comblés », ce qui est le contraire de ceux qui ont faim – pas de précisions. « Malheur à vous qui riez » (« rire » simplement !) – pas de précisions. Que penser de tout cela ?
À la recherche d’indices
On peut vraiment se dire : « Eh bien, s’il n’y a pas plus de précisions, alors les méchants pauvres et les méchants affamés et les méchants qui rient seront tous bénis par Dieu. S’il n’y a vraiment pas plus de précisions, alors il n’y a pas de riches pieux, et tous ceux qui ont le ventre plein ou qui rient en voyant un bébé rire sont maudits ou malheureux. »
Maintenant, je pense que notre approche ne devrait pas être de se dire d’abord : « Eh bien, il ne peut pas vouloir dire ça », et de qualifier cela d’exagération ou d’artifice littéraire ou quelque chose de ce genre. Je pense plutôt que nous devrions chercher des indices dans le contexte. Regardez très attentivement. Nous devons observer le texte jusqu’à ce que nous les voyions. Il s’attend à ce que nous les trouvions pour que nous puissions savoir qu’il y a des précisions.
Tous ceux qui sont pauvres ne sont pas bénis, tous ceux qui pleurent ne sont pas bénis, tous ceux qui ont l’estomac plein ne sont pas maudits, tous ceux qui rient ne sont pas jugés. Comment pouvons-nous le savoir ? Comment pouvons-nous éviter l’accusation qui consiste à dire : « Tiens, voilà, tu superposes ta prédisposition, Piper, sur le texte, et tu ne le laisses pas dire ce qu’il veut dire. » Eh bien, j’espère que non.
Découvrir l’indice
Voici l’indice. Jésus dit dans Luc 6.22-23 que lorsque les gens vous haïssent à cause du Fils de l’homme, vous devez vous réjouir ce jour-là et sauter de joie. Imaginez-vous en train de sauter de joie. À quoi ressemble le son qui sort de votre bouche ? À des rires et des cris.
Jésus dit haut et fort qu’à notre époque, il y a un temps, un lieu et une circonstance où l’on doit se réjouir et sauter de joie. Ce n’est pas le moment que le monde attend. Mais il y a un temps et un lieu réels où l’on peut sauter de joie et rire, notamment lorsque l’on est persécuté à cause du Fils de l’Homme.
Lorsque nous arrivons à Luc 6.25 et que nous voyons qu’il est dit : « Malheur à vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes », nous savons qu’il doit désigner une sorte de rire qui n’est pas du même genre que la joie et les sauts qu’il a commandés dans Luc 6.22. Jésus ne dit pas tout et son contraire. Il n’est pas confus. Il n’est pas schizophrène. Quand il dit « Sautez de joie » et qu’il condamne ensuite le rire, nous savons que l’un est différent de l’autre. Il y a une distinction à faire. C’est l’indice – du moins un – qu’il veut que nous retenions. Il y en a d’autres.
Appliquer l’indice
Nous devrions appliquer la même chose aux pauvres et aux riches. Est-ce que cela concerne tous les pauvres comme cela concerne tous les rires ? Non, cela ne signifie pas tous les pauvres, comme cela ne signifiait pas tous les rires. Tous les riches ne sont pas condamnés comme tous les rires ne sont pas mauvais.
Chacun d’entre eux est repris et mis en pratique avec le même indice que celui que nous avons vu en ce qui concerne le rire. Quelle est la clé qui rend certains rires heureux et d’autres malheureux ? La réponse contextuelle est la suivante : riez-vous ou sautez-vous de joie à cause du Fils de l’Homme ? C’est le critère pour le premier commandement de la joie. La joie est juste quand elle répond au fait de vivre selon le Fils de l’Homme.
Votre pauvreté est-elle une expression de votre dévotion au Fils de l’Homme ? Votre faim est-elle l’expression de votre amour et de votre dévotion envers le Fils de l’Homme et de votre désir de le suivre ? Vos richesses sont-elles dues à l’indifférence aux enseignements du Fils de l’homme ? Si c’est le cas, vous êtes sous l’un des « malheurs ». Le fait que votre estomac est comblé montre-t-il que vous êtes pour ou contre le Fils de l’Homme ?
Consacré à Christ
Ma réponse à la question de Lee est la suivante. Jésus nous a donné des indices dans le texte de Luc pour nous empêcher de traiter ces béatitudes et ces malédictions de manière inconditionnelle. La pauvreté et la richesse, la faim et le fait d’être comblé, les pleurs et les rires peuvent être des signes de bénédiction, ou des signes de condamnation, selon leur lien avec notre dévotion à Jésus.
Si nous lui sommes totalement dévoués, aucune pauvreté, aucune faim et aucun pleur ne peut nous voler notre bénédiction. Je pense que c’est ce qu’il entend par ces bénédictions. Si vous êtes mon disciple, et que vous agissez en accord avec votre amour pour le Fils de l’homme, vous pouvez être pauvre, vous pouvez avoir faim, vous pouvez pleurer, mais vous êtes bénis. Si nous ne lui sommes pas dévoués, si nous ne suivons pas le Fils de l’homme, aucune richesse, aucune plénitude, aucun rire ne pourra nous empêcher d’être condamnés.
Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts