Comment prendre des risques sans être imprudent ? (John Piper)
Comment prendre d’audacieux risques tout en étant judicieusement prudent ? Nous ne voulons pas faire preuve d’une audace folle ni d’une prudence excessive dans notre amour pour les autres. C’est un dilemme auquel est confrontée une jeune femme anonyme.
« Cher Pasteur John, j’ai du mal à trouver un équilibre lorsqu’il s’agit de servir les autres. Cependant, lorsque j’aborde mon mari pour lui proposer certaines idées pour aider les autres, lui et, historiquement, d’autres personnes (comme mes pasteurs et mes parents) m’ont dit que ce serait peut-être imprudent. Pourquoi est-il toujours considéré comme peu judicieux de risquer votre sécurité, votre confort financier et votre bien-être ?
Par exemple, j’ai rencontré une dame et ses deux enfants. Ils sont dans une situation temporaire très difficile en termes de logement et de finances. Mon premier réflexe est de les inviter chez nous, gratuitement, aussi longtemps qu’ils en auront besoin. Cependant, mon mari m’a dit qu’il voulait prier à ce sujet et qu’il avait besoin d’en savoir plus sur son identité et ses origines avant que nous lui fassions confiance dans notre maison. C’est à ce niveau que j’ai des difficultés. Pourquoi prier ? Pourquoi devrais-je hésiter quand je vois quelqu’un dans le besoin, même si je ne le connais pas vraiment ? Quand la sagesse ou la sécurité sapent-elles une confiance qui, centrée sur Dieu, prend des risques ?
La prise de risque versus l’autoprotection
Je me suis beaucoup débattu avec cette question au fil des ans, en partie à cause de l’endroit où je vis et en partie parce que j’essaie de comprendre les textes de la Bible. Et je ne veux pas donner l’impression que la Bible ignore l’appel d’un père à protéger sa famille (1 Timothée 5.8), ou l’obéissance d’un disciple lorsqu’il fuit la persécution (Matthieu 10.23). Mais je vais faire valoir que l’idée maîtresse du Nouveau Testament est que les disciples de Jésus tendent à satisfaire davantage — du moins, cela devrait être le cas — les besoins autour d’eux en risquant de subir des pertes qu’à se mettre à l’abri et à l’aise en négligeant les risques liés au service.
En d’autres termes, je ne veux pas prescrire précisément quand l’amour appelle à se protéger et quand l’amour appelle à prendre des risques, mais le fardeau du Nouveau Testament est d’insuffler la foi et l’amour qui penchent vers la prise de risques plutôt que vers l’autoprotection. Et je soupçonne que la double raison à cela est que, d’une part, nous sommes égoïstes par nature. Et j’ai besoin de beaucoup plus d’aide pour être libéré de cet égoïsme que j’ai besoin d’aide pour vivre en harmonie avec celui-ci.
Et d’autre part, la deuxième raison de la double raison pour laquelle le Nouveau Testament penche dans cette direction est que la gloire de Dieu brille beaucoup plus dans la prise de risque contre-culturelle et contre-intuitive du peuple de Dieu au nom de l’amour qu’elle ne brille dans l’autoprotection, qui ressemble à peu près à la façon dont le monde non croyant agirait. Pourquoi seraient-ils impressionnés et rendraient-ils gloire à Dieu parce que nous agissons comme eux ?
6 tests
Donc, la façon dont je répondrais à la question “Quand la sagesse ou la sécurité sapent-elles une confiance qui, centrée sur Dieu, prend des risques ?”, c’est avec ces six tests.
1. Rendez-vous compte de la récompense.
Choisir la sécurité temporelle sape la prise de risque centrée sur Dieu lorsqu’elle ne se rend pas compte et se réjouit de la récompense énorme d’avoir été pillé par amour.
En effet, vous avez eu de la compassion pour ceux qui sont en prison et vous avez accepté avec joie le pillage de vos biens, sachant que vous aviez des richesses meilleures et qui durent toujours. (Hébreux 10.34)
2. Admirez la détermination de Paul
Choisir la sécurité temporelle sape la confiance qui, centrée sur Dieu, prend des risques lorsqu’il n’y a pas d’admiration sérieuse pour la réponse de Paul à ceux qui l’ont supplié de ne pas risquer sa vie en montant à Jérusalem dans Actes 21.13. Paul leur a répondu :
Que faites-vous là à pleurer et à me briser le cœur ? Je suis prêt non seulement à être emprisonné, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus
3. Attendez-vous à être escroqués.
Choisir la sécurité temporelle sape la confiance qui, centrée sur Dieu, prend des risques lorsque l’on ne prend pas au sérieux l’appel de Jésus et de Paul aux disciples de se laisser volontairement exploiter plutôt que d’aller en justice pour se défendre.
Si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta chemise, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire un kilomètre, fais-en deux avec lui. Donne à celui qui t’adresse une demande et ne te détourne pas de celui qui veut te faire un emprunt. (Matthieu 5.40-42)
C’est déjà pour vous un échec complet que d’avoir des procès les uns avec les autres. Pourquoi ne supportez-vous pas plutôt une injustice ? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller ? (1 Corinthiens 6.7)
4. Montrez une espérance céleste.
Choisir la sécurité temporelle sape la confiance qui, centrée sur Dieu, prend des risques lorsque l’on ne tient pas sérieusement compte du fait que la gloire de Dieu brille aux yeux des non-croyants par des comportements chrétiens qui disent : “Notre espoir n’est pas dans ce monde, mais en Dieu et au ciel.”
Soyez toujours prêts à défendre l’espérance qui est en vous, devant tous ceux qui vous en demandent raison. (1 Pierre 3.15)
Or, pourquoi quelqu’un ferait-il cela ? Pourquoi me demanderait-on la raison de l’espérance qui est en moi ? Et la réponse est certainement que nos actions semblent indiquer que notre espérance n’est pas dans la sécurité et le confort pour lesquels ils vivent. Ils sont donc perplexes, et ils veulent savoir “Qu’est-ce qui vous pousse à agir ainsi ? Parce que je n’aurais pas répondu comme ça”. Et cela aide à comprendre le commandement suivant de Jésus :
Que, de la même manière, votre lumière brille devant les hommes afin qu’ils voient votre belle manière d’agir et qu’ainsi ils célèbrent la gloire de votre Père qui est dans les cieux. (Matthieu 5.16)
5. Fondez votre confiance en Dieu.
Choisir la sécurité temporelle sape la confiance qui, centrée sur Dieu, prend des risques lorsque l’on n’est pas enraciné dans la confiance que tous les agresseurs possibles s’élevant contre nous sont entre les mains de Dieu et ne peuvent nous faire du mal en dehors de sa volonté souveraine. En réfléchissant à cela, je me suis souvenu de John Bunyan, dont j’ai parlé il y a quelques années. Je me souviens d’avoir lu son livre “Seasonable Counsels: Advice to Sufferers”. Il a passé douze ans de sa vie en prison, alors qu’il aurait pu en sortir (en acceptant de ne pas prêcher) et s’occuper de sa femme et de ses quatre enfants, dont l’un était aveugle. Et il commente Daniel 5.22-23, qui dit ceci :
Et toi, Belshatsar,… tu n’as pas humilié ton cœur… C’est contre le Seigneur du ciel que tu t’es dressé. … et tu n’as pas donné gloire au Dieu qui tient dans sa main ton souffle et toutes tes voies.
Et voici le commentaire de Bunyan :
Dès lors, nous devrions, mais nous ne le devrions pas non plus, avoir peur des hommes. Nous devrions avoir peur d’eux, car ils nous feront du mal. Mais nous ne devrions pas avoir peur d’eux comme s’ils étaient libres de nous faire tout ce qu’ils veulent. Dieu les tient en bride. Le mors de Dieu est dans leur bouche. Oui, et Dieu a déterminé les limites de leur rage.
6. Profitez d’une profonde liberté.
Enfin, choisir la sécurité temporelle sape la confiance qui, centrée sur Dieu, prend des risques lorsque l’on ne jouit pas d’une profonde liberté vis-à-vis de l’amour de l’argent et des choses, tout en étant enracinés dans les promesses de Dieu de prendre soin de nous, comme le dit si clairement Hébreux 13.5-6 :
Que votre conduite ne soit pas guidée par l’amour de l’argent, contentez-vous de ce que vous avez. En effet, Dieu lui-même a dit : Je ne te délaisserai pas et je ne t’abandonnerai pas. C’est donc avec assurance que nous pouvons dire : Le Seigneur est mon secours, je n’aurai peur de rien. Que peut me faire un homme ?
Ne passez pas à côté de la joie
Cette liste de six tests expliquant comment la confiance en Dieu qui prend des risques peut être sapée pourrait se prolonger indéfiniment, mais permettez-moi de terminer par ceci : ne passez pas à côté de la joie. Je pense que je dirais ceci au mari de notre auditrice : ne passez pas à côté de la joie — la joie profonde, étonnante — qui vient du fait de surmonter la peur et de prendre des risques par amour. Il est peu clairvoyant de penser que le confort et la sécurité de ne pas prendre de risque est plus satisfaisant pour l’âme que la joie de faire confiance à Dieu sur le chemin risqué de l’amour pour ce que l’on ne voit pas. On ne peut pas prévoir ce qui va se passer.
Au début d’un tel amour, la chair crie : “Non, non, non ! Trop risqué ! Trop risqué !” Et l’Esprit murmure : “Il y a une grande joie qui exalte Christ à avoir dans tout cela.” Donc, je vous suggère simplement de ne pas passer à côté du murmure à cause des cris, et de ne pas passer à côté de la joie.
Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts