Comment un Dieu souverain peut-il être surpris ? (John Piper)

Un auditeur du podcast nommé Scott à Abilene, Texas, nous écrit : « Pasteur John, j’ai entendu des gens utiliser Jérémie 19.4-5 pour réfuter la souveraineté absolue de Dieu sur le mal, en particulier la phrase “cela ne m’était pas venu à la pensée”. Je crois pleinement à la souveraineté suprême de Dieu, mais je dois admettre que cela m’a surpris. Comment un tel texte s’inscrit-il dans la doctrine de la souveraineté de Dieu ? Un Dieu souverain peut-il jamais être surpris ? »

Le théisme ouvert

Cela me ramène quinze ou vingt ans en arrière, à l’époque où j’étais au cœur de la bataille sur le théisme ouvert. Vous avez évoqué un argument assez sophistiqué tiré de Jérémie 19. Il pourrait être utile que je trace ici les lignes de bataille, car vous ne pourrez pas sentir la force de cet argument contre la souveraineté de Dieu sans avoir une idée de ce qu’est le théisme ouvert. Laissez-moi donc vous donner une petite description.

Le théisme ouvert est le point de vue (je pense que c’est un point de vue erroné) selon lequel l’avenir est ouvert – même pour Dieu. C’est-à-dire que non seulement Dieu ne contrôle pas tous les détails de l’avenir, mais il ne les connaît même pas, en particulier les actes d’agents moralement libres comme les humains. Les partisans du théisme ouvert considèrent ce point de vue comme la seule position cohérente au sein de la théologie arminienne.

Historiquement, l’Arminianisme a enseigné que Dieu ne contrôle pas de manière décisive les futurs actes moraux des gens, comme le fait de savoir si elles croiront ou non en Jésus. L’Arminianisme enseigne que les gens disposent réellement d’une autodétermination ultime. Mais, selon l’Arminianisme, Dieu connaît l’avenir de manière exhaustive. Il ne les contrôle pas, mais il connaît les futurs actes moraux des gens.

Or, le théisme ouvert dit que cela ne peut pas être le cas. Si Dieu est infaillible et sait ce que nous allons choisir avant que nous le choisissions, alors le choix doit se faire, sinon Dieu aurait commis une erreur. Ainsi, la prescience d’un acte par Dieu rend l’acte certain ou nécessaire. Le théisme ouvert résout ce problème en disant que Dieu ne connaît pas nos futurs actes moraux. Outre cet argument philosophique, les théistes ouverts trouvent un soutien dans la Bible dans des endroits comme Jérémie 19.4-5.

Allons voir le texte

Permettez-moi de vous expliquer comment j’ai répondu à ces arguments par le passé. Que dit le texte de Jérémie ?

« Cela arrivera parce qu’ils m’ont abandonné et ont rendu cet endroit méconnaissable, parce qu’ils y ont fait brûler de l’encens en l’honneur d’autres dieux … et ont rempli cet endroit de sang innocent [c’est-à-dire qu’ils ont sacrifié des enfants à de faux dieux]. Ils ont construit des hauts lieux en l’honneur de Baal pour brûler leurs enfants en holocauste à Baal. Cela, je ne l’avais ni ordonné ni prescrit, cela ne m’était pas venu à la pensée. » (Jérémie 19.4-5)

C’est le texte. Les gens ont du mal à comprendre la phrase « cela ne m’était pas venu à la pensée ». Qu’est-ce que cela signifie ? Le théisme ouvert soutient que Dieu ne l’a pas vu venir, ou, comme l’a dit la personne qui a posé la question, que Dieu a été surpris. Il n’est même pas venu à l’esprit de Dieu que cela allait arriver. Mais est-ce que cela dit – voire signifie – cela ? Est-ce que c’est ce que Jérémie (et Dieu) veut que nous comprenions ?

Qu’est-ce que « cela » signifie ?

J’en doute très sérieusement. Non seulement cela contredirait la propre vision de Jérémie de la souveraineté de Dieu exprimée ailleurs dans le livre (Jérémie 10.23 ; 32.40), et non seulement cela contredirait la vérité de la prescience de Dieu enseignée partout chez les prophètes (Esaïe 48), mais, plus immédiatement, ce n’est pas ce que dit le texte. Ce n’est pas non plus un sens nécessaire ou évident.

Examinez le texte plus attentivement. Qu’est-ce qui n’est pas précisément venu à l’esprit de Dieu ? Premièrement, Dieu dit qu’il n’a pas ordonné ou déclaré ce massacre d’enfants. Ensuite, « cela ne m’était pas venu à la pensée ». Qu’est-ce que « cela » signifie ?  Je comprends le « cela » ainsi : cela – une telle chose – « je ne l’avais ni ordonné ni prescrit ». Je pense que c’est ce que Dieu voulait dire. Cela me semble être la façon naturelle de le lire. Dieu ne dit pas : « Oh, il ne m’est jamais venu à l’esprit que mon peuple pécheur puisse faire une telle chose. » Il dit plutôt : « Il ne m’est jamais venu à l’esprit de vous commander de faire une telle chose. »

Une telle lecture ne contredit pas du tout la souveraineté ou la prescience de Dieu. Je ne pense pas que ce texte pose un problème pour une vision complète de la prescience ou de la souveraineté de Dieu.

Ce n’est pas une mince affaire

Permettez-moi de conclure par une mise en garde. Peut-être, après avoir écouté les théistes ouverts, pensez-vous que nier la prescience de Dieu est une petite chose. Peut-être pensez-vous que vous pouvez encore être un chrétien orthodoxe tout en niant que Dieu connaît les futurs actes moraux des gens. Si c’est le cas, considérez Jean 13.19, où Jésus a dit quelque chose d’important sur le futur acte de trahison de Judas. Jésus a dit :

« Je vous le dis déjà maintenant, avant que cela n’arrive, afin que, lorsque cela arrivera, vous croyiez que moi, je suis. » (Jean 13.19)

Or, l’on traduit généralement la dernière phrase « que moi, je suis ». Mais il n’y a pas de « moi » en grec. Il dit simplement « que, lorsque cela arrivera, vous croyiez que je suis ».

Qu’est-ce que cela signifie ? Vous savez ce que cela signifie. Jésus tient son « je suis » de Dieu lui-même, lorsqu’il a dit :

« Je suis celui qui suis » (Exode 3.14).

Ici, Jésus informe à l’avance ses disciples de la trahison de Judas afin qu’ils puissent croire que « je suis ». Il voulait qu’ils croient qu’il était Dieu, divin. Ici, nous avons un avertissement : prenez garde de ne pas abandonner la doctrine de la prescience de Dieu, car en faisant cela, vous abandonnez la divinité de Dieu. Vous abandonnez Dieu lui-même.


Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts