Devrions-nous appeler les femmes leaders « pasteurs » ? (John Piper)

Aujourd’hui, nous sautons les pieds devant dans un débat bouillant sur la question de savoir si les femmes en position de leadership dans l’église doivent être appelées pasteurs. La question nous vient d’un auditeur nommé Nick. « Bonjour, Pasteur John ! Mon église est en train de changer son point de vue sur l’utilisation du mot pasteur pour inclure les femmes, en disant qu’Éphésiens 4.11 est le seul endroit dans la Bible où le mot grec pour pasteur est jamais utilisé, et qu’il n’y a pas de qualifications spécifiques. Les femmes pourraient remplir ce rôle tout en restant sous la direction d’un homme et d’un conseil d’anciens, presque plus comme un diacre ou une diaconesse qui dirige des ministères spécifiques dans l’église – comme un pasteur chargé de la louange, ou un pasteur chargé du ministère des femmes. Mais ce changement de titre serait-il conforme aux autres parties de l’Écriture ? »

Un débat intra-complémentarien

Eh bien, précisons tout d’abord qu’il s’agit d’une sorte de débat intra-complémentarien, c’est-à-dire un débat entre les complémentariens – un débat entre ceux qui reconnaissent que le Nouveau Testament appelle des hommes spirituels, matures, doués et qualifiés à assumer la responsabilité officielle dans l’église locale pour gouverner et enseigner en tant que leaders, responsables. Le complémentarisme signifie plus que cela, plus que les seules qualifications pour la direction de l’église – par exemple, au foyer et dans la société – mais c’est la partie pertinente pour ce débat. C’est un débat entre ceux qui sont d’accord sur ce point, et la question est de savoir s’il est biblique ou s’il est sage ou trompeur d’utiliser le mot pasteur pour les différents rôles que les femmes peuvent jouer, les différents rôles appropriés que les femmes jouent. C’est la question que j’aborde et que j’ai lue récemment.

Ma réponse à la question est qu’il est trompeur et imprudent d’utiliser le mot pasteur pour les femmes dans le ministère, et que la tentative de dire qu’il est plus biblique de l’utiliser est basée sur une mauvaise compréhension du fonctionnement du langage, ainsi que sur l’utilisation supposée du mot pasteur dans le Nouveau Testament. Et je vais donner quatre raisons pour lesquelles je pense que c’est trompeur, peu judicieux et mal fondé.

1. Pasteur désigne généralement celui qui prêche et qui veille sur le troupeau de Dieu

Dans le monde d’aujourd’hui, le mot « pasteur » est compris, par presque tous ceux qui connaissent ce mot, comme désignant une personne occupant un poste de direction officiel dans l’église locale, ce qui implique habituellement le fait de prêcher et de gouverner, et qui reviendrait à peu près à la même chose que le rôle d’ancien principal ou de responsable (note du traducteur : ou « évêques » dans certaines traductions françaises). C’est le sens ordinaire du mot.

La question est donc la suivante : un mot ayant ce sens ordinaire doit-il être utilisé pour désigner des laïcs dans l’église – hommes ou femmes – qui n’ont pas ce genre de rôle officiel de direction, de prédication, d’enseignement et de gouvernement en tant qu’anciens et responsables ? Et la réponse de certains est oui, nous devrions utiliser ce mot parce que le Nouveau Testament utilise le terme de pasteur pour désigner des rôles de bergers non officiels. C’est l’argument qu’ils donneraient.

2. Le grec n’a qu’un seul mot pour les termes berger et pasteur.

Ma deuxième raison de penser qu’il est trompeur, peu judicieux et mal fondé d’utiliser le mot pasteur pour ceux qui ne sont pas des anciens ou des responsables dans l’église est que l’argument que je viens de mentionner ne fonctionne pas – à savoir que le Nouveau Testament utilise le terme pasteur pour des rôles de pastorats sans autorité.

Quelques informations sur les traductions

Permettez-moi donc d’énoncer une évidence : le Nouveau Testament a été écrit en grec et, bien sûr, n’utilise pas du tout le mot pasteur. Cela peut sembler idiot de l’observer, mais c’est significatif. Il y a un mot en grec, poimēn, pour berger. Ce nom est utilisé dix-huit fois dans le Nouveau Testament, le mot est parfois traduit pasteur – à savoir, en Éphésiens 4.11 – où Christ a nommé des pasteurs et des enseignants dans l’église. Mais la traduction ESV, par exemple, traduit cela par « bergers et enseignants » (note du traducteur : la Segond 21 fait de même). Et si nous faisons cela, alors le mot « pasteur » n’apparaît jamais dans toute la Bible. Les autres traductions n’ont ce mot qu’en Éphésiens 4.11. L’ESV ne le traduit même pas là comme pasteurs, mais simplement comme bergers. C’est ainsi qu’il est traduit dans toute la Bible.

Le nom poimēn signifie « berger », et la plupart de ses usages sont littéralement ceux qui gardent les troupeaux, comme dans Luc 2.8. Il y avait des bergers dans les champs qui gardaient leurs troupeaux la nuit de Noël. Ensuite, cela signifie que Jésus est le bon berger ou le grand berger, comme dans Jean 10.11 ou dans Hébreux 13.20, et cela fait aussi référence à ceux qui conduisent et enseignent le peuple de Dieu – à savoir en Éphésiens 4.11. Et bien sûr, il se réfère aussi dans Apocalypse 7.17 et une fois dans Luc au chef du peuple de Dieu, comme dans Matthieu 2.6.

Un petit piège de traduction

Voici le piège de la traduction : en anglais (note du traducteur : comme en français), nous avons deux mots, berger et pasteur – deux mots distincts. En grec, il n’y a pas deux mots ; c’est juste poimēn. Il n’y a qu’un seul mot, et il signifie berger. Il n’y a pas d’autre mot qui porte la signification du mot pasteur. Donc, si vous voulez vraiment retrouver le langage du Nouveau Testament – ce qui est la revendication qui est faite – si vous revenez au langage du Nouveau Testament, vous feriez valoir la nécessité d’appeler les dirigeants de l’église des bergers, et non des pasteurs.

C’est la véritable revendication si vous voulez revenir à l’originalité de l’usage dans le Nouveau Testament. Il est très trompeur de prétendre qu’en appliquant le mot pasteur à des laïcs, on retrouve l’usage du Nouveau Testament. C’est très trompeur lorsque le mot pasteur n’apparaît même pas dans l’ESV, et qu’il n’apparaît qu’une seule fois dans d’autres versions.

3. Les anciens et les responsables conduisent le troupeau.

Mon troisième argument pour expliquer pourquoi il est imprudent, trompeur et mal fondé d’appeler les laïcs des pasteurs est l’observation que lorsque le Nouveau Testament décrit ses dirigeants d’église comme faisant le travail d’un berger (avec le verbe poimainō, qui a la même racine que le nom poimēn), ils étaient considérés non pas comme des laïcs, mais comme des anciens et des responsables. Je vais vous en donner trois exemples clairs.

1. Dans Actes 20.17, Paul réunit les anciens d’Éphèse, et il leur dit dans Actes 20.28 :

Faites donc bien attention à vous-mêmes [les anciens] et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis responsables.

Vous avez donc deux mots d’autorité, ancien et responsable. C’est leur tâche : diriger l’église de Dieu. Ici, Paul identifie, en théorie, le rôle de berger à celui de responsable, et il parle aux anciens de leur responsabilité particulière par rapport au troupeau.

2. Dans 1 Pierre 5.1-2, Pierre dit :

Voici les recommandations que j’adresse à ceux qui sont anciens parmi vous … prenez soin du troupeau de Dieu qui est sous votre garde en veillant sur lui.

Ainsi, Pierre utilise les deux mêmes mots que Paul, à savoir « ancien » et « le fait de veiller, d’être responsable de », et il appelle ces personnes responsables de veiller sur le troupeau « les bergers du troupeau ».

3. En Jean 21.16, Jésus dit à l’apôtre Pierre : « Prends soin de mes brebis. »

Ainsi, non seulement il n’y a pas de mot dans le Nouveau Testament qui corresponde à pasteur comme un terme distinct de berger, mais l’idée de berger dans le Nouveau Testament a toujours été associée à la direction des anciens et des responsables.

4. Le titre de pasteur pour une femme sape l’enseignement du Nouveau Testament sur le leadership dans l’église.

Ma quatrième raison de dire maintenant qu’il est trompeur, imprudent et mal fondé d’utiliser le mot pasteur pour des personnes qui ne sont pas des anciens ou des responsables de l’église, hommes ou femmes, est que le titre de Pasteur Mary ou Pasteur Jane va inévitablement communiquer, avec le temps, en particulier à nos jeunes qui grandissent dans l’église et aux personnes plus récentes dans l’église, que la fonction de pasteur, comme presque tout le monde le comprend, est correctement remplie par des femmes.

En d’autres termes, je pense que ceux qui plaident en faveur de l’utilisation du mot pasteur pour les femmes qui exercent un ministère ou les hommes qui ne sont pas des anciens ou des responsables sapent l’enseignement du Nouveau Testament sur la direction au sein de l’église, même s’ils cherchent à faire le contraire.


Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts