Dieu m’a-t-il choisi parce qu’il m’aimait ou m’a-t-il aimé parce qu’il m’a choisi ? (John Piper)

À desiringGod.org, nous croyons en la souveraineté de Dieu – nous y croyons parce que nous la voyons dans l’Écriture. Et non seulement nous croyons en la souveraineté de Dieu sur toutes choses, mais nous la célébrons. Et nous répondons aussi à des questions importantes sur ce que tout cela signifie dans nos propres vies. La question d’aujourd’hui est courte et simple, mais profonde, et elle vient d’une auditrice du podcast nommée Zena. « Pasteur John, Dieu m’a-t-il élue parce qu’il m’aime ? Ou m’aime-t-il parce qu’il m’a élue ? » Comment répondriez-vous à Zena ?

Comme tant de questions, celle-ci se répond presque d’elle-même dès que nous définissons nos termes, ou dès que nous clarifions la signification de ces deux questions. En fait, la raison pour laquelle je pense que cette question mérite une réponse est précisément pour pouvoir clarifier ces termes. Si l’on donne aux termes certaines significations, des enseignements très erronés peuvent apparaître.

L’œuf ou la poule ?

Par exemple, quelqu’un pourrait poser la question suivante : « Dieu m’a-t-il élu – m’a-t-il choisi pour lui-même – parce qu’il m’aime ? » – en supposant que Dieu a vu quelque chose d’aimable en moi et qu’il a ensuite été enclin à m’aimer sur cette base. Puis, en raison de cette inclination envers moi, et de la valeur particulière de ma personne qu’il reconnaît, il m’a choisi comme membre de sa famille.

Ce serait une image terriblement fausse – Dieu surveillant l’humanité et toutes les personnes là dehors pour voir qui est digne de son adoption ou pour trouver des personnes qui ont les qualifications nécessaires pour être choisies parmi une humanité déchue et condamnée. Ce n’est pas l’image que donne le Nouveau Testament. Dès qu’on clarifie cela, la réponse commence à devenir plus claire.

Quelqu’un pourrait demander : « Est-ce qu’il m’aime parce qu’il m’a élu ? » – en supposant que Dieu, dans son choix, est en quelque sorte émotionnellement neutre ou indifférent. Que sa décision de nous choisir, au tout début, s’est faite à contrecœur ou sans joie. Puis, seulement après avoir rassemblé ses élus sans se réjouir de l’élection, il en vient à les aimer d’une certaine manière parce qu’il les a élus. Cela aussi, me semble-t-il, serait une impression terriblement fausse du Nouveau Testament.

Une combinaison des deux

Examinons quelques passages pour voir si les paroles de l’Écriture peuvent nous éclairer sur la relation entre l’élection et l’amour. L’image de l’élection du peuple de Dieu dans l’Ancien Testament se présente ainsi :

« L’Éternel, ton Dieu, t’a choisi, pour que tu sois un peuple qui lui appartienne entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre. Ce n’est point parce que vous surpassez en nombre tous les peuples, que l’Éternel s’est attaché à vous et qu’il vous a choisis, car vous êtes le moindre de tous les peuples. Mais, parce que l’Éternel vous aime. » (Deutéronome 7.6-8)

Moïse mentionne l’élection et l’amour, mais il ne spécifie ni ne décrit une séquence. En fait, il semble que les termes soient presque interchangeables. « L’Éternel, ton Dieu, t’a choisi, pour que tu sois un peuple qui lui appartienne ». Pourquoi ? C’est parce que vous avez été aimés, c’est-à-dire qu’il vous a choisis.

Vous ne pouvez pas extraire une séquence temporelle de la phrase « Il vous aime et vous choisit », pas plus que vous ne pouvez extraire une séquence temporelle de la phrase « je me suis promis à toi et je t’ai épousée ». En les choisissant, il les a aimés. En les aimant, il les choisit. Son amour était son choix, son choix était son amour.

L’un implique l’autre

Voyons maintenant si cela est confirmé dans le Nouveau Testament.

D’abord, 1 Thessaloniciens 1.4 dit :

« Nous savons, frères bien-aimés de Dieu, que vous avez été élus. »

Cela semble signifier que le fait de voir qu’ils sont aimés est la preuve d’une élection préalable. Puis, on voit l’ordre inverse en Romains 11.5 :

« De même aussi dans le temps présent, il y a un reste selon l’élection de la grâce. »

Ici, il semble que l’élection vienne d’un acte de grâce ou d’amour antérieur.

Nous lisons dans Éphésiens 1.4-5 :

« En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables devant lui ; il nous a prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption. »

Donc, c’est essentiellement la même chose. Dans son élection, il nous a prédestinés, et dans son amour, il nous a prédestinés.

Dans Romains, nous apprenons l’élection de Jacob au lieu d’Ésaü avant leur naissance – avant qu’ils n’aient fait ni bien ni mal. Rien dans l’un ou l’autre ne permettait à Dieu de privilégier l’un par rapport à l’autre.

Car les enfants n’étaient pas encore nés et ils n’avaient fait ni bien ni mal (afin que le dessein d’élection de Dieu subsiste, sans dépendre des œuvres, et par la seule volonté de celui qui appelle), quand il fut dit à Rebecca : « L’aîné sera assujetti au plus jeune. » Selon qu’il est écrit : « j’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü. » (Romains 9.11-13)

Les mots « j’ai aimé Jacob » remplacent pratiquement « j’ai choisi Jacob ». Cela se passe avant qu’ils ne soient nés ou qu’ils n’aient fait ni bien ni mal.

Un accord parfait

Un texte de plus – et je pense que celui-ci fournit une phrase qui peut nous aider à trouver l’équilibre dont nous avons besoin pour mettre en relation ces deux réalités importantes que sont l’amour et l’élection.

Dans Romains 11.28, Paul dit à propos du peuple juif :

« En ce qui concerne l’Évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères. »

Or, la phrase « en ce qui concerne l’élection, ils sont aimés » dit qu’être aimé s’accorde avec l’élection. Elle ne dit pas ce qui vient en premier ou ce qui cause l’autre. Elle dit simplement qu’ils sont en accord. Ils s’accordent parfaitement. Ils forment toujours un tout cohérent.

Aimer un monde déchu

Ma conclusion est que l’élection est un acte de Dieu dans lequel, prévoyant un monde déchu de pécheurs qui ne méritent rien – et tout cela pour l’amour de Christ (je dis cela sur la base d’Éphésiens 1.5) – Dieu choisit certains par amour en toute liberté, guidé seulement par ses conseils cachés. Je ne vois pas de justification dans la Bible pour séparer de façon chronologique l’amour de Dieu et le choix de ceux qu’il sauvera. Il n’y a pas d’élection qui ne soit pas amour, et il n’y a pas d’amour initiateur premier qui ne soit pas élection.

Dire que son élection n’est pas fondée sur son amour, ce que je soutiens que nous ne devrions pas dire, nous protège contre le malentendu possible selon lequel nous sommes choisis à cause de quelque chose de merveilleux en nous. Dire que son amour n’est pas basé sur son élection nous protège contre le malentendu selon lequel le choix de Dieu était en quelque sorte sans cœur ou émotionnellement neutre. Affirmer ces deux choses devrait remplir chaque enfant de Dieu d’un sentiment d’indignité totale et d’un étonnement total devant le fait que Dieu a pris plaisir à nous faire siens.


Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts