Est-ce que la malbouffe déshonore Dieu ? (John Piper)

Aujourd’hui, nous avons une question au sujet de la malbouffe. Un jeune homme nous écrit pour demander : « Cher Pasteur John, j’habite à Singapour. Si nous sommes sur le point de manger un repas que nous savons malsain, comme du poulet frit ou de la restauration rapide qui ne servira pas notre corps comme une nourriture plus saine le servirait, devrions-nous quand même prier et remercier Dieu pour cette nourriture ? Ou est-ce que prier à propos de cette nourriture est un acte hypocrite parce que la nourriture elle-même nuira au corps dont il nous a donné les soins ? Comment devrions-nous aborder la relation entre gratitude et malbouffe ? »

Bonne question. Voici ma réponse en quelques phrases, ensuite je radoterai. J’aimerais parler avec la Bible ici, mais dans une certaine mesure c’est un peu difficile. Vous verrez si ça aide. Voici ma réponse.

Dans la mesure où c’est légitime pour vous de prendre un certain repas, vous êtes justifiés en rendant grâces pour ce repas. C’est ma réponse courte. Pour le dire autrement, dans la mesure où votre conscience est tranquille en mangeant un certain repas, alors votre gratitude peut être offerte sans problèmes de conscience. Pour le dire encore une fois, si votre cœur est divisé, partiellement approuvant et partiellement désapprouvant une certaine nourriture que vous mangez, alors votre cœur sera divisé quand vous essayerez de rendre grâces.

Je vais me limiter à quelques passages. Voyez si ces passages vous éclairent ou non sur la question.

Tout ce qui est bon n’est pas forcément utile

Considérez les tentations de Jésus dans le désert en Matthieu 4.1-11. Satan suggère :

« Ordonne que ces pierres deviennent des pains. Jette-toi en bas du temple. Prosterne-toi et adore-moi. »

Maintenant, les deux premières tentations sont basées sur des attentes parfaitement légitimes de la faveur de Dieu. Dieu pourvoira le pain. Dieu empêchera ses pieds de s’écraser sur le sol en contrebas. La Bible le dit (Deutéronome 8.3, Psaumes 91.11-12).

Vraisemblablement, alors, Jésus serait capable de rendre un sincère merci pour ces bons dons de la provision et de la protection de Dieu. « Vas-y, Jésus, et agis d’une manière qui crée une occasion d’action de grâce. » Mais Jésus ne le fait pas. La possibilité d’une action de grâce ne suffit pas. En d’autres termes, « Je peux faire quelque chose parce que je peux rendre grâces pour cela » ne tient pas la route. Ce n’est pas suffisant. Il y a d’autres facteurs qui rendent les miracles ici peu avisés.

Jésus est sur un chemin de souffrance, sur le chemin de la croix. C’est ce qu’il a devant lui. Ce n’est pas un chemin de miracles égoïstes. Peu importe que la bonté et la puissance de Dieu se manifestent en transformant les pierres en pain et en rattrapant le Fils lors de sa chute. Peu importe que Jésus aurait pu se réjouir et rendre grâces pour ces miracles. Ils étaient hors limites à cause du chemin destiné à Jésus. Je conseille que nous réfléchissions à cette perspective entre ce qui est permis mais pas forcément souhaitable à cause d’autres raisons.

Pouvez-vous rendre grâces ?

Pensez à 1 Corinthiens 10, quand Paul se demandait si les chrétiens devaient manger de la viande qui avait été offerte aux idoles.  Il a argumenté de la sorte : « La terre est au Seigneur, et tout ce qu’elle renferme. » Toute nourriture qui est faite est celle du Seigneur.

« Si un non-croyant vous invite et que vous vouliez aller, mangez de tout ce qu’on vous présentera, sans vous enquérir de rien par motif de conscience. » (1 Corinthiens 10.26-27).

En d’autres termes, la nourriture qui est mise devant vous appartient au Seigneur de la terre. Le Seigneur est votre Père, et c’est un don de sa part. Si vous le recevez de sa part avec reconnaissance, c’est une bonne chose, peu importe qu’elle ait été offerte aux idoles ou pas. Puis il continue comme ça :

« Mais si quelqu’un vous dit : ceci a été offert en sacrifice ! N’en mangez pas, à cause de celui qui a donné l’avertissement. » (1 Corinthiens 10.28). Puis, il ajoute cet argument : « Si je mange avec actions de grâces, pourquoi serais-je blâmé au sujet d’une chose dont je rends grâces ? » (1 Corinthiens 10.30).

Il semble que cela soit pertinent à la question parce que c’est un argument qui n’est pas vraiment nécessaire. Je veux dire que Paul ajoute cela alors qu’il a déjà réglé la question. Mais il l’ajoute quand même.

Voici ce qu’il semble ajouter : si vous considérez quelque chose comme douteux, pas forcément mauvais ou bon, mais quelque chose qui pourrait créer un désaccord entre les vrais croyants, comme c’était le cas à Corinthe, alors la question de la gratitude sincère devient pertinente. Permettez-moi de le relire :

« Si je mange avec actions de grâces, pourquoi serais-je blâmé au sujet d’une chose dont je rends grâces ? » (1 Corinthiens 10.30).

La reconnaissance est moralement pertinente ici par rapport à ce problème. Paul plaide comme cela : voici mon frère qui fait quelque chose qui me semble discutable – comme manger quelque chose que je considère comme malsain – et il a une gratitude sincère et venant du cœur envers Dieu pour ce qu’il mange. Par conséquent, mon attitude devrait être de me réjouir que son cœur est bon envers Dieu et de laisser à Dieu et à sa conscience le soin de savoir si manger la nourriture douteuse est un péché ou non.

Permettez-moi de relire cette phrase. « Si je mange avec actions de grâces, pourquoi serais-je blâmé au sujet d’une chose dont je rends grâces ? » (1 Corinthiens 10.30). En d’autres termes, la gratitude elle-même explique en partie le fait de ne pas dénoncer l’action. C’est en quelque sorte ce que notre ami de Singapour demandait.

Juger nos frères

Le verset suivant dit :

« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. » (1 Corinthiens 10.31).

C’est le dernier critère de Paul suggérant que toute nourriture est licite. Cette nourriture que je mange, est-ce une expression de la valeur que j’accorde à la gloire de Dieu ? Suis-je satisfait dans la gloire de Dieu ? Est-ce que j’estime la gloire de Dieu par-dessus tout ?

Ce verset s’adresse aussi bien à celui qui regarde la personne manger qu’à celui qui mange. Si celui qui mange est supposé manger et boire d’une manière qui donne gloire à Dieu, alors la personne qui regarde est aussi supposée évaluer sa façon de manger et boire d’une manière qui glorifie Dieu. Maintenant, tout cela soulève la question difficile, non seulement de ce qui est dans le cœur de celui qui mange, mais aussi de quelles nourritures sont vraiment hors limites pour quelqu’un qui voudrait manger à la gloire de Dieu.

Je suis très sceptique quant à notre capacité de juger avec confiance quelle nourriture est malsaine et laquelle ne l’est pas. C’est peut-être une hérésie pour certaines personnes, mais c’est mon scepticisme. Quels aliments nuisent à la santé et quels aliments servent la santé ? Quels aliments sont plus ou moins neutres ? À mon avis, lorsqu’il s’agit de manger tel ou tel aliment, le danger spirituel de juger les gens que nous ne devrions pas juger est plus grand que le danger physique de manger ce que nous ne devrions pas manger.

En résumé, Jésus dit que ce n’est pas parce que vous avez l’opportunité de créer une situation qui vous permet de rendre grâces pour un don divin que vous devez créer cette situation. Paul dit que si vous pouvez rendre grâce pour quelque chose qui n’est pas clairement mauvais, alors il vaut mieux vous réjouir et remercier que de condamner le prétendu mal.


Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts