Est-il judicieux d’avoir « de l’ambition » pour Dieu lorsque l’on a un énorme ego ? (John Piper)

Nous devrions avoir de l’ambition dans notre travail au service de Dieu. L’ambition est un élément nécessaire de la mission de l’Église dans le monde, et cela inclut nos propres grands et ambitieux projets. Mais comment éviter que ces ambitieux projets n’expriment au final que notre folie des grandeurs ?  

Voici la question posée par une auditrice du nom de Natalie : « Pasteur John, j’entends beaucoup de chrétiens parler aujourd’hui d’avoir de l’ambition » et de « voir les choses en grand » pour Dieu. À la lumière de la souveraineté de Dieu, que penser de cela ? Je ne veux pas utiliser la souveraineté de Dieu comme excuse pour ne pas travailler dur et réaliser tout ce que je puis faire, mais comment les idées d’avoir de l’ambition pour Dieu et de s’attendre à Dieu interagissent-elles l’une avec l’autre ? »

Il me semble que la préoccupation qui sous-tend cette question est que, dans la poursuite de grands projets, nous pourrions être si zélés que nous essaierions de nous faire un nom et ce faisant soit nous manquerions le plan que Dieu a pour nous ou soit, peut-être, nous ne compterions pas sur la puissance de Dieu en nous. Donc, fondamentalement, je pense que Natalie dit qu’il y a un potentiel problème d’ego ici.

La lutte contre l’ego

Mais voilà le hic. Cela m’aide beaucoup de réaliser ce hic. Que vous n’ayez pas d’ambition ou que vous ayez une ambition prudente ou grande, il y aura toujours une question d’ego, une lutte contre l’ego. Vous ne pouvez pas y échapper en choisissant de petites ambitions. Si vous avez de grandes ambitions, c’est peut-être dû à votre désir de manifester votre ego. Si vous avez une ambition prudente et vigilante, c’est peut-être dû à votre désir de protéger votre ego. Et si vous n’avez pas d’ambition, c’est peut-être dû au fait que votre ego est comme paralysé.

Chacun de ces cas est une expression d’orgueil, pas seulement le premier. Souvent, nous ne voyons pas l’orgueil de celui qui fait tapisserie, qui se cache dans le coin, qui ne se met pas du tout en avant, alors qu’en fait, la personne se tenant à l’écart qui semble humble peut être tout aussi préoccupée par son ego que le gars qui est là au milieu de la salle et qui attire l’attention de tous pour flatter son ego. Ils peuvent être exactement égaux dans leur orgueil aux yeux de Dieu.

Une lutte sans fin

En voici une illustration. Quand je commençais à peine ma carrière académique à l’âge de 28 ans, je rêvais de réaliser une contribution académique dans le domaine de l’étude du Nouveau Testament. J’ai donc écrit deux ou trois articles de fond, académiques et techniques, et je les ai publiés dans des revues spécialisées. Et puis au bout d’un moment, j’ai eu peur d’être motivé par le désir de manifester mon ego.

Alors, je me suis dit : Ok, je dois faire attention à ça. Je vais arrêter cela, au moins pendant un certain temps, et consacrer toute mon énergie à être le meilleur professeur que je puisse être pour ces élèves et bien les servir. Savez-vous ce que j’ai découvert ? La lutte contre l’orgueil n’a pas disparu. Elle s’est juste transférée sur un nouveau champ de bataille. J’ai découvert que je pouvais recevoir des évaluations élevées de la part des étudiants si j’enseignais d’une certaine façon.

La même question se posait donc. Est-ce que j’enseignais pour pouvoir manifester mon ego ou pour le bien des étudiants et la gloire de Dieu ? Et ce que j’ai réalisé, c’est que la lutte fera rage, que vous soyez une personnalité publique ou privée.

Nous sommes orgueilleux, égoïstes, déchus, corrompus, tour à tour protégeant et manifestant notre ego, nous sommes tous comme ça, tout le temps, sans le Saint-Esprit. J’ai donc décidé de me remettre à écrire, non pas parce qu’il n’y avait pas de risque d’orgueil, mais parce que ce risque était partout et qu’il était impossible d’y échapper. Et en écrivant, je pensais pouvoir faire le plus de bien possible. Alors, j’ai décidé que ça serait là que la lutte et le monstre auraient lieu.

Avoir de l’ambition

Alors, que répondre à la question de savoir s’il est judicieux d’avoir de l’ambition ou non ? Prenons l’exemple de l’apôtre Paul. Paul a dit :

« Je me suis fait un point d’honneur d’annoncer l’Évangile là où Christ n’avait pas été annoncé, afin de ne pas construire sur les fondations posées par un autre … Mais maintenant, comme je n’ai plus rien qui me retienne dans ces régions et que, depuis bien des années, j’ai le vif désir de vous rendre visite, [je le ferai] quand je me rendrai en Espagne. » (Romains 15.20, 23-24).

Paul était un homme passionné. Christ lui avait donné une mission, et il y a consacré toute sa vie. Il désirait atteindre le plus grand nombre de lieux et de peuples sans Christ qu’il pouvait. Il voulait se rendre en Espagne. Qui sait ce qui pourrait arriver en Espagne avec ces barbares ? Et c’est là qu’il voulait aller.

Il nous dit que, en vue de la résurrection de Jésus et de notre propre résurrection, en toute tristesse, en toute douleur et en toute contrariété, nous serons récompensés mille fois. En 1 Corinthiens 15.58, il dit : « Soyez fermes, inébranlables » – et voici une phrase-clef – « travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur. »

Qu’est-ce que ça veut dire ? J’ai tellement réfléchi à cette phrase : « travaillant de mieux en mieux. » Savez-vous ce que cela signifie ? Beaucoup de travail. Beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail. C’est ce que signifie travailler de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur. Cela signifie beaucoup de travail, et c’est quelque chose d’ambitieux.

La clef pour savoir si ce « beaucoup de travail » sera une manifestation d’ego ou d’une profonde confiance en Jésus se trouve dans 1 Corinthiens 15.10, où Paul dit : « Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine ; loin de là, j’ai travaillé » – c’est-à-dire travailler de mieux en mieux, beaucoup de travail – « j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. »

Par conséquent, ma réponse est : allez-y. Ayez de l’ambition pour Dieu. Travaillez beaucoup, beaucoup, beaucoup. Mais ne présumez jamais – jamais – que vous le faites par vous-même. « Qu’as-tu que tu n’aies pas reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi faire le fier comme si tu ne l’avais pas reçu, [comme si ça n’était pas un don] ? » (1 Corinthiens 4.7). Chaque ambition est un don. Chaque réalisation d’une ambition est un don. Et quand nous arriverons à la fin de notre vie, nous dirons – j’espère que nous allons dire – avec Martin Luther sur son lit de mort, ces derniers mots qui sortirent de sa bouche : « Wir sein Bettler. Hoc est verum. » « Nous sommes des mendiants. C’est vrai. »


Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts