Je suis un complémentarien marié à une égalitarienne – qui fait des compromis maintenant ? (John Piper)

Un auditeur du podcast nommé Ted nous écrit : « Je comprends qu’un épisode précédent – Un mariage complémentarien/égalitarien pourrait-il fonctionner – était un avertissement pour quiconque se marie, mais qu’en est-il de ceux d’entre nous qui se trouvent déjà dans un mariage complémentarien/égalitarien ? Selon vous, Pasteur John, c’est un péché de se divorcer et c’est un péché de sacrifier sa conscience pour faire fonctionner le mariage. Quelles sont les options dont dispose un mari complémentarien dans une telle situation ? »

J’ai trouvé cette question très utile. En fait, je pense que je vais devoir corriger quelque chose que j’ai dit dans l’épisode qu’il mentionne. Le point principal de cet épisode est, je pense, que je découragerais un mariage entre deux croyants ayant des vues profondément marquées, mais contradictoires sur les rôles du mari et de la femme, c’est-à-dire l’un égalitarien et l’autre complémentarien. Je pense également que si un tel mariage se poursuit ou s’est déjà produit — ce qui est le sujet de notre question — il est inévitable que l’effort pour le faire fonctionner entraîne le péché. Je vais maintenant expliquer en une minute ce que j’entends par cette phrase « entraîne le péché ». C’est une façon différente de le dire que celle que j’ai dite dans l’épisode qu’il mentionne. C’est donc ici que la correction s’impose dans ce que j’ai dit.

Petite correction d’un épisode précédent

Ce que j’ai souligné, c’est que la raison pour laquelle le péché serait inévitablement présent dans un tel mariage est qu’il faudrait compromettre la conscience de l’un ou l’autre des conjoints pour que le mariage fonctionne et que c’est un péché de compromettre sa conscience. Je pense que ma dernière phrase était la suivante. Je suis revenu à ce podcast et je l’ai notée : entrer dans un mariage avec un tel niveau de désaccord sur vos rôles respectifs serait entrer dans une relation que l’on ne peut quitter sans pécher — le divorce — et dans laquelle quelqu’un doit pécher pour que cela fonctionne.

Ce que je voulais dire, dans le contexte, dans cette dernière phrase, c’est que quelqu’un doit pécher parce que quelqu’un doit compromettre sa conscience. Mais plus j’y ai réfléchi, moins je me sens à l’aise pour dire que les compromis que l’on pourrait avoir à faire dans un tel mariage sont nécessairement des compromis de conscience.

En d’autres termes, je pense pouvoir dire à ceux d’entre vous qui sont dans de tels mariages — que vous ayez fait ce choix intentionnellement ou que vous vous soyez glissés dans ce mariage parce que quelqu’un a changé d’avis plus tard, lorsque le mari et la femme ne sont pas d’accord sur le rôle du mari et de la femme — qu’il est possible de faire des concessions au nom de la préservation du mariage qui ne compromettent pas nécessairement votre conviction ou votre conscience.

Accepter une autorité pour la paix

Permettez-moi d’essayer d’illustrer mon propos. Supposons qu’il soit complémentarien et qu’il pense qu’il devrait prendre l’initiative d’appeler sa femme et sa famille à se réunir pour la lecture de la Bible et la prière chaque soir, et supposons qu’elle soit égalitarienne et qu’elle se sente mal à l’aise à l’idée que l’appeler à se réunir avec les enfants soit une responsabilité qui lui incombe simplement parce qu’il est le mari et le père. Elle n’aime pas cela. Supposons maintenant qu’il prenne l’habitude d’inviter doucement et joyeusement la famille. « Allons » — le mot est « allons » et non « venons » — « Allons nous réunir », en invitant la famille à se réunir dans le salon chaque soir.

Sa femme peut croire que cette pratique est basée sur les vues non bibliques de son mari — c’est la façon dont il prend des initiatives ici et le fait de façon cohérente — mais elle peut accepter cette pratique au nom de la paix dans le foyer. Elle ne change pas sa vision égalitarienne de l’Écriture et elle ne considère pas son comportement comme un compromis de conscience parce qu’elle préserve ce qu’elle perçoit comme un bien supérieur, à savoir la sainteté et la paix du mariage. Je pense qu’elle ne pèche pas contre sa conscience dans ce choix spécifique. C’est une correction, je pense, par rapport à ce que j’ai dit la dernière fois.

Céder dans l’exercice de l’autorité pour la paix

Supposons maintenant que le mari prenne constamment l’initiative d’inviter sa femme et les enfants à la lecture de la Bible, et que celle-ci s’y oppose de plus en plus et devienne résistante à cette vision de la direction. Elle finit par refuser de venir lorsqu’il le demande et elle ne considère pas ce refus comme un péché, parce qu’elle pense qu’il agit de façon dominatrice, parce que la Bible n’enseigne pas qu’il doit prendre ce genre d’initiative en tant que mari. Il continue à l’inviter, et non à exiger qu’elle vienne. Il voit qu’elle devient de plus en plus résistante et en colère. Il décide donc de lui dire qu’il ne la pressera plus avec des invitations, mais qu’il attendra qu’elle soit prête ou désireuse de venir pour ensuite continuer avec les enfants. Je ne pense pas qu’il ait agi contre sa conscience dans ce choix précis. Il n’a pas changé d’avis. Il aimerait qu’il en soit autrement, mais au nom de la pérennité du mariage, il cède dans l’exercice de son autorité sur sa femme à ce moment-là.

Le péché présent dans chaque mariage

Que voulais-je dire tout à l’heure quand j’ai dit, au début, que pour que ce mariage fonctionne, il va inévitablement entraîner le péché ? Je réalise que tous les mariages entre pécheurs impliquent inévitablement le péché. Je ne dis pas quelque chose d’aussi banal que cela. Ce que je pense, c’est que la dynamique particulière créée par les différentes convictions sur la direction et la soumission conduira à des types de péchés particuliers qui pourraient être évités si ce type de mariage était évité. Les péchés que j’ai à l’esprit incluraient quelque chose de ce genre.

S’il est complémentarien et renonce à prendre la direction qu’il croit devoir prendre parce qu’elle s’oppose à lui, alors je pense que cette opposition entraîne le péché. Mais s’il est complémentarien et qu’elle s’adapte à sa direction pour préserver la paix, il est presque inévitable — compte tenu de la nature humaine — qu’à un moment donné, elle éprouve du ressentiment à l’égard de sa direction ou qu’il se mette à soupçonner qu’elle n’agit pas avec sincérité. En d’autres termes, le désaccord profond, qui n’est pas marginal, mais central dans leur vie quotidienne, rend ce genre de tentations de pécher très, très probable et difficile à résister.

Conclusion

Le résultat de cet épisode particulier de Pasteur John vous répond est donc de confirmer une partie de l’épisode qu’il a mentionné, à savoir qu’un mariage entre un complémentarien et un égalitarien est déconseillé, mais aussi de corriger une partie de cet épisode, à savoir le fait que les compromis que l’on pourrait avoir à faire pour qu’un tel mariage persiste et, dans la mesure du possible, s’épanouisse, ne sont pas nécessairement des compromis de conscience pécheurs.


Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts