Jésus a-t-il préconisé la castration pour en finir avec les désirs sexuels impurs ? (John Piper)

En ce qui concerne les tentations liées aux péchés sexuels, Jésus a dit que si votre main droite vous pousse à pécher, coupez-la. Il dit aussi qu’il y a des eunuques qui se sont faits eunuques. En lisant ces textes ensemble, un auditeur écrit pour nous demander si Jésus préconise la castration chirurgicale ou chimique comme une stratégie gagnante pour les hommes pour en finir avec les désirs sexuels impurs. Aucune question n’est hors limite pour le podcast « Pasteur John vous répond » — mais vous le savez déjà tous depuis longtemps.

Voici le courriel, envoyé par un homme anonyme : « Bonjour, Pasteur John. Je suis un homme qui lutte beaucoup contre l’utilisation de la pornographie. Même si j’ai appris à connaître Dieu et que j’essaie de combattre ces tentations avec les Écritures, je ne parviens pas à vaincre mon immoralité sexuelle. Jésus a dit : “En effet, il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère, d’autres le sont devenus par les hommes, et il y en a qui se sont faits eux-mêmes eunuques à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne” (Matthieu 19.12).

Je veux glorifier Dieu, et je suis prêt à sacrifier tout ce que j’ai pour être avec lui. Jésus a également dit : “Si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie que d’avoir les deux mains et d’aller en enfer, dans le feu qui ne s’éteint pas” (Marc 9.43). La castration chirurgicale ou chimique est-elle donc une option viable dans ce cas ? »

Quatre possibilités

Dans Matthieu 19.9, Jésus limite si étroitement le remariage après un divorce que, au verset 10, les disciples lèvent les mains et disent :

Si telle est la condition de l’homme vis-à-vis de la femme, il vaut mieux ne pas se marier. (Matthieu 19.9)

En d’autres termes, s’il n’y a pas de porte de derrière dans le mariage, mieux vaut ne pas passer par la porte d’entrée.

À cela, Jésus répond en expliquant que tout le monde ne peut pas accomplir sa vision radicale du maintien de l’alliance dans le mariage. Il dit au verset 11 :

Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. (Matthieu 19.11)

En d’autres termes, se marier et rester marié dans ces conditions de fidélité absolue est un don de Dieu, et tout le monde ne le reçoit pas.

Puis, il décrit trois situations dans lesquelles un homme peut être sexuellement pur et continent, tout en ne recevant pas le don du mariage. Au verset 12, il dit :

1. « Il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère. » 2. « D’autres le sont devenus par les hommes. » 3. « Il y en a qui se sont faits eux-mêmes eunuques à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne. »

En d’autres termes, il y a quatre voies possibles de fidélité. Premièrement, vous pouvez recevoir les enseignements radicaux de Jésus et vivre dans un mariage selon ces enseignements. Deuxièmement, vous pouvez naître avec une incapacité physique qui vous empêche d’avoir des relations sexuelles. Troisièmement, d’autres personnes peuvent vous empêcher d’avoir des relations sexuelles d’une manière ou d’une autre. Quatrièmement, vous pouvez faire un choix qui vous empêcherait d’avoir des relations sexuelles en dehors du mariage.

Ce n’est pas un commandement

Or, l’homme qui nous a envoyé cette question se demande si cette quatrième option, que Jésus décrit comme le fait de se faire eunuque pour l’amour du royaume, est en fait une légitimation de la castration physique ou chimique. Je pense que nous devons répondre à quatre niveaux.

Premièrement, même si Jésus voulait dire cela littéralement — la castration physique au sens propre — ce n’est pas la même chose que de dire que vous pouvez ou que vous devez le faire. Ce n’est pas non plus une interdiction d’utiliser des moyens physiques pour atténuer ou supprimer votre désir sexuel. C’est la première observation. Ce n’est ni un commandement ni une interdiction.

Deux yeux

Deuxièmement, Jésus dit à propos du péché sexuel (et notre interlocuteur l’a souligné), « Si ton œil droit est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi, car il vaut mieux pour toi subir la perte d’un seul de tes membres que de voir ton corps entier jeté en enfer » (Matthieu 5.29).

N’est-il pas remarquable qu’il ne fasse référence qu’à l’œil droit, ce qui laisserait l’œil gauche parfaitement libre de continuer à se livrer aux désirs sexuels impurs ? Or, cela a conduit la plupart des interprètes à penser (et je suis d’accord avec eux) que Jésus ne dit pas que l’arrachage de l’œil droit est un bon remède contre les désirs sexuels impurs.

Prendre littéralement un tournevis et le planter dans l’œil n’est pas un bon remède contre les mauvais désirs. Pas du tout. L’œil gauche reprendra là où l’œil droit s’est arrêté. C’est un appel à la plus sérieuse bataille spirituelle de la mortification, mais probablement pas à l’automutilation puisque, dans ce cas, cela ne servirait à rien. La gravité n’en est pas moins grande, car il dit que le ciel et l’enfer sont en balance. C’est la deuxième observation.

Quoi qu’il en coûte

Troisièmement, ce verset me fait penser que le fait de se faire eunuque pour l’amour du royaume renvoie probablement à un appel radical au célibat chaste — comme Paul dans 1 Corinthiens 7 — plutôt qu’à la castration physique.

Quatrièmement, enfin, je ne veux pas exclure la légitimité de prendre des mesures physiques pour atténuer sa libido si l’objectif est la victoire spirituelle sur le péché. C’est ce que nous faisons, nous le faisons tous. Au moins, si nous sommes intelligents et si nous sommes obéissants, nous faisons ceci.

Nous faisons cela avec d’autres tentations physiques. Nous dormons pour atténuer notre penchant pour le péché d’irritabilité. Nous faisons du jogging pour atténuer notre penchant pour le péché de découragement. Je me promène par ce beau temps d’octobre dans le Minnesota et je regarde ces arbres dorés et jaunes pour remplacer une morosité tournée sur soi par une joie tournée vers l’extérieur. Nous buvons une tasse de café le matin pour nous rendre plus alertes et plus efficaces dans notre travail.

Il y a un principe ici qui n’est pas faux — à savoir, prendre des mesures physiques pour étouffer la puissance des désirs sexuels impurs ou de toute autre impulsion qui nous conduit au péché. Mais je me méfierai des procédures qui ont des effets personnels permanents et inconnus.


Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts