L’Évangile est une bonne nouvelle – pas un bon conseil (Timothy Keller)
Matthieu ne commence pas le récit de la naissance de Jésus par « Il était une fois ». C’est la formule d’introduction des contes de fées, des légendes, des récits mythologiques, et de Star Wars. « Il était une fois » signale qu’il s’agit d’évènements qui ne se sont probablement pas produits ou dont on ne sait pas s’ils ont eu lieu, mais qui constituent une belle histoire instructive. Ce n’est pas le type de récit que Matthieu nous livre ici. Il dit : « Voici la généalogie de Jésus-Christ. » Son intention est d’ancrer Jésus-Christ et ses actes dans l’histoire. Jésus n’est pas une métaphore. Il est réel. Tout cela s’est produit.
La distinction entre une nouvelle et un conseil
Voici pourquoi ce point est si important. Un conseil est un avis sur ce qu’il convient de faire. Une nouvelle est le récit d’évènements qui se sont déjà produits. Un conseil vous incite à prendre une décision. Une nouvelle vous pousse à prendre acte de ce qui s’est produit pour agir en conséquence. Un conseil vous laisse la responsabilité d’agir. Une nouvelle indique que quelqu’un d’autre a déjà agi. Imaginons qu’une armée d’envahisseurs s’approche d’une ville. C’est d’experts militaires dont la ville a besoin ; elle a besoin de prendre conseil. Il faut que quelqu’un explique qu’il faudrait positionner des remparts de terre et creuser des tranchées là, que les tireurs doivent se poster là-haut et les chars ici, en bas.
Par contre, lorsqu’un grand roi a intercepté et défait une armée d’envahisseurs, de quoi la ville a-t-elle besoin ? Elle n’a pas besoin d’experts militaires ; elle a besoin de messagers, dont le mot correspondant en grec est angelos, les anges. Les messagers ne vont pas dire : « Voici ce qu’il faut que vous fassiez. » Ils vont plutôt dire : « Je vous apporte une nouvelle qui sera une grande joie. » Autrement dit: « Ne vous enfuyez plus ! Arrêtez la construction de fortifications. Arrêtez d’essayer de vous sauver vous-même. Le Roi vous a sauvé. » D’autres ont déjà agi, et cela change tout.
Les textes bibliques autour de Noël sont le récit d’évènements historiques
Ces textes ne sont pas, comme les Fables d’Ésope, des histoires morales illustrant la façon de vivre une vie meilleure. Pour beaucoup, l’Évangile est l’un de ces textes moralisateurs, mais ils ont tout à fait tort. Il n’y a pas de « morale de l’histoire » attachée à la nativité. Les bergers, les parents de Jésus, les mages, ne nous sont pas présentés dans le but d’en faire en premier lieu des exemples à suivre. Ces récits dans les Évangiles ne vous disent pas ce que vous devez faire, ils racontent ce que Dieu a fait. La naissance du Fils de Dieu dans notre monde est un évangile, une bonne nouvelle, un communiqué. Vous ne vous sauvez pas vous-même. Dieu est venu pour vous sauver.
Je suis convaincu que les autres religions, ainsi que de nombreuses Églises, comprennent et enseignent le salut comme s’il s’agissait d’un conseil. Le salut est une chose pour laquelle vous allez devoir vous battre et vous débattre, qu’il faut que vous fassiez. Et vous n’y arriverez qu’à force de prière, d’obéissance ou de travail sur votre conscience. Mais l’Évangile chrétien est différent. Les fondateurs des grandes religions disent tous, d’une manière ou d’une autre : « Je suis là pour vous montrer la voie qui mène à la réalité spirituelle. Faites tout cela. » C’est un conseil. Jésus-Christ, le fondateur du christianisme, vient et dit : « La réalité spirituelle, c’est moi. Vous n’auriez jamais pu m’atteindre, alors c’est moi qui suis descendu vers vous. » C’est une information.
Bien évidemment, Noël n’est que le début de l’histoire de la venue de Dieu pour nous sauver. Jésus devra être crucifié. Cependant, l’ensemble de la vie de Jésus ainsi que le salut sont déjà là sous forme embryonnaire, préfigurant la suite des évènements. Il est venu prendre notre place, payer le prix de notre péché, celui que nous aurions dû payer. Compte tenu de notre péché devant Dieu et devant notre prochain, où notre place devrait-elle être ? Loin, dans le froid et l’obscurité. Jésus est né dans une mangeoire froide, dans une étable obscure, mais ce n’est qu’une anticipation de la suite des évènements. À la fin de sa vie, Jésus criera :
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27.46).
Sur la croix, il se retrouve plongé dans l’obscurité spirituelle, de manière à ce que nous puissions être éclairés par la chaude lumière de la présence de Dieu.
Noël est une bonne nouvelle
De ce fait, le christianisme n’est pas centré sur le développement personnel. Il n’est pas un lieu où trouver de l’inspiration ou des conseils pour mener sa vie. Bien évidemment, l’Évangile chrétien a d’énormes implications sur votre façon de vivre. Mais, il est avant tout un message qui vous dit que vous devez être sauvés, et que vous ne le serez en rien par ce que vous ferez, mais plutôt par ce qu’il a déjà fait. Vos premiers pas en Christ ne sont pas d’adopter une éthique de vie, de tourner la page, ou de rejoindre une assemblée. Non. Vos premiers pas commencent par accepter le compte rendu des évènements historiques.
Dieu est-il réellement devenu homme ? A-t-il vraiment vécu, souffert et est-il réellement mort pour vous ? A-t-il vraiment triomphé du tombeau ? Si tel est le cas, alors tout ce que la Bible déclare d’autre sur notre vie est pertinent. Mais si le récit biblique commence par « Il était une fois », si c’est un bon conseil plutôt qu’un communiqué sur les plus grands évènements de l’histoire, alors il n’a aucun sens. Noël nous montre pourquoi le christianisme n’est pas un bon conseil. Il est une bonne nouvelle.
Cet article est tiré du livre : Noël caché de Timothy Keller