La croix : une intervention divine (Joni Eareckson Tada)

Un échange divin

La souffrance n’a rien de bon en soi. Mais quand on la voit comme la chose entre Dieu et nous, elle a du sens. Par la croix, la souffrance devient une transaction. La croix est le lieu de la transaction. « La croix est… la puissance de Dieu » (1 Corinthiens 1.18). C’est l’endroit où la puissance s’échange entre Dieu et nous.

C’est là où la relation naît et s’approfondit. La croix a été, tout d’abord, une transaction entre le Père et le Fils. En raison de ce qui s’est passé là, à savoir l’oeuvre du salut, la croix a du sens. Non seulement entre le Père et le Fils, mais entre nous et le Fils. Pour notre salut, oui, mais aussi pour notre souffrance. La croix est au centre de notre relation avec Jésus-Christ. Quelque chose de littéral s’est accompli là, voilà près de 2000 ans. C’est là où l’on est né spirituellement.

Une invitation à mourir

Quelque chose de symbolique s’y produit encore : la croix, c’est là où l’on meurt. On s’y rend chaque jour. Ce n’est pas facile. Normalement, on veut suivre Christ partout où il nous conduit : à une fête où il a changé l’eau en vin, à une plage ensoleillée où il a prêché depuis une barque, sur le flanc venté d’une colline où il a nourri des multitudes, et même au temple où il a renversé les tables des changeurs. Mais à la croix ? On freine des quatre fers. L’invitation est si terriblement individuelle. C’est une invitation à s’avancer seul. Le Seigneur ne vous lance pas un appel général, mais un appel spécifique, personnel à vous. La transaction se passe entre vous et le Tout-Puissant de l’univers.

On sait que c’est un lieu de mort.

Faites donc mourir ce qui, dans vos membres, est terrestre (Colossiens 3.5)

Qui voudrait de cela ? Crucifier son propre orgueil ? Mettre à mort ses propres rêves et fantasmes ? Enterrer ses préoccupations ? On ne peut tout simplement pas se résoudre à aller à la croix. Il n’y a rien d’attirant en elle.

On vit donc indépendamment de la croix. Ou du moins, on essaie. Avec le temps s’efface le souvenir de l’état désespéré dans lequel on était, la première fois qu’on a cru. La croix demeure quelque chose que l’on a expérimenté « autrefois ». On oublie à quel point on avait soif de Dieu. On devient suffisant. On devient mécanique (on présente l’autre joue et on fait un effort supplémentaire), mais cela n’est rien de plus qu’un effort. Il nous serait difficile de l’admettre, mais on sait pertinemment à quel point on fonctionne indépendamment de Dieu.

C’est là où Dieu intervient !

Il permet la souffrance. Il permet la cécité, les maladies dégénératives, toutes sortes d’accident, la paralysie. La souffrance nous réduit à rien, et comme Søren Kierkegaard l’a fait remarquer : « Dieu crée tout à partir de rien. Et tout ce que Dieu désire utiliser, il le réduit d’abord à rien. » Être réduit à rien, c’est être traîné jusqu’au pied de la croix. C’est une miséricorde sévère. Notre côté obscur la déteste ; notre côté éclairé la reconnaît comme notre port d’attache.

Un échange miraculeux se produit à la croix. Quand la souffrance nous oblige à plier les genoux au pied du Calvaire, nous mourons à nous-mêmes. Impossible de rester longtemps agenouillé à cet endroit-là sans relâcher son orgueil et sa colère, sans se détacher de ses propres rêves et désirs. Voilà ce que veut dire « venir à la croix ». 

Au cours de cet échange, Dieu nous donne de la puissance et implante en nous un espoir nouveau et durable. Nous nous relevons renouvelés. Son joug devient doux ; son fardeau léger. Mais juste au moment où nous commençons à devenir un tantinet autosuffisants, la souffrance nous rappelle à l’ordre. Par conséquent, nous revenons au pied de la croix, mortifiant à nouveau le martyr en nous, détruisant l’exhibition du moi. Ensuite, la transaction peut continuer. Dieu nous révèle davantage de son amour, davantage de sa puissance et de sa paix, tandis qu’on s’accroche à la croix de la souffrance.

En s’éloignant d’elle, on perd toute puissance.

Être rempli par Dieu

Enfant, je vivais à la ferme, et l’un de mes endroits préférés était l’étang situé au fond du pré, à proximité de la grange. Les têtards et les écrevisses m’occupaient pendant des heures. Je restais campée sur mes jambes à me demander d’où pouvait bien venir l’eau de l’étang. J’en faisais le tour en marchant, mais je ne voyais jamais le moindre filet d’eau s’y déverser. Pas la moindre goutte d’un rocher. Aucun tuyau provenant d’une réserve. 

Mon père a patiemment essayé de m’expliquer que l’étang était alimenté par une source profonde dans la terre. Cette source, m’a-t-il dit, ressurgissait en faisant des bulles et remplissait l’étang. Si mon père avait creusé pour agrandir l’étang, la source aurait continué à le remplir. Pour moi, cela restait un mystère, mais j’en savais suffisamment pour continuer à jouer avec les grenouilles et les écrevisses.

Ce n’est plus un mystère maintenant que je ressens l’étau de décennies de paralysie. Je sens souvent l’empiètement de mes limites comme la pointe d’une bêche arrachant les ceps tordus de l’égocentrisme, de la saleté du péché et de la rébellion. Arrachant mes droits. Dégageant les débris de péchés habituels. Extirpant l’orgueil. 

Croire en Dieu au milieu de la souffrance revient à se vider soi-même, cédant plus d’espace (la zone de l’étang) pour Dieu. Le plus grand bien que la souffrance peut me faire, c’est d’accroître ma capacité pour Dieu. Telle une source, Dieu est alors libre de me remplir.

Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture (voir Jean 7.38)

Pas juste un petit ruisseau, mais un puissant fleuve de paix.


Cet article est tiré du livre : Quand Dieu pleure de Joni Eareckson Tada & Steven Estes