La théologie de la Réforme entre les mains d’un serviteur // MON HOMMAGE À JAMES PACKER (John Piper)

MON HOMMAGE À J.I. PACKER (1926-2020)

James Packer m’a écrit une carte postale datée du 18 décembre 1990, sur laquelle figurait cette phrase de sa minuscule écriture : « Glisse-toi derrière ta femme, murmure à son oreille Ellis Peters, Elizabeth Peters, Andrew Greely, Ralph McInerny, William Kienzle, Charles Merrill Smith, et observe sa réaction. »

Ce sont tous des auteurs de romans policiers contemporains. Il y a une histoire derrière cette suggestion.

Brandir une bannière

À la fin des années 1980, je suis passé par une crise de la quarantaine. Je ne voulais pas quitter ma femme, ni faire le tour du monde à la voile ou acheter une moto, mais plutôt nouer des liens avec d’autres pasteurs de différentes confessions qui chérissaient vraiment la souveraineté de Dieu dans le salut. Des pasteurs qui chérissaient le calvinisme avec un petit « c » et une grande joie – « une joie indescriptible », comme l’appelle Pierre (1 Pierre 1.8).

Je savais que de tels pasteurs existaient quelque part, car de petits groupes se réunissaient lors des conférences des Southern Baptist Founders (trad. « Les fondateurs des baptistes du Sud ») et des conférences de Banner of Truth (trad. « La bannière de la vérité »). Mais il y avait un certain ton que je voulais donner. Vraiment sérieux – très sérieux. Vraiment joyeux – une joie charismatique. Vraiment enraciné dans l’histoire – dans la lignée de Luther, Calvin, Owen, Edwards, Spurgeon, Lloyd-Jones, Packer. Richement contemporain – avec les meilleurs chants de louange qui prennent Dieu au sérieux. Vraiment passionné par la mission mondiale et les peuples non-atteints. Vraiment amoureux de l’église locale. Vraiment courageux – prêt à dire tout haut : « Tuer des bébés dans le ventre de leur mère est abominable, et le respect, la justice et l’harmonie entre les races ont vraiment de l’importance. »

C’est la bannière que je voulais brandir. Je voulais voir qui viendrait chanter avec moi sous cette sorte de prédication saturée de Bible et de la théologie de la Réforme.

Comment y arriver ? Comment aider les pasteurs à prendre cela au sérieux ? Personne ne me connaissait. Pourquoi seraient-ils venus ? J’avais besoin d’un orateur que les pasteurs connaissaient et respectaient, et qui croirait en cette vision. J’ai écrit à James Packer. À mon grand étonnement, il était prêt à venir. Et au printemps 1988, nous avons organisé la première Bethlehem Conference for Pastors (trad. « Conférence de Betlehem pour les pasteurs »). Elle se réunit chaque année depuis lors. Il a fait ce genre de choses encore et encore pour les églises et les conférences sans nom. C’était un serviteur.

Enclin à servir

Revenons à nos auteurs de romans policiers.

Pendant qu’il était ici pour la conférence, Noël et moi l’avons invité à dîner chez nous avec les autres intervenants. Au cours de la conversation, le fait que Noël aime lire les romans policiers a été évoqué. Le visage de Packer s’éclaira. « Qui sont tes auteurs préférés ? Puis-je voir ta collection ? » Ils ont tous les deux disparu dans la « bibliothèque » de Noël. Il n’a jamais oublié ces moments heureux, et les évoquait dans ses conversations ou sa correspondance au fil des décennies.

D’où les conseils de sa carte postale : Je ferais peut-être preuve de plus d’affection si je me glissais derrière ma femme et lui murmurais le nom de William Kienzle plutôt que celui de John Calvin.

Ainsi, pour moi, le nom de James Packer signifie « la théologie de la Réforme entre les mains d’un serviteur ». Il ne cherchait pas à se mettre en avant, mais plutôt à soutenir, se mettre derrière les rêves des autres. Il avait la capacité intellectuelle nécessaire pour concevoir et diriger un mouvement. Mais il avait la disposition spirituelle d’un serviteur.

Un théologien peu glamour

Bien sûr, il y a une différence entre le leadership et l’influence. Il y a eu de nombreux leaders populaires dont l’influence est éphémère. Mais la production tranquille et régulière de livres de Packer, et son travail en coulisses dans des mouvements qui étaient dirigés par d’autres, ont probablement solidifié et approfondi la résurgence évangélique et réformée avec plus d’effet que celle de nombreux dirigeants plus visibles.

Il savait que le travail d’un théologien n’est vraiment pas très glamour. Il a écrit en 1991 :

Les théologiens sont appelés à être les ingénieurs des eaux et les responsables des égouts de l’Église ; c’est leur travail de veiller à ce que la pure vérité de Dieu coule abondamment là où elle est nécessaire, et de filtrer toute pollution envahissante qui pourrait nuire à sa santé. (Quest for Godliness, 15 ; trad. « Une quête de piété »)

En d’autres termes, la théologie réformée entre les mains d’un serviteur.

Une introduction explosive

Un autre exemple du cœur de serviteur de Packer était sa disposition à promouvoir les projets de publication d’autres personnes. Son nom apparaît dans les mentions au dos de tant de livres qu’on se demande comment il a pu avoir le temps d’écrire les siens. Quand je dis « promouvoir les projets de publication d’autres personnes », je pense non seulement à ses écrits, mais aussi à ses avant-propos et à ses introductions.

Personnellement, je trouve qu’une des productions de Packer a eu un effet explosif. En 1958, Banner of Truth a réimprimé le livre de John Owen, The Death of Death in the Death of Christ (trad. « La mort de la mort dans la mort de Christ »), une présentation de trois cents pages sur l’expiation particulière (ou limitée). Ils ont invité Packer à écrire une introduction. Je considère de tels efforts comme le travail d’un véritable serviteur, car les introductions sont généralement enterrées et oubliées, ne servant qu’à relancer le lectorat de l’œuvre, cette dernière étant ce qui importe vraiment.

Mais cette fois-ci, cette influence discrète, modeste et à l’aise derrière les coulisses eut un effet explosif. Cette « introduction » est devenue un phénomène à part entière. Elle a été réimprimée sous de nombreuses formes, et est aujourd’hui disponible gratuitement en ligne. Je dis « explosif » parce que lorsqu’elle a été imprimée comme un essai autonome, elle a fait sauter les murs de la lecture difficile qu’est John Owen et s’est répandue beaucoup plus amplement par elle-même que dans le livre d’Owen.

Rétablir l’Évangile

Je considère cet essai (pour changer de métaphore) comme l’un des piliers les plus importants de la résurgence réformée de ces cinquante dernières années. Son essai ne portait pas principalement sur l’expiation particulière. C’était un essai sur l’Évangile. Et Packer a fait valoir que les cinq points du calvinisme, avec toutes leurs limites (qu’il détaille), rendent un grand service en clarifiant comment l’œuvre salvatrice de Dieu, annoncée dans l’Évangile, est diluée par le rejet des cinq points du calvinisme historique. Il écrit :

Peu importe que nous nous appelions calvinistes, ce qui compte, c’est que nous comprenions l’Évangile de manière biblique. Mais cela, selon nous, signifie en fait que nous devons le comprendre comme le calvinisme historique le comprend. L’alternative est de mal le comprendre et de le déformer. . . . Le mouvement évangélique moderne, dans l’ensemble, a cessé de prêcher l’Évangile comme autrefois, et nous admettons franchement que le nouvel évangile, dans la mesure où il s’écarte de l’ancien, nous semble une distorsion du message biblique. (Quest for Godliness, 137 ; trad. « Une quête de piété »)

Il explique cette distorsion :

Nos esprits ont été conditionnés à penser à la croix comme étant une rédemption qui ne rachète pas tout à fait, et à Christ comme étant un Sauveur qui ne sauve pas pleinement, et à l’amour de Dieu comme étant une faible affection qui ne peut empêcher personne d’aller en enfer sans aide, et à la foi comme étant l’aide humaine dont Dieu a besoin pour ce faire. Par conséquent, nous ne sommes plus libres ni de croire à l’Évangile biblique ni de le prêcher. Nous ne pouvons pas y croire, parce que nos pensées sont prises dans le tourbillon du synergisme. Nous sommes hantés par l’idée arminienne que si la foi et l’incrédulité doivent être des actes responsables, ils doivent être des actes indépendants ; nous ne sommes donc pas libres de croire que nous sommes sauvés entièrement par la grâce divine par la foi qui est elle-même un don de Dieu et qui nous vient du Calvaire. Au lieu de cela, nous faisons preuve d’une double pensé déconcertante sur le salut, en nous disant un moment que tout dépend de Dieu et le moment suivant que tout dépend de nous. La confusion mentale qui en résulte prive Dieu d’une grande partie de la gloire que nous devrions lui donner en tant qu’auteur et finisseur de notre salut, et nous prive d’une grande partie du confort que nous pourrions tirer du fait de savoir que Dieu est pour nous. (Quest for Godliness, 137 ; trad. « Une quête de piété »)

Ce petit livret (écrit en guise de support) a résonné avec une telle clarté, une telle force et une telle beauté que, pour beaucoup d’entre nous, nous savions que c’était (pour changer encore une fois de métaphore) la musique de notre pays. C’était vrai. C’était tout à fait biblique. Cela revenait à ôter de nos esprits « confus » la camisole de force philosophique étrangère qui empêchait des dizaines de textes de signifier ce qu’ils signifiaient. C’était explosif. Un pilier. De la musique. Et plus encore. Packer a sonné la trompette du rétablissement de l’Évangile.

Grand parmi les hommes

Ce n’est pas un hasard si le dernier quart de siècle chez les évangéliques a vu à la fois une résurgence réformée et une multiplication des mouvements, des livres et des conférences sous la bannière « Centré sur l’Évangile ». Pour ceux qui voient le monde et la parole de la même façon que James Packer, il ne s’agit pas de mouvements distincts.

Tout cela parce que l’humble serviteur était prêt à écrire une « introduction » qui, de toute évidence, aurait dû être éclipsée par un grand livre. Mais le Seigneur Jésus nous a dit comment cela fonctionne : « Quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur » (Matthieu 20.26).

James Packer était un grand homme. Que ce soit lorsqu’il accordait toute son attention aux romans policiers de ma femme, lorsqu’il aidait au lancement d’une conférence de pasteurs inconnue, lorsqu’il évacuait les eaux usées théologiques, lorsqu’il écrivait des centaines de recommandations pour les livres d’autres personnes ou lorsqu’il soutenait la réédition de John Owen – ici, la théologie réformée était entre les mains d’un serviteur. Ou, comme il voudrait qu’on le dise, ici, l’Évangile biblique était entre les mains d’un serviteur.