Le désespoir utilisé par Dieu (Joni Eareckson Tada)

Les questions déchirantes honorent Dieu. Exprimer son désespoir à Dieu est une façon de le rencontrer, de s’ouvrir à la seule personne qui peut faire quelque chose à propos de la situation désespérée dans laquelle on se trouve. Que l’on entre en collision avec le Tout-Puissant, ou que l’on tombe tout simplement sur lui, on ne peut plus rester le même. On n’est plus jamais la même personne quand on a rencontré Dieu.

Le brouillard humide de mon désespoir ne s’est pas dissipé du jour au lendemain, mais j’ai su, sans l’ombre d’un doute, que j’avais changé de cap. Je marchais en direction de Dieu. Mes questions ont également créé un paradoxe : au milieu de l’absence de Dieu, j’ai senti sa présence. Je l’ai rencontré après avoir décidé d’abandonner l’idée de ce qu’il devrait être, selon moi. Mon désespoir a fini par être mon allié, car par son intermédiaire, Dieu est entré dans ma vie.

Connaître Dieu ne fait pas disparaître les difficultés

Cela ne signifie pas que nos questions obtiennent des réponses. Cela ne signifie certainement pas qu’on guérit du cancer, que les guerres cessent et que les conducteurs ivres restent à la maison. Il est très probable que nos questions difficiles restent sans réponse, ce qui multiplie par deux nos souffrances : nos difficultés ne disparaissent pas et leur raison d’être nous échappe.

N’oubliez pas, cependant, que « les raisons qui expliquent pourquoi » ne satisfont personne, en fin de compte. Ceux qui souffrent sont comme cet enfant souffrant qui demande à son papa : « Pourquoi ? » L’enfant s’ouvre à la seule personne susceptible de faire quelque chose pour améliorer son sort. Il sait que sa douleur sera atténuée par l’étreinte de son père. Il sait que sa douleur émeut le coeur de son père plus que toute autre chose.

Nos souffrances touchent l’Éternel

Mon ami Jim sait tout cela. Il doit souvent quitter ses trois petits garçons pour un séjour à l’étranger dans le cadre de son travail. Lors d’un récent voyage, la famille l’a accompagné à l’aéroport. En chemin, son fils de sept ans a écouté volontiers les instructions de dernière minute pour « aider maman » pendant que papa serait en voyage d’affaires. Son fils de cinq ans a courageusement baissé le menton en promettant de faire ses corvées. En arrivant à l’aéroport, son fils de deux ans, qui jusque-là souriait et baragouinait, a soudain repéré un avion sur la piste. Il a fondu en larmes !

« Ça m’a brisé le coeur, s’est exclamé Jim. J’ai presque annulé le voyage à ce moment-là. J’ai juste continué à serrer ce petit garçon dans mes bras. » 

En voyant ses yeux emplis de larmes, j’ai pensé : si les pleurs de ce petit garçon touchent le coeur de Jim à ce point, combien plus nos larmes doivent-elles émouvoir notre Père céleste. Rien n’émeut plus le coeur de Dieu que le cri torturé d’un de ses enfants.

Dieu réagit à nos souffrances

Regardez ce qui se passe dans le Psaume 18, après que David ait crié à Dieu. Le plaidoyer de David atteint le trône de Dieu. Dieu réagit…

De son palais, il a entendu ma voix,
Et mon cri est parvenu devant lui à ses oreilles.
La terre fut ébranlée et trembla,
Les fondements des montagnes frémirent […]
Il abaissa les cieux, et il descendit […]
Il était monté sur un chérubin, et il volait,
Il planait sur les ailes du vent […]
Il étendit sa main d’en haut, il me saisit.

Nos questions et nos cris émeuvent puissamment le Tout-Puissant. Il remue ciel et terre pour y répondre, il étend sa main et il saisit la nôtre. Jésus est l’étreinte de Dieu, sa manière de se pencher vers nous et de nous prendre dans ses bras. En Jésus, on rencontre le Père.

Jésus aussi vécut du désespoir

Quand on le cherche, Dieu promet que nos coeurs angoissés trouveront Jésus. C’est une bonne nouvelle. En ce qui concerne les questions sincères et désespérées, Jésus a plus d’expérience que tout autre être humain. Il ne s’est pas attardé dans le lourd brouillard de Gethsémané, en succombant au désespoir. Il a pris la direction menant à son Père en allant à la croix. Là, il a dirigé son cri vers Dieu, non pas en ses propres mots, mais, vous l’avez deviné, en reprenant les paroles d’un psaume. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » gémit-il en citant Psaumes 22.1. Jésus a prié cela alors qu’il était dans une situation bien pire que tout ce qu’il nous sera donné de vivre. Personne n’a été plus abandonné de Dieu que Christ (être abandonné de Dieu est au centre de la mort de Jésus pour nos péchés).

Dieu ne nous abandonnera jamais

Mais ça ne s’arrête pas là. Dieu le Père peut-il faire la sourde oreille à la supplication de son propre Fils ? (Si Jim ne le peut, on peut parier que Dieu ne le peut pas non plus. Et s’il le peut, on est dans le trouble.)

La réponse résonne d’un tombeau vide, trois jours plus tard : non, jamais de la vie ! Parce que le Père a ressuscité Jésus d’entre les morts, il y a de l’espoir pour nous tous ! Jésus a senti la gifle de Dieu afin que nous puissions sentir la caresse de Dieu. Évidemment, on peut se sentir abandonné au milieu des souffrances, mais le fait est qu’on ne l’est pas. « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » a été le cri de Christ au nom de toute l’humanité, afin qu’il puisse nous dire tendrement : « Jamais je ne t’abandonnerai » (voir Hé 13.5). Le désespoir peut être rattaché à Dieu, mais c’est également le cas de l’espoir.

Quand notre désespoir s’élève dans une ligne directe et verticale vers Dieu, on s’ouvre au changement, à l’espoir véritable et à la possibilité de voir Dieu tel qu’il est vraiment, et non pas comme on voudrait qu’il soit. Dès qu’on lui donne la main, Dieu nous prend le bras. Il nous prendra même tout entier. Il prendra son essor sur les ailes du vent et descendra du ciel pour nous montrer qui il est et nous envelopper de son amour.


Cet article est tiré du livre : Quand Dieu pleure de Joni Eareckson Tada & Steven Estes