Le flambeau francophone de la Réforme : Guillaume Farel (Jonathon Bowers)

Dans une prédication datant de 1791, Lemuel Haynes a fait la remarque suivante : « Rien n’est plus évident que le fait que les hommes ont des préjugés contre l’Évangile. C’est à cause de ce fait que ceux qui le défendent subissent tant de mépris. » (The Faithful Preacher, 25 [trad. Le prédicateur fidèle]) Le réformateur français Guillaume Farel a bien connu sa part de mépris.

Fervent défenseur de l’Évangile, Farel a passé ses journées à défendre la cause protestante, souvent face à l’opposition. Parfois, cette opposition est née de préjugés véritablement liés à l’Évangile. Mais à d’autres moments, c’est la témérité de Farel lui-même qui était en cause. Jean Calvin a noté que Farel pouvait parfois se laisser « emporter par la véhémence de son zèle » (Calvin, 152). Alliant un tempérament entêté à un profond souci pour la piété biblique, Farel a lutté sans relâche pour la foi et a joué un rôle déterminant dans les débuts de la réforme française.

« La papauté est tombée de mon cœur »

Né à Gap, en France, en 1489, Farel a grandi dans un foyer catholique dévoué. À vingt ans, il s’inscrit à l’université de Paris pour étudier la théologie. C’est là que Farel rencontre le savant humaniste Jacques Lefèvre d’Étaples, un homme dont la dévotion à Christ l’inspire.

Après avoir obtenu son diplôme en 1517, Farel a commencé à enseigner au Collège du Cardinal Lemoine. Les rapports sur les efforts de réforme de Luther en Allemagne lui parviennent là-bas, renforçant sa propre conviction croissante que la pratique et l’enseignement catholiques se sont éloignés de leurs racines bibliques. En étudiant l’Écriture pendant plusieurs années, Farel découvrit que « peu à peu, la papauté est tombée de mon cœur » (Guillaume Farel, 26).

Farel démissionna de son poste d’enseignant et, en 1521, il commença à promouvoir le message de la réforme partout où il le pouvait. Il prêche en France et dans les régions francophones de Suisse, croisant les chemins de Johannes Oecolampadius à Bâle et de Wolfgang Capito et Martin Bucer à Strasbourg. Farel était connu pour son style conflictuel, ce qui lui a valu l’avertissement suivant de la part d’Oecolampadius : « plus vous êtes enclin à la violence, plus vous devez vous efforcer d’être doux et de modérer vos élans de lion par l’esprit de la colombe » (Guillaume Farel, 38).

Le collaborateur de Calvin

En 1533, après une visite infructueuse l’année précédente, Farel s’installe à Genève, avec l’intention de conduire la ville à adopter la Réforme. Ses espoirs se réalisent en 1536, lorsque le Conseil général de Genève s’allie officiellement au protestantisme.

C’est cette même année que Farel persuada Calvin de se joindre à lui dans son travail. Calvin passait par Genève pour se rendre à Strasbourg, désireux de mener une vie d’érudition tranquille. Farel apprit la présence de Calvin dans la ville et essaya de le convaincre de rester. Lorsque ses appels plus doux se sont avérés infructueux, Farel a menacé Calvin du jugement de Dieu. Les paroles de Farel laissèrent leur marque. Calvin écrivit plus tard : « Par cette imprécation, j’ai été tellement frappé de terreur que j’ai renoncé au voyage que j’avais entrepris » (Guillaume Farel, 69).

La décision de rester à Genève fut déterminante pour Calvin, car bien que lui et Farel aient été chassés de la ville en 1538 – les deux s’étaient affrontés avec les magistrats sur des questions de discipline d’église – Calvin revint à Genève en 1541 et y exerça son ministère pour le reste de sa vie. Farel s’installa à Neuchâtel, une ville où lui et Antoine Froment avaient introduit l’enseignement de la Réforme en 1530. Comme Calvin à Genève, Farel s’établit à Neuchâtel jusqu’à sa propre mort en 1565.

Calvin et Farel ont maintenu une relation étroite après leur séjour commun à Genève, correspondant au moins une fois par mois pendant vingt ans. Les deux hommes, avec Pierre Viret à Lausanne, formèrent un partenariat crucial qui contribua à faire avancer la cause de la réforme française. Malheureusement, la relation de Calvin et Farel se brise lorsque, en 1558, Farel annonce ses fiançailles avec Marie Thorel, une adolescente de plus de cinquante ans sa cadette. Bien qu’il semble qu’il n’y ait eu aucune irrégularité sexuelle, le mariage a créé un scandale en raison de la grande différence d’âge entre les deux époux. L’amitié de Calvin avec Farel n’a jamais récupéré son éclat d’antan par la suite.

Un adorateur et un combattant

Aussi proche du lion et controversé que Farel puisse être, il était dévoué à la vitalité spirituelle du peuple francophone. Il a produit certains des premiers ouvrages de la Réforme disponibles en français, écrivant un commentaire sur le Credo des Apôtres et le Notre Père en 1524 et un résumé de l’enseignement réformé en 1529.

Dans ses écrits, Farel a montré un intérêt particulier pour le thème de la prière. Dans un article intitulé « Guillaume Farel’s Spirituality » (trad. La spiritualité de Guillaume Farel), Theodore Van Raalte soutient que l’accent mis par Farel sur la prière nous montre un côté de lui trop souvent négligé, un côté marqué par « une piété profonde et un amour pastoral ». Farel était à la fois un adorateur et un combattant, un pasteur et un pugiliste. Quels que soient ses défauts, ce flambeau français aimait l’Évangile et a consacré sa vie à en partager les richesses.

Pour en savoir plus sur Guillaume Farel, lisez Guillaume Farel par Jason Zuidema.


Cet article est une traduction de l’article anglais « The French Firebrand » du ministère Desiring God par Timothée Davi.