Le sourire francophone de la Réforme : Pierre Viret (Douglas Wilson)

Le sourire francophone de la Réforme

Pierre Viret, né en 1511, était un apologiste, un orateur, un humoriste et un économiste, et il était très en avance sur son temps. En plus de tout cela, il était aussi un grand théologien.

Une biographie récente de Pierre Viret par Jean-Marc Berthoud est sous-titrée « Un géant oublié de la Réforme », et ce sous-titre résume à peu près tout. Nous sommes tellement habitués à nous souvenir des géants connus de la Réforme – comme Luther et Calvin – que nous oublions parfois qu’ils avaient des semblables.

Le beau-père de Genève

Viret était un ami personnel proche de Calvin, et ils avaient tous deux une dette importante envers le même homme, Guillaume Farel. Farel était l’homme qui avait entendu dire que Calvin passait par Genève pour aller mener une vie tranquille dans une bibliothèque quelque part, et qui avait persuadé Calvin de rester là-bas pour aider au travail de réforme. Persuadé est une façon douce de le dire – il a prédit le tonnerre et la ruine si Calvin ne restait pas – et c’est ainsi que Guillaume Farel a effrayé Calvin et l’a poussé à occuper une place importante dans l’histoire du monde.

Pierre Viret est d’origine suisse, mais il a fait ses études à l’université de Paris. Il s’est converti à la foi réformée pendant son séjour et a fui vers sa ville natale d’Orbe pour échapper aux persécutions qui avaient éclaté à Paris. C’est Farel qui appela alors Viret au ministère, et c’est ainsi qu’il prêcha sa première prédication à l’âge de 20 ans, en mai 1531. Cela se passa cinq ans avant que Farel ne confronte Calvin. Dans le cadre de son ministère de prédicateur à Orbe, Viret a eu le grand privilège de voir ses parents se convertir et rejoindre la Réforme.

Tout comme Calvin était associé à Genève, Viret était associé à Lausanne. L’Académie genevoise est à juste titre célèbre, mais cette académie est en fait le beau-fils des travaux antérieurs de Viret. Viret avait fondé la première académie réformée à Lausanne en 1537. Cette académie s’y est développée et a prospéré, et à son apogée, elle comptait environ un millier d’étudiants. Certains de ses anciens élèves ont écrit le Catéchisme de Heidelberg (Ursinus et Olevianus) et la Confession Belge (de Brès). Et Théodore de Bèze en était le directeur.

Borné contre Berne

Mais Viret était confronté à un défi similaire à celui de Calvin – la question de la discipline d’église contrôlée par l’État.  Parce que Lausanne était sous l’autorité de la ville de Berne et que les autorités civiles de cette ville ne permettaient pas la discipline d’église en dehors de leur examen et de leur autorisation, le résultat était une corruption morale continue.

Pour ne citer qu’un exemple flagrant, un homme dirigeait un réseau de prostitution à partir du domicile de sa mère, et Berne a interdit de lui refuser la Sainte-Cène. Selon le biographe Jean-Marc Berthoud, « Dans ses écrits polémiques, Viret sera amené à souvent déclarer que le pape bernois en robe courte (l’état) était un ennemi bien plus redoutable pour la foi que le vieux pape de Rome en robe longue » (Pierre Viret, 35).

Après de nombreux appels, Viret a décidé qu’il lui fallait simplement poser des limites. Il a demandé aux autorités locales de reporter une communion afin qu’il puisse examiner et instruire les personnes venant y participer. Lorsque les seigneurs de Berne apprirent cela, ils furent scandalisés et exigèrent que Viret soit renvoyé, ce qui fut le cas. Viret se rendit alors à Genève – et toute la faculté démissionna en signe de protestation. Par conséquent, quelques mois plus tard, l’académie de Genève fut créée. En réalité, l’académie de Lausanne déménagea – et un nuage de bénédiction avec elle.

Un réformateur tout sourire

Farel, mentionné précédemment, était tout à fait orthodoxe, mais il faut reconnaître que sa tête était en quelque sorte en feu. Viret, en revanche, était beaucoup plus équilibré. Bien que Viret ait été un polémiste efficace, et en aucun cas un pacifiste ecclésiastique, à sa mort en 1571, il avait gagné le sobriquet « Le sourire de la Réforme ».

Viret savait être combatif, mais il était aussi très agréable. Que sa tribu revienne, et s’agrandisse.

Pour en savoir plus sur Pierre Viret, lisez : Pierre Viret : Un géant oublié de la Réforme de Jean-Marc Berthoud.


Cet article est une traduction de l’article anglais « The Smile of the Reformation » du ministère Desiring God par Timothée Davi.