Le suicide et le salut (John Piper)

Nous avons maintenant reçu près d’une centaine de questions par courriel de la part de nos auditeurs au sujet de la question poignante du suicide de chrétiens et de leur salut. Plusieurs courriels récents portaient sur des suicides de pasteurs. Andrew, un auditeur régulier de podcast de l’Iowa, écrit : « Pasteur John, récemment, le pasteur familial d’une église locale s’est suicidé. Alors, qu’arrive-t-il à l’âme d’un croyant confessant et né de nouveau qui se suicide ? Est-ce là le péché impardonnable ? Est-ce que cela montre que la personne n’a jamais été un croyant parce qu’elle n’a pas persévéré ? Ou est-il possible pour quelqu’un qui se suicide d’aller au paradis ? » Alors Pasteur John, ce sont des questions difficiles, mais elles ne sont pas nouvelles pour vous.

J’ai été impliqué de près dans plusieurs suicides dans ma vie. J’ai nettoyé le sous-sol après que la police eut retiré le corps d’un homme qui s’était tiré une balle dans la tête, et j’ai utilisé un balai pour balayer le sang (et d’autres choses) dans un bac à poussière pour ensuite tout verser dans le lavabo, de sorte que sa femme ne puisse pas avoir à voir ce que nous avions trouvé. Et puis j’ai fait ses funérailles cinq jours plus tard. C’était un croyant confessant. J’ai célébré les funérailles d’une jeune femme qui a sauté par la fenêtre de l’infirmerie fermée à clef de l’hôpital en bas de ma rue, où elle était maintenue en sécurité dans sa détresse psychologique. Et elle est morte en sautant par la fenêtre.

Se méfier de Dieu

Alors que ce soit clair. Se tuer soi-même, c’est sérieux. Nous jouons avec le feu. C’est spirituellement et éternellement grave de se tuer soi-même. Ce n’est pas une chose légère. Et quiconque m’écoute et qui envisage de se suicider devrait m’entendre dire : ne le fais pas. Il existe une meilleure façon de procéder. Je vous promets, au nom de Jésus-Christ, qu’il y a une meilleure solution. Vous n’en avez pas l’impression, peut-être, en ce moment, mais vos sentiments ne sont pas vrais. Ils vous trompent. Il est vrai que Dieu a une autre solution pour vous. Il crée toujours une autre solution. Attendez-vous à lui et demandez l’aide dont vous avez besoin, parce que la Bible parle très sérieusement du meurtre.

C’est 1 Jean 3.15 :

« Tout homme qui déteste son frère est un meurtrier, et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle en lui. »

Cela devrait effrayer les gens qui envisagent de mettre fin à leurs jours par le meurtre. Alors qu’est-ce que ça veut dire ? La vie éternelle et le meurtre ne coexistent pas dans la même âme. Mais soyons prudents maintenant. N’allons pas plus loin qu’il n’y paraît. Le passage veut-il dire que tous ceux qui ont un moment de haine sont des personnes haineuses ? Probablement pas. Est-ce qu’il veut dire que tous ceux qui ont un moment meurtrier sont des meurtriers ? C’est une question importante. J’en doute fort.

Oui, la Bible dit que nous devons persévérer jusqu’à la fin pour être sauvés (Marc 13.13). Ou Hébreux 3.14 :

« Car nous sommes devenus participants de Christ, pourvu que nous retenions fermement jusqu’à la fin l’assurance que nous avions au commencement. »

C’est un avertissement très sérieux. Mais cela ne signifie pas que notre expérience d’assurance en Dieu jusqu’à la fin est parfaite de sorte que nous ne commettons pas de fautes qui trahissent que nous ne faisons pas pleinement confiance à Christ. Tout péché, tout mon péché – le péché que je commets cet après-midi, demain, hier – est enraciné dans un certain degré de méfiance dans la bonté supérieure de Dieu. Et cela ne veut pas dire que j’oscille entre « être chrétien » et « ne pas être chrétien », ou même que des degrés de manque de confiance en Dieu se manifestent lorsque je pèche. Je ne cesse pas tout d’un coup d’être chrétien lorsque je pèche. 

Ainsi, dire que nous devons persévérer jusqu’au bout avec assurance ne signifie pas que vous devez persévérer jusqu’au bout dans l’absence de péché ou dans la confiance parfaite en Christ. Il y a une imperfection dans notre confiance.

Notre dernier acte

La question est maintenant de savoir si une personne qui se suicide va au ciel. Cette question se résume à ceci : si une personne a placé sa confiance en Christ en tant que son Sauveur, son Seigneur et son trésor, le dernier acte de sa vie est-il décisif pour montrer qu’elle est vraiment un enfant de Dieu ? Voilà la question clef. Est-ce que le dernier acte – dans leur cas, le meurtre – est considéré comme décisif au jour du jugement en montrant que nous étions en Christ ou non ? Le dernier acte est-il celui qui détermine si notre foi était réelle ? Ou est-ce que tous les autres actes de la vie comptent aussi comme preuves ?

Permettez-moi de partager une analogie. Cela a aidé beaucoup de gens à qui je l’ai partagé. J’espère que ça aidera. Supposons qu’un soir – disons maintenant, à 68 ans, ça peut arriver à n’importe quel moment – j’en veux tellement à ma femme que je sors de la maison en trombe. Je claque la porte.

Je saute dans la voiture et je me dirige vers la route et je suis tellement hors de contrôle et tellement en colère – laissez-moi ajouter – tellement en colère de façon pécheresse que je prends mal un virage et je meurs. Mon dernier acte était un péché, et je me suis tué à cause de mon péché. Je n’avais pas l’intention de me suicider, mais je l’ai fait. Et c’est le péché qui l’a rendu possible. La dernière chose que j’ai faite, c’était de pécher. Ce dernier péché est-il décisif pour déterminer si John Piper est né de nouveau ?

Et ma réponse est : pas nécessairement. En d’autres termes, Dieu regardera ma vie. Il examinera toute ma vie, et les preuves que je lui appartiens ne seront pas évaluées uniquement à cause de cet échec, pas plus qu’à cause de n’importe quel autre échec. Pourquoi le dernier acte serait décisif alors que les autres sont tout aussi sérieux ?

Moments de désespoir

La dernière question devient donc la suivante : un chrétien peut-il être si déprimé et temporairement aveuglé à l’espérance de l’évangile qu’il prend sa vie dans un moment temporaire de désespoir ? Et je pense que la réponse est oui.

Je pense, et c’est là mon opinion, que les saisons sombres vont et viennent dans la vie chrétienne. Il est dangereux de dire cela, parce que nous sommes tous si facilement trompés, et nous devrions être terrifiés d’essayer de rencontrer Jésus par le meurtre. C’est un choix horrible. Mais entre la terreur que nous devrions ressentir à propos de ce choix et le désespoir de la victime du suicide, entre ces deux-là, j’agite un drapeau d’espoir en disant que la vraie foi peut aussi passer par des saisons sombres.


Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts