Les calvinistes sont-ils contradictoires quand il s’agit de Romains 9 ? (John Piper)
Dans les courriels envoyés par les auditeurs de ce podcast, Romains 9 a été mentionné presque 300 fois. Nous avons reçu beaucoup de questions au sujet de ce chapitre. Aujourd’hui, nous nous demandons pourquoi les calvinistes parlent si souvent de l’élection des croyants comme étant inconditionnelle, mais de la réprobation des non-élus comme conditionnelle ? C’est une question d’Henry aujourd’hui.
« Cher Pasteur John, dans Romains 9.10-13 Paul dit que Dieu aimait Jacob et détestait Ésaü avant qu’ils aient fait quoi que ce soit de bien ou de mal. J’ai entendu de nombreux calvinistes dire que l’élection n’a rien à voir avec les œuvres faites, bonnes ou mauvaises, présentes ou futures. C’est vrai et glorieux. Cependant, beaucoup de ces mêmes calvinistes disent que lorsque Dieu prédestine les gens à l’enfer, il s’assure qu’ils méritent d’être jugés, à cause de leurs péchés. Cela me semble contradictoire. Si l’élection est inconditionnelle, pourquoi la perdition est-elle si souvent présentée ici comme une réponse conditionnelle ? »
Le véritable Israël
Mettons le texte clef devant nos yeux et assurons-nous de bien comprendre la question dans son contexte. Voici ce que Paul a écrit dans Romains 9.11-13 :
« Car les enfants [Jacob et Ésaü] n’étaient pas encore nés et ils n’avaient fait ni bien ni mal – c’est très important, très important, de voir qu’ils n’ont fait ni bien ni mal. Paul explique pourquoi il choisit comme il le fait – (afin que le dessein d’élection de Dieu subsiste – et on pourrait s’attendre à ce qu’il dise à cause de la foi, mais il ne dit pas cela –, sans dépendre des œuvres, et par la seule volonté de celui qui appelle), quand il fut dit à Rebecca : l’aîné sera assujetti au plus jeune, selon qu’il est écrit : j’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü. »
Ce que Paul avait dit au verset 6, c’est que les promesses de Dieu à Israël n’ont pas échoué, même si beaucoup de Juifs périssent. Selon le verset trois, ils sont maudits et séparés de Christ.
La raison pour laquelle les promesses de Dieu à Israël n’ont pas échoué, même si certains périssent, est que « ceux qui sont issus d’Israël ne sont pas tous Israël ». C’est-à-dire que les promesses salvatrices de Dieu ne garantissent pas le salut de chaque israélite ethnique, mais seulement du véritable Israël. C’est le but des versets 6-8. Tous les descendants d’Abraham ne sont pas enfants de Dieu.
Trouver la racine
Puis Paul montre la plus profonde racine de ce qui fait qu’une personne fait partie du véritable Israël, l’Israël sauvé. La plus profonde racine est celle de l’élection inconditionnelle de Dieu. C’est-à-dire, le choix de Dieu d’une personne et pas d’autres, qui n’est pas basé sur les bonnes ou les mauvaises actions de celle-ci.
De quel choix parle-t-on ? Eh bien, ce à quoi Paul a affaire au verset 3, c’est comment tant d’individus israélites peuvent-ils être perdus, maudits et séparés de Christ ? L’enjeu est le salut éternel.
Paul est accablé par ses « parents selon la chair » qui sont perdus, qui sont éternellement maudits. Ainsi l’élection ici signifie l’élection de qui seront les vrais israélites, les vrais enfants de Dieu, et qui ne le seront pas (Romains 9.6-8).
Formuler la question
Maintenant, ce qu’Henry souligne, c’est que les Écritures, pas seulement les calvinistes, les Écritures enseignent que tous ceux qui sont condamnés à la condamnation éternelle, l’enfer, méritent d’y être. C’est un enseignement biblique.
Personne n’est en enfer parce qu’il ne mérite pas d’y être. Ils seront là à cause de leur incrédulité et de leur péché.
Henry dit que ça semble contradictoire. L’élection inconditionnelle, d’une part, la condamnation conditionnelle, d’autre part. Quand Dieu a décidé de ne pas choisir une personne, il n’a pas fondé sa décision sur la prescience de l’incrédulité et du péché. Mais quand il condamne une personne, c’est finalement basé sur l’incrédulité et le péché. Et Henry se demande si c’est une contradiction.
Juste lorsqu’il condamne
Ma réponse est non. Ce n’est pas le cas.
Il y a de bonnes raisons pour lesquelles Dieu élit au commencement comme il le fait. Et il y a de bonnes raisons pour lesquelles Dieu juge à la fin comme il le fait. Et ces actes d’élection et de condamnation et ces raisons ne sont pas contradictoires.
Il condamne à la fin sur la base de l’incrédulité et du péché, parce qu’il est juste. Et le principe de justice dans la Bible est :
- « Tu ne feras pas mourir l’innocent et le juste. » (Exode 23.7)
- « Celui qui acquitte le coupable et celui qui condamne le juste font tous deux horreur à l’Éternel. » (Proverbes 17.15)
- « Il réserve son indignation et sa colère à ceux qui, par esprit de révolte, rejettent la vérité et obéissent à l’injustice. » (Romains 2.8)
C’est le principe biblique de la justice, et Dieu est juste.
La décision finale de Dieu d’envoyer quelqu’un en enfer reposera sur le fait qu’il le mérite. Il n’y aura pas d’injustice. Personne ne sera en enfer s’il ne mérite pas d’y être. Aucun degré de châtiment en enfer ne sera disproportionné par rapport à la grandeur de la culpabilité du pécheur (Luc 12.47).
Dieu condamne sur la base de l’incrédulité et du péché parce qu’il est juste.
Inconditionnel
Mais Dieu élit avant la fondation du monde, non pas sur la base de l’incrédulité et du péché, parce qu’il est libre et indépendant de toute contrainte extérieure dans la formation de son propre plan. Permettez-moi de le répéter. Voici comment Paul le dit. Il semble s’efforcer d’être clair :
« Car les enfants n’étaient pas encore nés et ils n’avaient fait ni bien ni mal (afin que le dessein d’élection de Dieu subsiste, sans dépendre des œuvres, et par la seule volonté – son plan sa volonté, son conseil seul, sa liberté – de celui qui appelle), quand il fut dit à Rebecca : l’aîné sera assujetti au plus jeune, selon qu’il est écrit : j’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü. »
Un mystère tout de même
Voilà pourquoi je pense qu’Henry dit que ça semble contradictoire. Dieu condamne sur la base de l’incrédulité et du péché, mais il élit avant la fondation du monde, et ce non sur la base de l’incrédulité et du péché. Je pense que Henry dit que cela semble contradictoire parce que nous ne savons pas comment Dieu fait en sorte que tous ceux qui ne sont pas élus deviennent en fait coupables de condamnation.
Permettez-moi de le répéter. Nous ne savons pas comment Dieu rend la chose certaine, ou veille à ce que tous ceux qui ne sont pas élus se rendent en fait coupables de condamnation. Comment une réelle culpabilité devient-elle une certitude pour tous les non-élus ?
C’est une autre façon de se demander comment un Dieu souverain gouverne les choix du cœur de tous les êtres humains, et pourtant ces êtres humains sont responsables des choix de leur cœur ?
Je suis heureux que ce soit l’une des choses cachées qui appartiennent au Seigneur (Deutéronome 29.29). Ce que nous savons, c’est que les deux sont enseignés dans la Bible. Dieu gouverne les choix de tous les peuples, et tous les peuples sont responsables de leurs choix. Ce n’est pas une contradiction. C’est un mystère, ou c’est peut-être un mystère. Certains pensent qu’ils l’ont peut-être compris, pas moi.
C’est peut-être un mystère, c’est-à-dire que nous ne savons pas comment. C’est le mot-clef. Nous ne savons pas comment Dieu fait ça. Mais nous savons qu’il le fait.
« Le cœur du roi est un simple courant d’eau dans la main de l’Éternel : il l’oriente comme il le désire » (Proverbes 21.1).
Et ce roi est responsable devant Dieu.
Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts