Les racines historiques de la prédication chrétienne (John Piper)

Tout comme la plupart des dispositions que Dieu met en oeuvre dans le monde, la pratique de la prédication dans les rassemblements d’adoration des premiers chrétiens n’est pas apparue de manière fortuite, comme si la seule raison de l’inclure était le fait qu’elle soit adaptée et qu’elle s’harmonise bien. Des racines historiques et des précédents lui ont ouvert la voie. En effet, il est approprié qu’il en soit ainsi, puisque Dieu n’est pas uniquement entré dans l’histoire à travers Jésus-Christ, mais il est également celui qui a préparé le monde pour cette venue du Sauveur par sa providence à travers les âges. Ce qui suit présente un aperçu des racines historiques de la prédication chrétienne dans l’adoration.

Esdras, l’exposition et l’adoration

Comme Néhémie 8.5‑8 le démontre, déjà dans l’Ancien Testament, une sorte d’exhortation basée sur l’Écriture est apparue dans le cadre d’une rencontre d’adoration du peuple d’Israël.

Esdras ouvrit le livre à la vue de tout le peuple, car il était élevé au-dessus de tout le peuple ; et lorsqu’il l’eut ouvert, tout le peuple se tint en place. Esdras bénit l’Éternel, le grand Dieu, et tout le peuple répondit, en levant les mains : Amen ! amen ! Et ils s’inclinèrent et adorèrent l’Éternel, le visage contre terre. […] les lévites, expliquaient la loi au peuple, et chacun restait à sa place. Ils lisaient distinctement dans le livre de la loi de Dieu, et ils en donnaient le sens pour faire comprendre ce qu’ils avaient lu.

Nous voyons ici un « livre » autorisé par Dieu (v. 5) : la « Loi » (v. 7). Nous constatons ensuite que les lévites ont aidé Esdras : « Ils lisaient […] dans le livre » (v. 8). Puis, ils « donnaient le sens » de ce qu’ils avaient lu (v. 8) et aidaient le peuple à comprendre (v. 7). Enfin, nous remarquons que tout cela se passait dans le cadre de l’adoration : « Esdras bénit […] Dieu, et tout le peuple répondit en levant les mains : “Amen ! Amen !” Et ils s’inclinèrent et adorèrent l’Éternel, le visage contre terre » (v. 6).

L’importance de la synagogue

S’il s’agissait d’un exemple unique de lecture des Écritures suivi d’une explication dans le cadre de l’adoration, ce passage ne serait pas pertinent pour notre sujet. Cependant, ce n’est pas un cas isolé. Cette pratique est devenue le modèle de culte des synagogues juives qui ont émergé au cours des quatre siècles qui ont séparé l’Ancien et le Nouveau Testament. Dans son livre intitulé A History of Preaching, Edwin Charles Dargan émet la remarque suivante :

Pendant de longues années, la voix des prophètes s’est tue, à l’aube d’une ère nouvelle, en attendant la venue de Celui qui avait été promis. Au cours de cette période, l’adoration chez les Juifs a connu une très grande progression qui s’est avérée particulièrement importante dans l’histoire de la prédication. Il s’agissait d’une ardente exposition des Écrits sacrés en lien avec les cultes dans la synagogue […] Ainsi, nous voyons qu’il y avait déjà un fondement bien défini de la prédication chrétienne dans les discours sacrés de ce peuple, duquel, selon l’ordonnance divine des événements, le christianisme est né.

Ainsi, au commencement du Nouveau Testament, nous voyons Jésus au début de son ministère entrer dans la synagogue et suivre ce modèle de lecture des Écritures pour ensuite en « donner le sens ».

Il se rendit à Nazareth, où il avait été élevé, et, selon sa coutume, il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture, et on lui remit le livre du prophète Ésaïe. L’ayant déroulé, il trouva l’endroit où il était écrit :

L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ;

Pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue,

Pour renvoyer libres les opprimés,

Pour publier une année de grâce du Seigneur.

Ensuite, il roula le livre, le remit au serviteur, et s’assit. Tous ceux qui se trouvaient dans la synagogue avaient les regards fixés sur lui. Alors il commença à leur dire : « Aujourd’hui cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, est accomplie » (Lu 4.16‑21).

Ce modèle dans les Actes des apôtres

On retrouve le même modèle dans les Actes des apôtres. Par exemple, dans Actes 15.21 nous lisons : 

« Car, depuis bien des générations, Moïse a dans chaque ville des gens qui le prêchent [kērýssontas autòn], puisqu’on le lit tous les jours de sabbat dans les synagogues. » 

Ce passage évoque non seulement la lecture des écrits de Moïse, mais aussi sa proclamation dans la synagogue. C’est un précédent remarquable de ce que Paul commandait à l’Église en utilisant le même terme spécialisé (kērýssō). « Prêche [kērýxon] la parole » (2 Ti 4.2).

Ensuite, nous voyons Paul lui-même utiliser ce modèle de la synagogue pour présenter Jésus, le Messie, à Antioche de Pisidie, comme le relate le passage d’Actes 13.14‑16 :

Étant entrés dans la synagogue le jour du sabbat, [Paul et Barnabas] s’assirent. Après la lecture de la loi et des prophètes, les chefs de la synagogue leur envoyèrent dire : « Hommes frères, si vous avez quelque exhortation à adresser au peuple, parlez. » Paul se leva, et, ayant fait signe de la main, il dit : « Hommes Israélites, et vous qui craignez Dieu, écoutez ! »

Ce modèle était sans doute celui que Paul avait connu depuis l’enfance à Tarse et qu’il suivait lorsqu’il allait de ville en ville pour prêcher. On lit la Parole et on en donne un mot d’explication et d’application. C’est ce qu’on fait régulièrement le jour du sabbat, dans le cadre de la réunion d’adoration chez les Juifs (Ac 13.14 ; 18.4).

Le modèle chrétien d’exposition de la Parole dans le cadre de l’adoration régulière en assemblée est enraciné dans celui de la synagogue juive

J’en conclus, avec Dargan, que le modèle chrétien d’exposition de la Parole dans le cadre de l’adoration régulière en assemblée est enraciné dans celui de la synagogue juive. Elle-même possède des racines encore plus profondes qui remontent à l’Ancien Testament. La lecture des Écritures et la proclamation de Moïse (Ac 15.21) dans le contexte de l’adoration collective régulière des synagogues ne devraient pas nous surprendre, puisque les gloires du christianisme ne sont pas apparues ni propres à l’époque de Jésus et des apôtres. Leurs racines s’étendent jusque dans l’Ancien Testament. Nous pouvons donc nous attendre à ce qu’une chose telle que l’adoration par la prédication ait émergé dans la synagogue et dans sa ramification chrétienne.

La providence, l’Histoire et la prédication

Pour reprendre de nouveau les paroles de Dargan, « il y a eu un fondement bien défini de la prédication chrétienne dans les discours sacrés de ce peuple, duquel, selon l’ordonnance divine des événements, le christianisme est né ». Autrement dit, la providence de Dieu dans l’histoire d’Israël et dans l’Église chrétienne constitue l’explication ultime de l’émergence de la prédication chrétienne, comme étant enracinée dans l’Histoire et merveilleusement appropriée pour le culte chrétien. Néanmoins, cette dernière caractéristique possède des racines beaucoup plus profondes que les antécédents historiques de la synagogue, régis par cette providence. 


Cet article est tiré du livre : L’adoration et la prédication de John Piper