L’hédonisme chrétien est-il réservé aux complémentariens ? (John Piper)
Bienvenue au podcast « Pastor John vous répond ». Tim, un auditeur du podcast, nous demande : « Pasteur John, j’ai toujours pensé qu’une vision complémentarienne était la “bonne” vision, mais après avoir vu différentes églises aller à l’encontre de cette vision, je me demande : existe-t-il une vision biblique juste ou fausse (1 Timothée 2.11-15 ; 1 Corinthiens 14.34-36 ; 11.2-16) ? Plus précisément, Dieu est-il satisfait d’une vision à la fois complémentarienne et égalitarienne tant que nous considérons Christ comme notre joie la plus profonde et notre plus grand trésor ? Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui ont du mal à répondre à cette question ? En d’autres termes, l’hédonisme chrétien est-il réservé aux complémentariens ? »
Plusieurs choses me viennent à l’esprit lorsque j’entends ce groupe de questions. Et la première est que je suis sûr que beaucoup de nos auditeurs ne savent pas précisément à quoi se réfèrent ces deux termes de complémentarisme et d’égalitarisme. Ils sont probablement flous. S’ils en ont entendu parler tout court, ils ont entendu des choses différentes à ce sujet. Donc, je n’aime pas le flou. Je n’aime pas l’ambiguïté. Je ne veux pas parler de quelque chose sans que les gens sachent de quoi on parle.
La définition du complémentarisme
Alors, passons un peu de temps sur les définitions. Voici ce que j’entends par complémentarisme et égalitarisme : le complémentarisme est une façon de penser et de vivre qui découle de la conviction que Dieu a créé les êtres humains comme des hommes et des femmes, égaux en valeur, tous deux à l’image de Dieu, tous deux héritiers de la grâce de la vie, tous deux pleinement capables d’allégeance directe au Seigneur Jésus Christ, tous deux pleinement rachetés du péché en Jésus, et tous deux destinés à la joie éternelle et à une valeur éternelle en tant qu’enfants du Créateur de l’univers — et que l’homme et la femme sont conçus par Dieu et désignés dans sa Parole pour des rôles distincts et complémentaires dans la vie, du fait qu’ils sont mâles et femelles.
C’est de là que vient le mot complémentarien. Dieu veut que les différences entre hommes et femmes s’expriment dans des relations complémentaires, comme l’enseigne l’Écriture. Par exemple, Éphésiens 5.22-25 :
« Femmes, que chacune soit soumise à son mari, comme au Seigneur ; car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Eglise qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l’Eglise est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l’être à leur mari en toutes choses. Maris, que chacun aime sa femme, comme Christ a aimé l’Eglise, et s’est livré lui-même pour elle. »
La vision du monde des complémentariens
Ainsi, les complémentariens lisent cela et nous croyons que Dieu a conçu les maris, en vertu du fait qu’ils sont des maris et non des femmes, pour être le chef du couple et du foyer, et que ce rôle de chef signifie au moins : porter la responsabilité d’une sorte de direction ou d’initiative, et assumer une responsabilité particulière en matière de protection et de provision. Et les femmes, avec la force et la sagesse que Dieu leur a données, viennent aux côtés de leurs maris et soutiennent cette direction. C’est ce que signifie la soumission. Elles aident leurs maris à la mener à bien. C’est ce que signifie « une aide semblable à lui » dans Genèse 2.18-20 : venir aux côtés de son mari, l’aider à exercer son autorité dans le cadre de la dynamique générale de la famille.
Les complémentariens pensent que cette façon de se mettre en relation ne repose pas sur les compétences, leur présence ou leur absence — vous avez des compétences ou vous n’en avez pas : cela n’a pas d’importance — mais sur les réalités conçues par Dieu de la masculinité et de la féminité. Et les complémentariens croient que ce modèle donné par Dieu glorifie Christ et sa relation de maintien de l’alliance avec son Église, son épouse, et qu’il conduit à la plus grande et la plus longue des joies. De même, les complémentariens croient que, dans l’Église, Dieu a conçu les hommes pour qu’ils soient les responsables, les anciens ou les pasteurs chargés d’enseigner et de diriger le corps local de Christ, comme Christ a conduit ses disciples avec un esprit d’initiative, une vision et un courage en serviteur, c’est-à-dire comme des exemples semblables à Christ pour le troupeau.
Un passage biblique qui appuie les complémentariens
L’un des principaux passages où nous pouvons voir cela est 1 Timothée 2.11-14 :
« Que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Ève ensuite ; Adam n’a pas été séduit, mais la femme, séduite, s’est rendue coupable de transgression. »
En d’autres termes, les deux fonctions que Paul assigne aux anciens, par opposition aux autres types de dirigeants dans l’Église — à savoir, l’autorité et l’enseignement — il les attribue aux hommes : l’autorité, la direction et l’enseignement qui fait autorité dans l’Église. Et il enracine cette direction dans l’ordre de la création et dans la dynamique de la chute. Satan a mis l’homme sur la touche et a attiré la femme dans le rôle de porte-parole au moment de la crise. Il a inversé les rôles que Dieu avait prévus.
Ainsi, en résumé, les complémentariens voient le dessein de Dieu pour notre bien dans les rôles complémentaires des hommes et des femmes en matière de direction et de soumission au foyer. Ils voient une structure similaire dans l’Église. Il y a plus à dire, mais c’est là un résumé.
La définition de l’égalitarisme
Voici ma définition de la façon dont je comprends l’égalitarisme. Les égalitariens, d’autre part, croient qu’en Christ, ce genre de distinctions de rôles basées sur le sexe est aboli et que la relation entre un mari et une femme ne doit pas supposer que la masculinité du mari implique un rôle unique de direction ou que la féminité de la femme implique un rôle unique de soumission. De même, dans l’Église, la masculinité et la féminité ne devraient pas, l’homme et la femme ne devraient pas être un élément déterminant des critères d’attribution des rôles de direction. Et les passages clefs pour eux seraient Galates 3.28 :
« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. »
Ou encore Éphésiens 5.21, qui met l’accent sur la réciprocité : « vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Christ. » Et ainsi de suite.
Donc, avec ces deux définitions en tête, je suis maintenant en mesure, en tant que complémentarien, de répondre. Je pense avoir vu trois questions qui ont été posées.
1. Y a-t-il une vision biblique juste ou fausse ?
Oui — bien sûr, les choses dans la vie réelle ne sont jamais aussi nettes qu’en théorie, et beaucoup de couples et d’églises ont probablement plus ou moins raison et plus ou moins tort dans leur application du complémentarisme ou de l’égalitarisme. Je suis sûr que ma vie n’a pas été un exemple parfait du modèle biblique, que ce soit à la maison ou à l’église. Mais il y a un point de vue qui est vrai et juste, et il n’est pas bon de relativiser tout cela en disant que ce n’est pas le cas.
2. Dieu est-il satisfait d’une vision à la fois complémentarienne et égalitarienne, tant que nous considérons Christ comme notre joie la plus profonde et notre plus grand trésor ?
Non — Dieu n’est jamais satisfait d’un manque dans une partie de sa Parole juste parce que nous excellons dans une autre partie. Il est important que nous le réalisions tous — nous tous — parce que nous souffrons tous de lacunes dans notre obéissance à certaines parties de l’instruction de Dieu tout en excellant dans d’autres parties. Et ces succès ne justifient jamais les échecs.
Permettez-moi de vous donner un exemple tiré des Écritures pour illustrer ce que je veux dire. Paul a écrit aux Corinthiens et il a commencé le chapitre 1 par une louange somptueuse. Il dit, aux versets 4-6 :
« Je rends à mon Dieu de continuelles actions de grâces à votre sujet, pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée en Jésus-Christ. Car en lui vous avez été comblés de toutes les richesses qui concernent la parole et la connaissance, le témoignage de Christ ayant été solidement établi parmi vous. »
Waw. Je voudrais être le destinataire de ce genre d’éloges. Et dans 1 Corinthiens 11.17, il dit :
« En donnant cet avertissement, ce que je ne loue point, c’est que vous vous assemblez, non pour devenir meilleurs, mais pour devenir pires. »
Ainsi, si nous sommes en décalage avec la Parole de Dieu dans un domaine de notre vie et en phase avec la Parole de Dieu dans un autre domaine de notre vie, nous ne devrions jamais nous contenter de penser que Dieu est tellement satisfait de notre obéissance qu’il sera également satisfait de notre désobéissance.
3. L’hédonisme chrétien est-il réservé aux complémentariens ?
Non — bien sûr, une personne qui n’est pas d’accord avec moi sur le complémentarisme peut être d’accord avec moi sur l’hédonisme chrétien. Il ne le développera pas avec les mêmes détails de dynamique relationnelle que moi, mais les vérités fondamentales peuvent être acceptées avec joie. Dieu est plus glorifié en nous lorsque nous trouvons notre plus grand bonheur en lui. Par conséquent, cherchons toujours à trouver notre bonheur en lui et emmenons avec nous le plus grand nombre de personnes possible, même si cela nous coûte la vie. Voilà mon résumé de l’hédonisme chrétien.
En fait, je voudrais dire une dernière chose. Chaque fois que l’un d’entre nous embrasse un aspect quelconque de la vérité biblique, cela peut avoir un effet salutaire et purificateur sur le reste de ce que nous croyons. C’est-à-dire que cet aspect exercera tôt ou tard une influence en faveur de la vérité dans tous les domaines de notre pensée et de notre vie. C’est la nature de la cohérence de la vérité — du moins, c’est l’effet que j’espère qu’elle aura sur moi. J’espère que chaque vérité affinée, clarifiée ou nouvelle que j’embrasse a pour effet de corriger d’autres domaines de ma vie, car la vérité est un tissu homogène.
Je recommande donc volontiers l’hédonisme chrétien à tous, quelle que soit leur vision de la masculinité et de la féminité.
Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts