Moïse pensait-il que des pécheurs pouvaient observer la Loi ? (John Piper)

Aujourd’hui, nous avons une question d’un auditeur nommé Max, qui demande si oui ou non les saints de l’Ancien Testament croyaient qu’un pécheur pouvait observer toute la loi mosaïque.

Cher Pasteur John, j’ai lu le Deutéronome, et 30.11-14 a attiré mon attention. Il y est dit que les commandements du livre de la Loi ne sont pas « au-dessus de tes forces ». Ainsi, parce que l’obéissance est possible, il leur a été interdit de demander : « Qui montera pour nous au ciel ? » (Deutéronome 30.12) On ne peut pas faire plus anti-christologique. Mais je sais aussi que Paul utilise ce passage dans Romains 10.6-8 pour expliquer que la justice est fondée sur la foi. En me basant sur le contexte du début de Romains 10, j’aimerai savoir si vous pensez que Dieu, au chapitre 30 du Deutéronome, laissait entendre aux israélites que leur justice serait basée sur la foi, ou que suivre parfaitement les commandements de Dieu était en fait réalisable, de sorte qu’un sauveur n’était pas nécessaire.

Pasteur John, comment allez-vous résoudre cette énigme pour Max ?

Je ne pense pas que la Bible, que ce soit dans l’Ancien ou le Nouveau Testament, nous encourage à croire qu’une obéissance parfaite est possible dans cette vie. Même là où la loi mosaïque exigeait l’observance de la Loi comme nécessaire pour le salut de Dieu, les sacrifices étaient instaurés précisément en raison de l’inévitable désobéissance. Mais j’ajouterais à cela que, tant dans l’Ancienne Alliance (la loi mosaïque) que dans la nouvelle alliance (assurée par le sang de Jésus), l’obéissance est requise – cependant, il existe deux façons différentes d’exiger l’obéissance.

La première est la suivante : le salut par l’observance de la Loi exige l’obéissance – à vrai dire, l’obéissance parfaite – comme base de notre salut. Or, il est impossible que cela se réalise. Si nous voulons essayer d’être sauvés par l’observance de la Loi, Galates 5.3 dit qu’il faut y arriver, et qu’il faut garder toute la Loi, et cela n’arrivera pas. Ainsi, le salut par l’observance de la Loi est une voie sans issue. Par la Loi vient la mort.

L’autre façon est que le salut par la foi exige également l’obéissance, mais pas comme base de notre salut, mais comme preuve et confirmation de celui-ci.

Compté comme juste

Maintenant, voici la chose la plus importante que je puisse faire, je pense, en réponse à cette question : laissez-moi voir si je peux brosser un tableau complet du Pentateuque de l’Ancien Testament, car cela va expliquer ce passage du Deutéronome. Permettez-moi de brosser le tableau général du Pentateuque de l’Ancien Testament – c’est-à-dire les cinq premiers livres de la Bible – et de montrer le contraste entre le salut ou la justice par la foi et le salut ou la justice par l’observance de la Loi. En d’autres termes, ce que je veux montrer, c’est que cette tension entre la justice par l’observance de la Loi et la justice par la foi ne se trouve pas seulement entre la loi mosaïque et l’Évangile du Nouveau Testament. Cette tension entre la Loi et l’Évangile ne se trouve pas seulement entre l’Ancien et le Nouveau Testament ou entre la loi mosaïque et l’Évangile ; elle se trouve ici même, dans le Pentateuque.

La Genèse, au début, et le Deutéronome, à la fin, mettent tous deux en évidence la justice par la foi. Et entre les deux, l’Exode, le Lévitique et Nombres – le cœur de la loi mosaïque – mettent en évidence la justice par l’observance de la Loi. Mais tous deux considèrent l’obéissance à Dieu comme essentielle, seulement de deux manières très différentes. La justice par l’observance de la Loi considère l’obéissance comme la base de notre position juste auprès de Dieu, et la justice par la foi considère l’obéissance comme le résultat et la confirmation de notre relation avec Dieu.

Laissez-moi illustrer ceci à partir de la Genèse et du Deutéronome – et ceci expliquera, je l’espère, comment je comprends le texte auquel il fait référence dans Deutéronome 30. La déclaration fondamentale sur la justice par la foi dans le Pentateuque se trouve dans Genèse 15.6 : Abraham « eut confiance en l’Éternel, qui le lui compta comme justice ». Paul fait grand cas de ce texte. Puis il dit en Galates 3.17-18 : « Un testament [ou alliance] que Dieu a établi, la loi survenue 430 ans plus tard ne peut l’annuler et rendre ainsi la promesse sans effet. En effet, si l’héritage venait de la loi, il ne viendrait plus de la promesse, or c’est par une promesse que Dieu a accordé sa grâce à Abraham. » – c’est-à-dire pour être reçu par la foi.

Et Paul résume la Loi qu’il a en tête – quand il parle de celle qui est survenue 430 ans plus tard – comme ceci dans Romains 10.5 : « Moïse décrit ainsi la justice qui vient de la loi. » Et il cite ensuite Lévitique 18.5 : « L’homme qui mettra ces prescriptions en pratique vivra par elles. » Ainsi, Paul oppose la justice par la foi de Genèse 15.6 à la justice par la Loi du Lévitique.

La miséricorde de la nouvelle alliance

Dans le Pentateuque lui-même, on trouve la voie de la justice par la foi de l’Évangile, et la voie de la justice par l’observance de la Loi de la Loi. Mais bien avant l’arrivée de la Loi, la Genèse a clairement démontré que l’obéissance d’Abraham à Dieu était essentielle, non pas comme base de sa position juste auprès de Dieu, mais comme confirmation de la justice qu’il avait par la foi. Par exemple, dans Genèse 26.4, Dieu dit à Abraham : « toutes les nations de la terre seront bénies en ta descendance. » C’est la promesse qu’il a faite par la foi au chapitre 15. Puis il dit que cela viendra « parce qu’Abraham m’a obéi et qu’il a respecté mes ordres, mes commandements, mes prescriptions et mes lois » (Genèse 26.5). En d’autres termes, la promesse qu’Abraham possédait par la foi en Genèse 15 est confirmée par son obéissance à la loi en Genèse 26 (autant que Dieu le lui a révélé et autant qu’il le savait). Nous voyons la même chose dans Genèse 18.19 et la même chose dans Genèse 22.16.

Ensuite, après le don de la loi mosaïque, qui met l’accent sur la justice par l’observance de la loi, vient le livre du Deutéronome, avec le chapitre auquel Max s’intéresse dans sa question. Ce que je soutiens, c’est que tout comme la Genèse a enseigné la justice par la foi, confirmée par l’obéissance, c’est aussi ce dont parle Deutéronome 30. Et le signe le plus clair de cela est qu’au verset 6, on trouve une prophétie de la nouvelle alliance, qui sera plus complètement prophétisée dans Jérémie 31, Ezéchiel 36, puis accomplie lorsque Jésus lèvera la coupe lors du Dernier Repas et dira : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. » (1 Corinthiens 11.25).

Ainsi, Deutéronome 30.6 dit : « L’Eternel, ton Dieu, circoncira ton cœur et celui de ta descendance, [c’est l’effet de l’Esprit de Dieu souverain, nous transformant de l’intérieur, et qui fait des miracles] et tu aimeras l’Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, afin de vivre. » Ce verset, je dirais, est une description de la justice qui vient par la foi. Pourquoi ? Parce que vous ne pouvez pas le mériter par les œuvres, parce que les œuvres sont la chose même que la circoncision du cœur rend possible. La seule façon de tenir cette promesse est par la foi.

C’est une promesse de Dieu qu’il fera passer son peuple à travers le sang de la nouvelle alliance par la foi. Ainsi, lorsque nous lisons dans Deutéronome 30.9-10 : « L’Éternel, ton Dieu, te comblera de biens en faisant prospérer tout le travail de tes mains … lorsque tu obéiras à l’Éternel, ton Dieu … de tout ton cœur et de toute ton âme » (ce qui est un écho clair de la promesse de la nouvelle alliance trois versets plus haut), nous voyons à nouveau, comme dans la Genèse, la nécessité de l’obéissance – non pas comme la base de notre position juste auprès de Dieu, mais la confirmation de celle-ci rendue possible par la circoncision de notre cœur, qui passe par le sang de l’alliance avant que nous puissions faire quoi que ce soit pour la mériter nous-mêmes. Nous ne pouvons la recevoir que par la foi.

Par la foi, par amour

Puis, enfin, vient le passage que Max évoque. Il se demande probablement : « Allez-vous jamais en arriver à ma question ? » Laissez-moi le lire. C’est Deutéronome 30.11 :

Le commandement [celui auquel tu obéis maintenant dans la foi de la nouvelle alliance] que je te prescris aujourd’hui n’est certainement pas au-dessus de tes forces ni hors de ta portée. Il n’est pas dans le ciel pour que tu dises : « Qui montera pour nous au ciel et ira nous le chercher ? Qui nous le fera entendre afin que nous le mettions en pratique ? » Il n’est pas de l’autre côté de la mer pour que tu dises : « Qui passera pour nous de l’autre côté de la mer et ira nous le chercher ? Qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique ? » C’est une parole, au contraire, qui est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique.

Dans Romains 10, Paul cite explicitement ces versets (dans Romains 10.6-8), et il les voit comme indiquant la justice par la foi en contraste avec la justice qui vient par l’observance de la loi, qu’il a citée dans Romains 10.5, parce qu’il voit, tout comme nous, que Moïse écrit sur la réalité de la nouvelle alliance – des choses que Dieu va faire souverainement dans le cœur de son peuple par le pardon des péchés par l’œuvre du Saint-Esprit aux jours du Messie.

Voici mon résumé ; voici ce que je pense que nous avons vu : La Genèse, au début du Pentateuque, et le Deutéronome, à la fin, attirent tous deux notre attention sur la justice qui vient par la foi. Et entre les deux se trouve la loi mosaïque, qui est arrivée 430 ans après Abraham, et qui n’annule pas ce qui a été enseigné comme la justice par la foi.

Ainsi, tant dans la Genèse que dans le Deutéronome, l’obéissance à Dieu par la foi et par amour est requise, mais pas comme l’obéissance est requise pour la justice par l’observance de la loi – non pas comme la base de notre position auprès de Dieu, mais plutôt comme l’obéissance rendue possible par cette nouvelle alliance, cette œuvre intérieure de l’Esprit, achetée par Jésus dans la nouvelle alliance. Cette obéissance est nécessaire dans le cadre d’une nouvelle alliance, car elle est le fruit de l’Esprit, inscrit sur nos cœurs, et confirme – et non crée – notre position juste auprès de Dieu.


Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts