Motivé par amour (Quentin Bernard)
Après 2 ans de ministère maintenant, j’ai vécu dernièrement une sorte d’épuisement pendant quelques semaines. Une période de fatigue physique, d’une part, mais aussi de démotivation et de difficulté à trouver l’impulsion nécessaire à accomplir efficacement les multiples tâches et responsabilités qui m’incombent. Je me suis alors demandé pourquoi j’avais tant de difficultés à demeurer à l’œuvre et comment je pouvais retrouver cette impulsion pour continuer mon ministère, ma formation et mes études avec joie, entrain, dévouement et efficacité.
Dans cette réflexion, un souvenir m’a traversé l’esprit. Lorsque j’étais plus jeune, j’ai travaillé un été dans une mine de titane dans le nord du Québec. La mine était exploitée par une grande multinationale et les salaires, même pour le plus simple des postes, étaient extrêmement élevés. Le travail était exigeant, les journées longues, nous étions sales, avions tout le temps très chaud, nous travaillions autant sous le gros soleil de midi que sous la pire des pluies. Il nous arrivait de faire 18 heures par jour, 2 jours de suite. Nous habitions dans un tout petit village à proximité de la ville où il n’y avait pas grand-chose à faire. Malgré la nature très exigeante du travail, nous persévérions sans relâche, semaine après semaine.
L’amour comme motivation
La question suivante s’est alors soulevée dans mon esprit : comment faisions-nous pour garder la motivation pour un travail aussi exécrable qui nous éloignait de chez nous et de nos proches, jour après jour, semaine après semaine ? La réponse fut simple. Par amour.
Drôle de réponse, non ? L’amour comme motivation première pour des centaines d’hommes dans un travail super difficile. Ça semble un peu incompatible… Mais si je vous dis que cet amour qui nous motivait était celui de l’argent, cela semble tout à coup plus clair et plausible. C’était effectivement l’amour de l’argent qui nous permettait d’endurer tout cela. Nous faisions entre 1800$ et 2500$ par semaine si ma mémoire est bonne. Et le désir de voir cet argent rentrer dans nos comptes de banque pour pouvoir payer tel ou tel bien matériel, ou accomplir tel ou tel projet nous donnait la motivation de persévérer même dans les moments insupportables de ce travail si difficile. L’amour (de l’argent !) était le facteur déterminant. Les multinationales le savent… pour les emplois indésirables, pas de gros salaires, pas de volontaires.
Un manque d’amour pour Dieu
Je me suis alors demandé quel amour aujourd’hui, dans mon ministère, était susceptible de me donner la persévérance et de m’aider à garder courage et joie. La réponse fut aussi assez simple, l’amour de Dieu. Mais je constatais cependant qu’une partie de mon épuisement et de ma fatigue, outre un manque de sagesse dans l’intensité de mes activités, était causée par un manque d’amour pour Dieu. Ce n’est pas que mes motivations de ministère étaient jusque-là complètement exemptes d’un amour sincère pour Dieu, mais qu’elles s’étaient en partie appuyées sur des éléments temporaires et instables, notamment le plaisir du leadership et la motivation que procure la nouveauté.
L’amour du leadership et de la nouveauté
L’amour du leadership et le plaisir que nous en tirons ne sont pas de mauvaises choses en elles-mêmes ; moi le premier, j’éprouve énormément de joie dans le travail et j’aime exercer mes nouvelles fonctions de pasteur (en formation) et participer à la direction de mon église locale et d’autres initiatives. Mais si cet amour et ce plaisir du leadership sont ce qui nous motive dans le ministère, alors notre motivation tarira tôt ou tard. Les jours viendront nécessairement où le leadership sera difficile et nous fournira peut-être plus de tristesses que de joies. De même, la nouveauté – qui dans mon cas est un facteur des plus motivants – nous apporte de la joie souvent lorsque nous commençons un nouvel emploi ou un nouveau ministère, mais elle aussi est de nature temporaire. Elle a fini par s’épuiser après 2 ans, car mon travail n’est plus nouveau.
Ainsi, ni l’amour du leadership ni l’amour de la nouveauté ne sauraient être la source fiable de notre motivation et le soutien de notre persévérance dans le ministère auquel Dieu nous appelle, pas plus que ne le serait l’amour de l’argent. Il n’y a normalement pas fortune à faire avec le salaire d’un pasteur (en général!), et si tel était le cas, cela demeurerait tout de même insuffisant.
Notre amour pour Dieu est donc la seule chose qui puisse nous procurer infailliblement la motivation et la persévérance dans les difficultés, les épreuves ou la monotonie – soit-elle occasionnelle ou continuelle – du travail ou du ministère dans lequel nous sommes investis.
Nous aimons Dieu parce qu’il nous a aimés le premier
Pourquoi ? Parce que notre amour pour Dieu tire sa source dans l’amour de Dieu pour nous et cet amour de Dieu pour nous est intarissable. 1 Jean 4 : 19 dit que « nous l’aimons parce qu’il nous a aimés le premier ». Nous aimons Dieu parce que lui nous a aimés d’abord. Et cet amour qu’il a pour nous est infini ; alors l’amour que nous avons pour lui, pour autant qu’il soit nourri du sien, peut être infini. Ainsi, notre affection pour Dieu est la seule chose qui puisse nous soutenir avec constance dans la mission à laquelle Dieu nous appelle. Il est primordial que nous nous entretenions de l’œuvre de Dieu pour nous afin d’être continuellement renouvelés dans notre affection pour lui et de trouver la motivation nécessaire et suffisante pour aller jusqu’au bout de notre travail.
Je parle ici beaucoup du ministère pastoral, mais en réalité il en est ainsi dans n’importe quel domaine de notre marche avec Dieu. Dans notre sanctification et notre obéissance, tout est une question d’affection. Notre propension à progresser ou reculer est déterminée par la proportion de l’affection que nous portons à Christ ou au monde.
L’amour pour Christ comme motivation
Aimer votre patron ou un collègue désagréable est louable et même encouragé par les Écritures, mais c’est votre amour pour Christ qui saura vous donner la persévérance nécessaire pour les endurer indéfiniment et ne pas rendre le mal pour le mal même s’ils sont mauvais envers vous. Votre amour pour ce patron ou ce collègue est une bonne chose, mais il n’est pas une source adéquate pour persévérer dans la sainteté, car ils ne seront pas toujours aimables et vous ne serez pas toujours aimant. Vous ne trouverez pas suffisamment de force en vous-même pour les aimer sans relâche si Dieu ne sous-tend pas votre motivation. Il faut regarder à l’amour de Dieu pour vous et vous en nourrir afin de pouvoir entretenir votre amour pour lui (et donc pour vos collègues) et votre motivation à faire le bien avec persévérance.
De même, votre amour naturel pour votre femme ou votre mari peut parfois fléchir, par votre faiblesse, soit parce que l’autre ne se rend pas aimable. Dans ces moments-là, qu’est-ce qui peut vous donner la motivation nécessaire pour demeurer fidèle et bon, en pensée ou en action? À nouveau, l’amour de Dieu pour vous, nourrissant votre amour pour lui et soutenant ainsi votre amour pour l’autre est la seule chose qui puisse vous donner invariablement la persévérance pour demeurer fidèle et attaché à l’autre même en période trouble.
Que Dieu vous remplisse de son amour.