Prompt à la grâce mais fidèle à la justice (Quentin Bernard)
Le réflexe de la grâce
Dans 1 Rois chapitre 1, nous lisons le récit mouvementé de l’intronisation de Salomon comme successeur de son père David. Lorsque David était très avancé en âge, et que l’on pressentait le moment de sa mort arriver, le demi-frère de Salomon, Adonija, dans un élan d’orgueil (1 Rois 1 : 5), s’est empressé de s’autoproclamer roi et de rallier quelques personnes d’influence à sa cause. Or, cet acte présomptueux était d’une part illégitime et d’autre part susceptible de causer du tort à l’entrée en fonction de l’homme qui serait réellement déclaré roi selon la volonté de David et selon celle de Dieu, Salomon. Une fois le coup d’état d’Adonija déjoué par la bienveillance de Nathan et de Salomon entré en fonction en tant que nouveau roi, ce dernier avait toutes les raisons légitimes, selon les coutumes de l’époque, de faire tuer Adonija pour le geste grave et déloyal qu’il avait posé.
Mais au lieu de cela, nous voyons Salomon accorder sa clémence à Adonija qui semble montrer les signes d’une repentance sincère et d’un réel regret pour l’usurpation de pouvoir dont il s’était rendu coupable. Salomon déclare alors :
« S’il se montre un honnête homme, il ne tombera pas à terre un de ses cheveux ; mais s’il se trouve en lui de la méchanceté, il mourra. » (1 Rois 1 : 52)
Puis, une fois Adonija devant le nouveau roi, Salomon se montre fidèle à sa parole et dit à Adonija :
« Va dans ta maison » ou autrement dit, « va sans crainte » (1 Rois 1 : 53).
Nous voyons donc comment un bon leader est disposé à accorder la grâce, même lorsqu’il n’est pas dans l’obligation de le faire, afin de gagner la fidélité de ceux qu’il dirige et qui l’auraient offensé ou auraient porté atteinte à son leadership.
Le courage de la justice
Par ailleurs, cette clémence du bon leader ne doit pas non plus être une manière d’agir avec faiblesse et de se montrer incapable, en réalité, d’appliquer un juste jugement sur celui qui se montre obstinément rebelle. En effet, si nous poursuivons notre lecture des débuts du règne de Salomon, nous voyons malheureusement qu’Adonija a décidé de poursuivre dans son orgueil et confectionné un autre plan pour usurper le pouvoir. En 1 Rois 2 : 13 à 21, Adonija se sert de Bath-Schéba, la mère de Salomon, pour essayer d’obtenir de Salomon de marier Abischag la Sunamite, une jeune concubine de leur défunt père et roi David.
Qu’est-ce que cela signifiait ? Dans la coutume de l’époque, marier l’une des concubines (même si, dans ce cas-ci, David n’avait pas couché avec elle) du défunt roi était un symbole d’héritage de royauté. Adonija cherchait une manière détournée d’envoyer au peuple le message qu’il était le réel héritier du pouvoir royal de David, un roi aimé, et de subtiliser ainsi à Salomon la faveur du peuple. Mais Salomon n’est pas dupe et voit clairement dans ce jeu. Il fera finalement exécuter Adonija le jour même pour prix de son entêtement et de son insoumission dangereuse pour l’équilibre de toute la nation d’Israël.
Salomon n’a donc été ni trop prompt à exercer le jugement et à punir, ni trop lent à appliquer la justice afin de veiller au bien du peuple que Dieu lui avait confié. Il a fait preuve d’un grand discernement et a affermi ainsi son leadership en Israël.
Grâce et justice incarnées
Longtemps après Salomon, l’héritier ultime du trône de David, Jésus-Christ, a incarné à la fois la pleine grâce et la pleine justice de Dieu pour nous, par sa propre mort, afin de nous épargner de la conséquence de notre propre rébellion. Tous, nous avons été graciés de notre révolte vis-à-vis le roi des rois, Christ lui-même, et il a payé à la croix le prix pour cette révolte. Mais le temps de sa clémence touchera aussi un jour à sa fin, et le jugement terrible de sa justice parfaite sera exercé sur tous ceux qui auront refusé la grâce et se seront entêtés dans la rébellion. N’ayons pas envers Dieu l’attitude d’Adonija envers Salomon, et saisissons pour le salut de notre âme la grâce de Dieu qui nous est offerte en Jésus-Christ.
Leaders, faites grâce et exercez la justice
De même, à l’image de Salomon, nous, pasteurs et leaders, soyons prompts à accorder la grâce envers ceux que nous dirigeons même lorsqu’ils mériteraient réellement d’être réprimandés. Toutefois, ne faisons pas de cette bonté un moyen de nous défiler du rôle de protecteur que Dieu nous donne pour nos églises et nos organisations et exerçons la justice avec sagesse. Puisons en Dieu, par la prière et l’étude de sa parole, cette sagesse, cette grâce et cette justice qu’il a lui-même incarnées avec perfection dans l’Évangile de son Fils Jésus-Christ.
Que Dieu vous remplisse de sa sagesse, et déverse par vous la grâce et la justice.