Quelle est l’essence de l’adoration ? (John Piper)

Je souhaite démontrer que la prédication est une forme d’adoration et qu’elle y contribue. Peut-être faites-vous partie de ceux qui pensent que si dans le Nouveau Testament les rassemblements habituels de l’Église ne sont jamais qualifiés « d’adoration » ou de « cultes d’adoration » il serait futile de faire valoir que nos rassemblements hebdomadaires devraient être considérés comme tels. Si c’est le cas, permettez-moi alors de vous appâter en étant un peu provocateur pour attirer votre attention.

Il est possible que nous n’ayons pas la même définition du mot « adoration ». Peut-être que si je clarifie ma vision de l’adoration, vous ne mettrez plus nécessairement l’adoration dans une catégorie distincte de « l’enseignement », de « l’édification » et de « l’exhortation ».

Voici mes propos provocateurs : se réunir chaque semaine pour enseigner, mais pas pour adorer revient à se marier sans avoir de relations sexuelles, à manger sans goûter, à découvrir sans joie, à voir des miracles sans s’émerveiller, à recevoir des cadeaux sans reconnaissance ou des avertissements sans les craindre, à se repentir sans regret, à être déterminé sans zèle, à désirer sans satisfaction ou à voir sans savourer.

L’essence de l’adoration : savourer ce que nous voyons en Dieu

Or, si comme moi vous croyez que voir la beauté spirituelle de la vérité biblique sans la savourer est un péché, alors vous hésiterez sans doute à minimiser l’adoration en tant que raison de rassembler l’Église, voire la raison par excellence. En effet, je crois fermement que savourer la gloire de Dieu est l’essence même de l’adoration authentique.

Je me demande si vous êtes d’accord avec ce principe. Pensez-vous, vous aussi, que l’essence profonde de l’adoration consiste à savourer la gloire de Dieu manifestée en Christ ou à être satisfaits de tout ce que Dieu représente pour nous en Jésus ? Ou bien est-ce trop subjectif ? Notez bien que j’emploie le terme essence et non totalité. Je ne dis pas que savourer ce que nous voyons de Dieu est la seule composante de l’adoration, mais que c’en est l’essence, sans laquelle l’adoration serait creuse (Mt 15.8,9).

L’adoration de l’Ancien Testament était différente de celle du Nouveau Testament

Dans un de mes livres, j’ai déjà expliqué en détail que l’adoration de l’Ancien Testament était différente de celle du Nouveau Testament. Cette dernière a évolué vers un accent sur une simplicité et une intériorité radicales, doublées de diverses manifestations visibles dans la vie quotidienne et la liturgie qu’on a pu adapter au fil des siècles à des milliers de cultures différentes. Dans le Nouveau Testament, l’adoration portait l’empreinte du témoignage qui s’adressait à toutes les nations (Mt 28.18-20). Celle de l’Ancien Testament au contraire comportait des prescriptions détaillées de rituels qui en faisaient une religion d’exemple à venir voir (1 R 10.1-13). En d’autres termes, nous trouvons dans le Nouveau Testament une latitude étonnamment vaste dans l’adoration comme représentation visible et intensification radicale d’une expérience intime du coeur.

Les indications bibliques de l’essence profonde de l’adoration

Il existe des indications bibliques de cette notion. Par exemple, dans Jean 4.23, Jésus dit : 

« Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. » 

Je comprends l’expression « en esprit » dans le sens d’une adoration authentique qui se poursuit par le Saint-Esprit et se produit davantage sous la forme d’un événement intérieur et spirituel que sous la forme d’un événement extérieur et corporel (voir Jn 3.6). Et je comprends « en vérité » comme signifiant l’adoration authentique en réponse à une vision juste de Dieu, façonnée et guidée par celle-ci.

Jésus a rompu tout lien qui s’imposerait entre l’adoration et ses manifestations extérieures et localisées

C’est entre autres pour cette raison que je défends l’idée que Jésus a catégoriquement rompu tout lien qui s’imposerait entre l’adoration et ses manifestations extérieures et localisées. Il s’agit désormais d’un acte intérieur qui ne se rattache pas à un lieu en particulier. 

« L’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père » (Jn 4.21). 

Jésus avait déjà à l’esprit l’essence de l’adoration marquée par l’intériorité lorsqu’il a dit : 

« Ce peuple m’honore des lèvres, mais son coeur est éloigné de moi ; c’est en vain qu’ils m’honorent » (Mt 15.8,9). 

Lorsque le coeur est éloigné de Dieu, l’adoration est vaine, creuse et inexistante, même si la forme est correcte. L’expérience du coeur constitue l’essence déterminante, vitale et indispensable de l’adoration.

Dans le Nouveau Testament, l’adoration apparaît donc comme une pratique désinstitutionnalisée, délocalisée et intériorisée. Son sens n’est plus du tout rattaché aux cérémonies, aux saisons, aux lieux et aux formes, mais il est redirigé vers ce qui se passe dans le coeur, non seulement le dimanche, mais tous les jours de la semaine et à tout moment de la vie.

Une adoration dont l’essence est orientée vers Dieu

C’est cette orientation quotidienne vers Dieu que Paul évoque lorsqu’il déclare : 

« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Co 10.31) et « quoi que vous fassiez, en parole ou en oeuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père » (Col 3.17). 

L’adoration consiste à agir d’une manière qui démontre la valeur que le coeur accorde à la gloire de Dieu et au nom du Seigneur Jésus. Ou alors, l’adoration consiste à connaître, à chérir et à démontrer la valeur suprême et la beauté de Dieu.

Cependant, le Nouveau Testament offre ces phrases suprêmes au sujet de l’adoration (1 Co 10.31 et Col 3.17) sans qu’elles ne fassent aucunement allusion à des cultes d’adoration. Elles décrivent la vie. Même lorsque Paul nous appelle à être « remplis de l’Esprit, [à nous entretenir] par des psaumes, par des hymnes, et par des cantiques spirituels, [à chanter et célébrer de tout notre coeur] les louanges du Seigneur, [à rendre] continuellement grâces à Dieu le Père pour toutes choses, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ » (Ép 5.18-20), il ne fait allusion à aucun moment, à aucun endroit et à aucun culte. En réalité, les mots clés sont « continuellement » et « pour toutes choses », « rendez continuellement grâces […] pour toutes choses » (voir aussi Col 3.17). 

En fait, c’est peut-être ce que nous devrions faire durant le culte d’adoration, mais ce n’est pas ce que Paul a à coeur de nous dire. Son fardeau consiste à nous appeler à adorer avec une authenticité radicale et intérieure et à laisser l’adoration s’imprégner dans tous les domaines de la vie. L’endroit et la forme ne font pas partie de l’essence. Ce qui importe avant tout, c’est d’adorer en esprit et en vérité.

Une expérience intérieure qui imprègne tous les domaines de la vie

Ainsi, j’en conclus qu’en matière d’adoration, le Nouveau Testament se montre absolument indifférent aux formes extérieures et aux lieux du culte. Et en même temps, l’adoration revêt de plus en plus une intensité radicale comme expérience intérieure et spirituelle sans limites qui imprègne tous les domaines de la vie. Une des raisons de ce développement réside dans le fait que le Nouveau Testament n’est pas un manuel détaillé conçu pour les cultes d’adoration. Il s’agit plutôt d’un guide pour vivre la foi chrétienne au sein des milliers de cultures différentes étant libres d’incarner la réalité spirituelle et morale de l’adoration que l’on trouve dans le Nouveau Testament.

Le passage radical des formes détaillées d’une adoration visible dans l’Ancien Testament à une adoration flexible et centrée sur son essence profonde dans le Nouveau Testament n’est pas une question théologique, mais elle est missiologique.


Cet article est tiré du livre : L’adoration et la prédication de John Piper