Quelqu’un devrait-il dire « Je suis de Calvin » ? (John Piper)
« Je suis de Calvin ». Nous est-il interdit de faire une telle affirmation ? Karen, une auditrice qui aime Desiring God et qui était récemment dans la salle avec nous à Nashville pour notre premier enregistrement en direct, pose cette question – elle la pose avec insistance.
« Bonjour, Pasteur John, et merci pour Pasteur John vous répond ! En quoi le fait de dire « je suis calviniste » (ou « je suis de Calvin ») diffère-t-il du fait de dire « je suis de Paul » ou « je suis d’Apollos », chose contre laquelle Paul nous met en garde dans 1 Corinthiens 3.4 ? Est-ce différent ? C’est une question honnête, et j’espère qu’elle ne sera pas perçue comme un défi de nature personnelle. Ce n’est pas le but recherché. Je remercie Dieu pour vous et vos convictions réformées et votre focalisation sur la gloire, la beauté et la valeur suprême de Dieu. »
C’est ainsi que je comprends ce qui est demandé : la déclaration « Je suis calviniste » est-elle différente des déclarations de 1 Corinthiens 1.12 – « Je suis de Paul », « Je suis d’Apollos » ou « Je suis de Céphas » – que Paul a critiquées comme étant inappropriées ? Et la réponse est que « je suis calviniste » pourrait être coupable de ce dont ils sont coupables. C’est possible. Et cette déclaration pourrait ne pas être coupable de ce pour quoi Paul les réprimande.
Un peu de contexte
Nous devons voir ce que Paul critiquait vraiment et comment « je suis calviniste » pourrait ne pas être une déclaration coupable comme l’étaient celles de certains Corinthiens, et comment cela pourrait l’être. Voici ce que Paul dit dans 1 Corinthiens 1.10-12 :
Je vous supplie, frères et sœurs, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de tenir tous le même langage. Qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais soyez parfaitement unis dans le même état d’esprit et dans la même pensée. En effet, mes frères et sœurs, j’ai appris à votre sujet, par l’entourage de Chloé, qu’il y a des rivalités entre vous. Je veux dire par là que chacun de vous affirme : « Moi, je suis de Paul ! » « Et moi, d’Apollos ! » « Et moi, de Céphas ! » « Et moi, de Christ ! »
Qui a été crucifié ?
Alors, quel est le problème ici ? Qu’est-ce qui, chez ces enseignants ou dans la manière dont ils sont perçus, crée cette querelle et ces divisions ici dans le premier chapitre de 1 Corinthiens, et en réalité dans les quatre premiers chapitres ?
Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? (1 Corinthiens 1.13)
Waw, ces questions que Paul pose, elles nous montrent vraiment une partie du problème, n’est-ce pas ? Il me semble qu’ils magnifient leurs dirigeants ou célébrités choisis au point que c’est presque comme s’ils étaient à la place de Christ. Sinon, pourquoi Paul dirait-il : « Christ est-il divisé ? » ou « Paul a-t-il été crucifié pour vous ? »
« Paul a-t-il été crucifié pour vous ? Non, Christ l’a été, alors arrêtez de traiter ces autres enseignants comme s’ils étaient Christ. Avez-vous été baptisé au nom de Paul ? Non, vous avez été baptisé au nom de Christ. » C’est donc le premier indice du problème : l’allégeance à un leader commence à concurrencer l’allégeance à Christ. Les choses sont hors de proportion.
Guerre de mots
Et puis Paul donne un autre indice dans 1 Corinthiens 1.17 :
De fait, ce n’est pas pour baptiser que Christ m’a envoyé, c’est pour annoncer l’Évangile, et cela sans recourir à la sagesse du langage, [c’est une phrase clef ] afin que la croix de Christ ne soit pas vidée de sa force.
C’est un indice qui nous montre que ce sur quoi les différents groupes se concentraient, ce sur quoi ces divisions querelleuses se concentraient, n’était pas des messages différents de Paul, et d’Apollos et de Céphas. Ce n’est pas comme s’ils prêchaient trois théologies différentes. Ce n’étaient pas des théologies en concurrence. Les trois premiers chapitres de la première épître aux Corinthiens, où ce problème est au centre, ne mentionnent aucune différence entre Paul, Céphas et Apollos quant au contenu de ce qu’ils prêchaient. Ce qui est mentionné, c’est l’éloquence, le don des mots, la capacité de débattre.
Une allégeance
- 1 Corinthiens 1.20 : « Où est le spécialiste de la loi ? Où est le discoureur de l’ère actuelle ? »
- 1 Corinthiens 2.1 : « Pour ma part, frères et sœurs, lorsque je suis venu chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis venu vous annoncer le témoignage de Dieu. »
- 1 Corinthians 2.5 : « . . . afin que votre foi soit fondée non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. »
Ils semblaient se vanter – ces groupes, ces divisions, ces factions – du don supérieur, du don rhétorique, du don éloquent de leur leader préféré. « Qui est le meilleur prédicateur ? Qui est le meilleur débatteur ? Qui est le meilleur écrivain ? Qui est le meilleur blogueur ? Qui est le plus intelligent ? Qui est le plus habile sur le plan culturel ? Qui est le plus drôle ? Qui a les meilleures illustrations ? » Vous avez compris. Corinthe était plein de ce genre de choses : un artiste célèbre s’élevait au-dessus d’un autre grâce à l’habileté – l’habileté rhétorique, l’éloquence et le savoir-faire – qu’ils apportaient à leur message. Et l’Amérique d’aujourd’hui est pleine de ce genre de choses. La réponse de Paul est donc la suivante :
Qui est donc Apollos et qui est Paul ? Ce sont des serviteurs par le moyen desquels vous avez cru, conformément à ce que le Seigneur a accordé à chacun. J’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui a fait grandir. Ainsi, ce n’est pas celui qui plante ni celui qui arrose qui compte, mais Dieu, qui donne la croissance. (1 Corinthiens 3.5-7)
Une appartenance mal comprise
Les divisions de Corinthe ne se concentrent pas sur le contenu de l’enseignement de ces hommes, mais sur leur relative efficacité, leur capacité de communication, de débat et d’éloquence. Et la réponse de Paul est, premièrement, que tout ce qui compte dans la vie de ces hommes est un don de Dieu, et non une capacité humaine. Et puis il éblouit les Corinthiens avec cette déclaration folle, merveilleuse, belle et glorieuse : « Que personne ne mette donc sa fierté dans des hommes » (1 Corinthiens 3.21). Cessez d’avoir ce désir d’exaltation de soi par procuration en vous identifiant à votre prédicateur éloquent préféré.
Que personne ne mette donc sa fierté dans des hommes, car tout vous appartient, que ce soit Paul, Apollos, Céphas, le monde, la vie, la mort, le présent ou l’avenir. Tout est à vous, et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu. (1 Corinthiens 3.21-23)
Il y a là une ironie intéressante. Vous ne leur appartenez pas. Ils disaient : « Je suis de Paul ; je suis d’Apollos ; je suis de Céphas. Je leur appartiens. Je suis dans leur camp. » Et Paul se retourne et dit : « Vous ne leur appartenez pas, ils vous appartiennent. Vous êtes les enfants de Dieu. L’univers vous appartient. Cessez de vous enfler comme si vous étiez pauvres et que vous aviez besoin d’être soutenus par un substitut quelconque, un prêcheur célèbre par procuration auquel vous voulez appartenir. »
Centré sur la vérité
Ainsi, la plus grande différence entre « je suis calviniste » et « je suis d’Apollos » est que le calvinisme est une théologie, et non un standard d’éloquence. C’est là toute la différence. « Je suis calviniste » peut signifier « Je crois tout ce que la Bible enseigne, y compris la gloire de la grâce souveraine de Dieu dans le salut ». Cela peut vouloir dire cela. C’est certainement ce que je voudrais dire par là : je crois tout ce que la Bible enseigne, y compris la gloire de la grâce souveraine de Dieu dans le salut.
Mais tous les calvinistes et les arminiens sont des pécheurs, et il est donc très possible – cela arrive même – que quelqu’un dise : « Je suis calviniste », et ait la même attitude pécheresse que les Corinthiens, en pensant : « Je serai considéré comme plus intelligent ou plus audacieux ou plus historique ou plus quoi que ce soit d’autre parce que je viens de déclarer mon identification au grand Jean Calvin, ou à la bande de personnes à laquelle j’aime m’associer et que l’on appelle les calvinistes. » Ce serait un péché aussi grave que « Je suis de Paul » ou « Je suis d’Apollos ». Et ainsi, que le Seigneur nous donne la sagesse et l’humilité de nous concentrer sur la vérité des enseignements, et non sur l’attrait des enseignants.
Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts