Serons-nous finalement « sauvés » par la foi seule ? (John Piper)
Très bien, Pasteur John, aujourd’hui nous abordons une polémique que vous avez fait naître en ligne. Le 25 septembre 2017, alors que les protestants du monde entier commençaient à célébrer le 500e anniversaire de la Réforme, vous avez gâché la fête avec un article intitulé « Est-ce que Dieu nous sauve vraiment par la foi seule ? » Dans l’article, vous avez répondu non – nous ne sommes pas sauvés par la foi seule – laissant certains protestants stupéfaits et se grattant la tête. Souhaitant plus de clarté, Sam, un auditeur de podcast, nous a écrit.
« Bonjour, Pasteur John. J’ai lu votre article sur la justification, disant que nous sommes justifiés par la foi seule, mais que nous ne sommes pas finalement sauvés par la foi seule. Vous soutenez que les œuvres doivent être présentes pour que le salut final (ou la glorification) soit accompli. Deux questions : (1) pouvez-vous nous expliquer cela un peu plus en détail ? Et (2) quel est donc le lien entre justification et glorification ? D’après ce que je vois dans Romains 8.30, la glorification est assurée par notre justification. Comment le salut et les œuvres se situeraient-ils entre les deux dans l’esprit de Paul ? »
Eh bien, merci, Sam. J’adore parler de cette question parce qu’elle laisse les gens indéfiniment perplexes, et tous les efforts que nous pouvons faire pour la clarifier sont les bienvenus. Commençons par quelques éclaircissements.
Déclarés justes
Le terme biblique salut est utilisé pour couvrir les dimensions passées, présentes et futures de l’œuvre de Dieu pour nous amener à la perfection et à la joie éternelles. Éphésiens 2.8 dit : « Vous avez été sauvés. » 1 Corinthiens 1.18 dit que nous « sommes sauvés ». Romains 13.11 dit : « Car maintenant le salut est plus près de nous qu’au moment où nous avons cru. » Processus passé et présent, accomplissement futur.
C’est pourquoi nous devons être si prudents avant d’utiliser le terme justification de manière interchangeable avec salut. Cela crée tellement de confusion. La justification, comme nous utilisons habituellement le terme (comme Paul l’utilise habituellement), ne se réfère pas à un processus, mais le salut fait parfois référence à un processus.
La justification est un point, comme en géométrie, où le Saint-Esprit ouvre nos yeux aveugles pour voir Christ tel qu’il est et nous unit à Christ par la foi seule. À cet instant, à ce point-là, nous passons du statut de condamné à celui où Dieu est à cent pour cent pour nous. Aucune vertu et aucune œuvre en nous n’a apporté ce nouveau statut auprès de Dieu.
La justification est instantanée et inaltérable. Sur la base du sang et de la justice de Christ seul, nous sommes comptés instantanément comme justes, et Dieu est pour nous à cent pour cent dès lors. Nous sommes connectés à cette nouvelle expérience qui consiste à être accepté par Dieu en étant un avec Christ par la foi seule, et cela arrive en un instant.
Nous faut-il œuvrer pour être sauvés ?
Maintenant, la question se pose : comment nos bonnes actions cadrent-elles avec la justification et le salut final ? Ma réponse est – et c’est la réponse de tout le courant dominant de la tradition réformée, et pas seulement des calvinistes, de beaucoup d’autres aussi – que les œuvres ne jouent aucun rôle dans la justification, mais sont le fruit nécessaire de la justification par la foi, qui confirme notre foi et notre union avec Christ au jugement dernier. Dieu peut faire une déclaration publique en vue de ces œuvres qui confirment notre foi, qui seule nous unit à Christ, et qui seule est le fondement de notre acceptation comme parfait aux yeux de Dieu.
Voici ce que dit la confession de Westminster d’il y a 350 ans :
« La foi, recevant et se reposant ainsi sur Christ et sa justice, est le seul instrument de justification » – distinguant ainsi l’instrument du fondement – « cependant elle n’est pas seule dans la personne justifiée, mais elle est toujours accompagnée de toutes les autres grâces salvatrices, et elle n’est pas une foi morte, mais œuvre par amour. »
Cette dernière ligne est une allusion à Galates 5.6, où Paul dit :
« En effet, en Jésus-Christ, ce qui a de l’importance, ce n’est ni la circoncision ni l’incirconcision, mais seulement la foi qui œuvre par l’amour. »
La foi qui justifie est le genre de foi qui porte le fruit des bonnes oeuvres, l’amour.
Une foi qui produit des œuvres
Jacques 2.17 dit :
« Il en va de même pour la foi : si elle ne produit pas d’œuvres, elle est morte en elle-même. »
La foi morte ne justifie personne ; par conséquent, la foi sans les œuvres n’est pas le genre de foi qui justifie qui que ce soit. Ces œuvres sont – c’est ici que ça commence à devenir difficile pour les gens, mais laissez-moi voir si je peux aider – ces œuvres sont nécessaires.
Hébreux dit : « Recherchez la paix avec tous » – le mot clef est « recherchez » – « et [recherchez] la progression dans la sainteté : sans elle, personne ne verra le Seigneur » (Hébreux 12.14). Nous ne verrons pas le Seigneur Jésus – c’est-à-dire que nous ne serons pas finalement sauvés – sans cette « recherche de la sainteté ».
Qu’est-ce que c’est que ça ? Pourquoi est-ce que c’est comme ça ? L’apôtre Jean dit :
« Celui qui prétend l’avoir connu alors qu’il ne garde pas ses commandements est un menteur, et la vérité n’est pas en lui » (1 Jean 2.4).
Ou bien il dit plus tard : « Quant à nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons les frères. » C’est comme ça qu’on le sait, c’est confirmé. « Celui qui n’aime pas reste dans la mort » (1 Jean 3.14). En d’autres termes, vous n’êtes pas nés de nouveau, vous n’êtes pas unis à Christ, vous n’avez pas la foi salvatrice parce que l’amour ne la confirme pas.
L’obéissance et l’amour sont les confirmations nécessaires que nous sommes nés de nouveau, vraiment unis à Christ par la foi seule. Voilà comment Paul le dit :
« Dieu vous a choisis dès le commencement pour le salut par la sainteté que procure l’Esprit et par la foi en la vérité » (2 Thessaloniciens 2.13).
Nous ne sommes pas justifiés par la sanctification. Permettez-moi de le répéter : nous ne sommes pas justifiés par la sanctification. Mais nous sommes finalement sauvés par la sanctification, c’est-à-dire par un vrai changement dans nos cœurs, nos esprits et nos vies sans lequel nous ne verrons pas le Seigneur.
Deux mauvaises déductions
Maintenant, les gens entendent cela, et s’ils n’ont pas reçu un bon enseignement sur ces choses, voici ce que les gens font : ils entendent cela, et ils disent : « Whoa, nécessaire ? Ces choses sont nécessaires pour le salut final ? » Et ils en déduisent deux choses, et les deux sont fausses.
- Ils disent : « Le salut final dépend donc de nous – de nous, de manière décisive. »
- Voici la mauvaise déduction suivante. Ils disent : « Par conséquent, c’est incertain. Je pourrais échouer, je pourrais perdre mon salut, et je pourrais être justifié et puis ne plus être justifié. Un enfant de Dieu pourrait perdre sa justification. »
Maintenant, ces deux déductions sont complètement fausses. Elles sont à la fois logiquement et bibliquement erronées. La seconde déduction est fausse parce que la Bible dit :
« Celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la poursuivra jusqu’à son terme, jusqu’au jour de Jésus-Christ » (Philippiens 1.6).
Vous ne perdrez pas votre salut.
Romains 8.30 dit :
« Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. »
L’on ne trouve d’abandons à aucun de ces maillons de la chaîne. Il n’y a pas d’abandons entre la justification et la glorification. Je vais le redire : « Ceux qu’il a justifiés » – en un clin d’œil, par la foi seule, en union avec Christ, une fois pour toutes – « il les a aussi » – tous, sans exception – « glorifiés ».
Aller jusqu’au bout
La raison pour laquelle personne ne perdra sa justification est que Dieu est celui qui œuvre de façon décisive. Nous œuvrons, mais ce n’est pas nous qui œuvrons de façon décisive : « Mettez en œuvre votre salut avec crainte et tremblement. » Par tous les moyens, recherchez la sainteté sans laquelle personne ne verra le Seigneur. Pourquoi ? « Car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Philippiens 2.12-13).
Le fait que Dieu nous garde et œuvre de façon souveraine est la base – le fondement – de notre poursuite de la sainteté. Je commence par le fait que je suis gardé. Je commence par le fait que je suis justifié. Je commence par le fait que Dieu est à cent pour cent pour moi, et sur cette base, je cherche à mettre à mort mon péché.
Voici ce que Paul dit dans Philippiens 3.12. J’adore ça. Il dit :
« Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix ou que j’aie déjà atteint la perfection, mais je cours pour tâcher de m’en emparer, puisque de moi aussi, Jésus-Christ s’est emparé. »
Oh, comprenez bien cette logique. Quand Sam demande, comme il le fait à la fin : « Comment le salut et les œuvres se situeraient-ils entre les deux dans l’esprit de Paul ? Entre la justification et la glorification, où Paul dit que tous ceux qui sont justifiés sont glorifiés ? » Il demande : « Comment le salut et les œuvres se situeraient-ils entre ces deux réalités ? »
La réponse est la suivante : la glorification dans la pensée de Paul est un processus qui commence à la conversion. Il ne commence pas au jugement dernier. Il commence à la conversion et inclut la sanctification. Ce processus se conclut avec le salut final.
Nous le savons à cause de 2 Corinthiens 3.18, où nous nous tournons vers Jésus et où nous sommes changés « de gloire en gloire ». C’est la glorification en ce moment, alors que nous nous tournons vers Jésus. Romains 8.30, alors, quand il est dit que tous ceux qui sont justifiés seront aussi glorifiés, inclut la promesse que tous ceux qui sont justifiés seront sanctifiés, car la sanctification est incluse dans la glorification.
Enfin à la maison
Notre assurance du salut final – qui est si précieuse ; nous ne croyons pas que les gens devraient marcher dans l’incertitude – repose sur l’œuvre passée de Dieu par Christ, et son œuvre future par l’Esprit en nous. Tous deux, l’un en dehors de nous et l’autre en nous, sont enracinés dans la fidélité de Dieu à son peuple de l’alliance. Le texte suivant sera le dernier que je lirai.
1 Corinthiens 1.7-9 :
« Ainsi, il ne vous manque aucun don, à vous qui attendez le moment où notre Seigneur Jésus-Christ apparaîtra. C’est lui aussi qui vous affermira jusqu’à la fin pour que vous soyez irréprochables le jour de notre Seigneur Jésus-Christ. Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur. »
Pasteur John Piper vous répond présente les réponses que le pasteur John Piper donne à des questions théologiques et pastorales difficiles. Ce podcast, créé en partenariat avec Desiring God, vous est offert par Revenir à l’Évangile, un blog et un ministère de Publications Chrétiennes. Pasteur John répondra à deux questions chaque semaine. Vous pourrez entendre ses réponses sur notre blog, Facebook, Youtube, Apple Itunes Store et sur l’appareil que vous utilisez pour écouter des podcasts