Trouver la relation dans la souffrance (Joni Eareckson Tada)
Dans le film Woody et les Robots (Sleeper), Woody Allen joue un personnage qui se réveille dans un autre siècle, après avoir été congelé dans le cadre d’une expérience scientifique. On lui donne une pile de photos de notre époque à identifier, ce qui entraîne une série de remarques hilarantes. Apparaît alors la photo de Billy Graham. Allen fait une pause avant de dire : « Billy Graham… a déclaré avoir une relation personnelle avec Dieu. » Bien sûr, le public se marre. Voilà à quel point l’idée peut sembler absurde pour certains. En effet, la déclaration étonne.
Une relation avec Dieu
Plus étonnant encore : Dieu ne pouffe pas de rire. Il n’y a rien d’absurde, de son point de vue, à avoir une relation personnelle avec les humains. Il est le maître de maison qui lance des invitations à droite et à gauche. Le Seigneur est le bon berger qui laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans l’enclos pour partir à la recherche de la brebis perdue. Il est le roi qui prépare une fête pour les mendiants. Il a une place réservée pour chacun, il souhaite entrer en relation.
Je veux connaître ce Dieu-là ! Poussez-moi sous la cascade de la joie de la Trinité, qui éclabousse et déborde des murs du ciel. S’il est toujours de bonne humeur, je veux le connaître. Si je suis perdue, je veux qu’il me trouve. Ouvre les cieux, Seigneur, descends, renverse les tables des changeurs, outrepasse les règles du « ne pas toucher » et serre-moi dans tes bras.
Il faudrait que ce soit à ce point passionné, mais nous, créatures de systèmes et de procédures, sommes coincées. Peut-être dans un style d’adoration, qu’il soit liturgique ou « guidé par l’Esprit ». Peut-être dans une manière particulière d’étudier la Bible ou une certaine façon de prier : confession en premier, intercession en deuxième, puis la louange et les actions de grâce, ensuite l’intercession, puis la louange à nouveau. On met l’accent sur ces choses.
Une relation n’est pas une routine
Les méthodes d’étude et les techniques d’adoration sont utiles pour connaître Dieu (il faut bien commencer quelque part), mais elles deviennent facilement ennuyeuses et mécaniques quand il s’agit de cultiver une communion personnelle avec Dieu. Jésus lui-même était étonné que des gens puissent consacrer toute leur vie à l’étude des Écritures sans pour autant reconnaître Celui qu’elles révélaient (Jn 5.39,40). Donner la priorité aux routines et à l’organisation fonctionne pour les chefs d’entreprises, les sergents de l’armée et les pharisiens, mais pas pour Dieu. Votre lien avec lui peut rester superficiel, mais il devrait être plus profond que ceci : « Suivez A, B, ou C, et vous connaîtrez mieux Dieu. » Dieu n’est pas juste la pièce manquante de notre existence qui, une fois trouvée, peut être remise en place afin que notre vie spirituelle fonctionne efficacement et sans problème.
Les relations personnelles ne fonctionnent pas de cette façon. Surtout concernant Dieu. Si l’on veut se rapprocher de quelqu’un, de Dieu ou de n’importe qui, cela implique un rapprochement de coeurs. Parler, discuter des goûts et des aversions. S’apprécier mutuellement. Être attentionné, comme avec son conjoint. « Je peux faire quelque chose pour toi ? As-tu besoin de quelque chose ? » Se remonter les manches et faire un travail d’équipe bien fait. Une relation forte, c’est comme le tissage de maintes expériences partagées.
L’intimité dans notre relation avec Dieu
Ces choses-là créent l’intimité. Cela dit, l’intimité ne saurait être réglementée. Se discipliner pour passer régulièrement du temps avec quelqu’un peut être réglementé, mais pas l’intimité. L’intimité se développe lorsque deux âmes sont en contact l’une avec l’autre. C’est ce qu’on désire par-dessus tout. Connaître et être connu. Même dans les meilleures relations, nous restons encore sur notre faim quand il s’agit de trouver quelqu’un qui comprenne notre monde et entre dans notre lutte, quelqu’un qui nous serre dans ses bras avec une passion saisissante et nous fait fondre dans une union qui ne sera jamais brisée.
Dieu répond à ce vieux désir. Un désir faisant écho au message que nous sommes faits pour lui. Comme les vibrations d’un diapason, quelque chose résonne en nous, son désir répond au nôtre. Nous sommes comme les prostituées, les sans-abri et les personnes handicapées de l’époque de Jésus, qui savaient qu’il pouvait combler le trou béant dans leurs âmes. Ils le suivaient partout. Le partage de nos expériences apaise la douleur.
Une expérience en particulier contribue à cela. Vous ne la choisiriez pas. Elle n’est pas bien rangée. Vous ne pouvez pas la traiter de façon méthodique. Elle est laide, désordonnée, douloureuse et risquée, car elle peut vous rapprocher de Dieu ou vous en éloigner. Mais une fois que vous vous en sortez, vous ne changeriez la douceur de votre intimité avec Dieu pour rien au monde. Elle unit votre coeur au sien comme rien d’autre ne peut le faire.
Le partage de la souffrance développe l’intimité
Cette expérience particulière vous lie à Dieu comme elle vous lie aux gens. Les anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale le savent. Ainsi que les survivants du cancer, d’un accident d’avion ou de l’épidémie de poliomyélite des années 50. Les colocataires des chambres d’hôpital le ressentent.
C’est le partage de la souffrance. Lorsque vous êtes dans les tranchées, distribuant des balles à votre copain et luttant contre un ennemi commun, vos coeurs ne pourraient être plus unis. Votre connaissance de l’autre est unique et intime pour vous. Pour vous deux.
J’ai une amie nommée Skip, qui a été blessée à la moelle épinière le même jour que moi. Chaque fois que nos chemins se croisent, on rapproche nos fauteuils roulants l’un de l’autre, et la complicité est instantanée ! Je suis plus proche de mes voisins depuis le séisme de Northridge, en 1994. Mon mari Ken s’est précipité à l’extérieur après la secousse initiale et dans l’obscurité, il a bien failli entrer en collision avec Brian et M. Hollander. Ils sont restés figés, sentant la rue sous leurs pieds les secouer comme un marteau-piqueur. « Voici quelqu’un qui était là. Qui sait exactement ce que je ressens… ce que j’ai vécu. On partage quelque chose d’unique entre nous. »
L’esprit de corps chez les compagnons d’infortune est profond.
La souffrance partagée avec Dieu est plus profonde encore.
Cet article est tiré du livre : Quand Dieu pleure de Joni Eareckson Tada & Steven Estes